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A Kinshasa aussi, on peut faire l'avion par terre


Par Slateafrique.com | Vendredi 31 Août 2012 | Lu 1093 fois | 1 Commentaire

A Kinshasa, certaines expressions françaises revêtent souvent un autre sens. Petit florilège du parler kinois.



A Kinshasa aussi, on peut faire l'avion par terre
La République démocratique du Congo est l’un des pays où la langue française est le plus parlée. Le prochain sommet de la Francophonie sera organisé à Kinshasa du 12 au 14 octobre 2012.

Dans cette ancienne colonie belge, en plus du français, quatre autres langues nationales sont parlées dans différentes provinces (lingala, kikongo, tshiluba et le swahili). A cela s’ajoute plus de 450 variantes dialectales.

Le Kinois, c’est avant tout un habitant de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo.

Le dynamisme de cette ville et la créativité de ses habitants a donné lieu à une langue dénommée le kinois .

C’est un parler particulier qui mêle plusieurs idiomes. L’alternance codique (le fait de passer d’une langue à une autre) est toujours présent. On peut commencer une conversation en lingala, passer au français ou dans une autre langue du pays sans crier gare. Différentes langues cohabitent en toute harmonie. Pourtant le français est la langue officielle.

Ziana et Djika, tous mikilistes

Une fois sur place, mieux vaut savoir décrypter le sens des mots et expressions françaises, selon que l’on soit Ziana ou Djika.

Ziana désigne toute personne qui vient d’Europe et de Paris en particulier. A la différence de Djika, un Kinois vivant en Belgique, communément appelé Djikin. Ce nom découle en réalité d’une contraction de Kin et de la Belgique.

Les personnes vivant en Europe ou aux Etats-Unis sont aussi appelés indistinctement Mikilistes. Mikili, pluriel de Mokili, le monde.

Ainsi, en anglais, par exemple, le verbe To fly veut dire voler ou, quelques fois, voyager en avion. A Kinshasa, la même expression est utilisée pour évoquer le fait de partir d'un endroit à un autre, le plus souvent, à pied ou en voiture. Vous admirerez donc la prouesse qui consiste à voler... par terre!

En réalité, il n'y a peut-être que dans les aéroports congolais que cela peut se voir. Et justement, dans ces mêmes aéroports, il y a un mot qui revient souvent: la souplesse.

A Kinshasa, être souple, c’est être capable de laisser quelques billets à certains agents et fonctionnaires, qui peuvent se montrer trop sévères ou aux jeunes qui vous aident à porter vos bagages, etc.

Si des jeunes vous disent que «les enfants ne mangent pas», c'est qu'ils sont en train de vous demander de leur laisser «de l’eau froide» ou encore «des haricots pour les enfants». Traduisez: ils vous demandent de l'argent!

Ville de boulistes

En gros, il faut avoir des boules pour comprendre tout cela. Car, à Kinshasa, avoir les boules, ce n'est pas être en colère. Cela veut tout simplement dire qu'on a des idées, de la créativité, bref, une capacité à comprendre rapidement et à anticiper des situations.

Donc, lorsqu’on a des boules, on devient bouliste, une personne qui fait preuve d’imagination et d’ingéniosité. Le bouliste devient alors une personne qui tire des films. Cela renvoie à la capacité d'imaginer toute sorte de scénarios.

L’ingénieux qui sait comment se vêtir et qui a beaucoup d’argent en poche devient sur le coup un danger. La personne danger est appelé parfois Mopao, boss, patron ou préso pour dire président.

A chaque belle voiture qui passe dans la rue, si le conducteur est reconnu par des jeunes du coin, ils accourent pour quémander quelques billets. A ce moment là, il est un danger, ce qui est loin de vouloir dire qu'il est forcément dangereux.

Le qualificatif danger s’applique aussi aux choses. C’est une expression employée pour admirer quelque chose ou une personne brillante. Même la beauté d’une femme peut être danger ou grave.

Pas besoin d’appeler les secouristes ou les pompiers pour ce cas. Il est plutôt de bon ton de pleurer, Na leli en lingala. Et ce ne sont pas les larmes de tristesse. On pleure à Kinshasa pour exprimer une grande satisfaction ou lorsqu’on est ému. On le dit sans forcément verser des larmes.

Frappe les formes avec la teinture en plus

Les personnes qui viennent d’Europe ou d’Amérique sont facilement reconnaissables par leurs tenues vestimentaires ou au teint de leur peau. Surtout lorsqu’on revoit un vieil ami, djika ou ziana de retour.

Ces personnes s’habillent souvent d'une manière élégante et qui ne passe pas inaperçue. Et leurs beaux habits sont appelés formes. Quand on est bien habillé, on frappe les formes. Ces formes n’ont rien à voir avec les formes physiques. Le teint de la peau est désigné par teinture. A ne pas confondre avec la teinture des cheveux.

Dans les milieux des Congolais à Paris, ils se désignent souvent comme Z, en référence au Zaïre, nom que portait la République démocratique du Congo, avant mai 1997 (date de la chute de l'ex-président Mobutu).

Les Z, se distinguent par la zaza attitude, une manière propre qu’ont certains Congolais de s’habiller, de se coiffer et de parler.

Yankhés et bélési

Le langage des Kinois peut être soutenu et tendu avec un ton au dessus. Là, on parle de gazé. L’expression est employée lorsque quelqu’un hausse le ton ou crie sur un autre pour lui glisser deux mots.

Dans de telles situations où la tension peut vite monter, il faut bien parler, bien causer ou solola bien. C’est pour désigner l"aptitude d'une à bien négocier, à être arrangeante et conciliante.

Mieux vaut éviter les problèmes et que la situation ne dégénère ou éteindre le feu, boma moto, couper court au problème.

Si la discussion tire en longueur, alors, on pose la question de savoir si on t’envoie. Mieux vaut s’abstenir au risque que la discussion n’éclate en bagarre ou ne continue en gazement.

Il ne faut tout de même pas se laisser marcher dessus. Si l’on n’a pas de répondant ou qu’on évite les problèmes, on se fait passer pour un béléssi ou bien pour un yuma (lire youma).

Béléssi vient de Belges, ceux qui ont colonisé la République démocratique du Congo. Dans le contexte kinois, cela renvoie pratiquement à la timidité, pour faire allusion à quelqu’un qui manque de cran et qui ne sait pas affronter des problèmes.

Seuls les Yankés et les Kwada n’ont pas peur d’affronter des situations difficiles et n’ont pas peur des personnes en colère parce quelles n’avalent pas les pierres chaudes.

Parce que, dans les esprits des habitants de Kinshasa, une personne qui avale les pierres chaudes est une personne qui intimide et dont les réactions peuvent être violentes. Autrement, c’est cette personne-là qui démarre, pas une voiture, mais qui s’emporte. Chez les jeunes, il est courant d’entendre parler du démarreur.

Un démarreur est en fait un remontant et renvoie à des aphrodisiaques à base des plantes traditionnelles.

Après avoir pris un bon démarreur, la recherche d’une personne à conduire à l’abattoir s’ouvre.

L’abattoir ne désigne pas l’abattoir classique, lieu destiné à l’abattage de bêtes. C’est plutôt le passage à l’acte sexuel. L’expression s’apparente au passage à la casserole.

Ville des coop et des branchements

Pour mieux s’en sortir dans la capitale congolaise, mieux vaut être branché. Brancher et les branchements, veulent dire être tenu au courant ou être mis dans la confidence. Le branchement est souvent évoqué lorsqu’on parle affaires.

L’expression la plus courante est coopération ou coop. On parle même de shinda, mot tiré du swahili, une des langues nationales congolaises. Les coop vont de la vente des biens de grande valeur, jusqu’à une simple commission de revente d’une paire de chaussures, d'une chemise ou d'une veste.

Tout prend des grandes proportions avec son lot de coopérants. Ne pas s’attendre à rencontrer des dignitaires ou expatriés dans des bureaux pour des coopérations bilatérales entre Etats. Le bon suivi des affaires passe aussi par des câblages. Se câbler, pour dire s’appeler ou se mettre au courant.

Les coopérants, qui ont souvent recours au câblage, négocient certaines affaires en catimini. Parfois on parle de sous-sol ou de Kuzu (lire Kouzou). C’est aussi une tendance à la confidence. Lorsqu’on est dans la confidence, mis au courant de l’évolution de certains dossiers, on est dans le tempo ou dans le temps.

Cela fait référence à la discrétion dans cette ville où le climat des affaires peut s’avérer étouffant. Malgré cela, Kinshasa est une ville où les petits commerces sont largement répandus. La débrouille est un état d’esprit mis à rude épreuve au quotidien. Cette débrouille est qualifiée d’article 15.

L’on parle aussi du système de chemin de fer pour désigner les difficultés dans la vie et les affaires. A côté du système de chemin de fer, on ajoute l’homme doit se battre. Pour survivre, il faut être courageux et vaillant face à la dureté de la vie.

Le chemin de fer renvoie aux difficultés endurées par les constructeurs congolais qui devaient casser les pierres pour la construction des voies ferrées. Une tâche ardue, accomplie souvent sous un soleil de plomb.

Serré, c'est le signal du départ

Dans Kinshasa, les rares transports en commun sont assurés, en majorité, par des particuliers. Taxi, bus et taxi-bus (sorte de minibus et fourgon) qui font des navettes d’un coin à l’autre de la ville.

A chaque destination finale d’un taxi-bus, il y a des jeunes gens, communément appelés chargeurs. Ils ne portent pas de chargeurs de téléphone sur eux, mais, ce sont des chargeurs de clients.

Ils crient durant la journée pour indiquer aux passagers la destination du véhicule. Si le transport est difficile et les véhicules rares, ces chargeurs sont payés pour se battre à trouver une place à bord des taxis et taxi-bus pour ceux qui ménagent leurs forces.

Une fois que toutes les places assises sont occupées, le chargeur du véhicule demande au conducteur de serrer.

Serrer, c’est pour dire au chauffeur qu’il est temps de partir. Aucun signal sonore pour prévenir du départ comme dans les métros parisiens.

Un professeur qui revenait d’Europe se collait à la paroi du bus, à chaque fois que le receveur disait serré. Avant de se rendre compte que c’était un signal de départ.

Chaque passager est alors tenu d’indiquer au receveur sa destination. A chaque endroit, pas forcément des arrêts officiels, le receveur dit déposé pour que le chauffeur s’arrête et fasse descendre le client.

Si le véhicule n’est pas plein, il est laxe. Laxe désigne une voiture qui roule sans être rempli des clients, un manque à gagner. Visiblement, laxe viendrait de relaxe.

Certains habitants de Kinshasa ont une drôle de manière d’entamer une conversation. Souvent, on peut se passer du bonjour pour attaquer directement : comment vas-tu ? La réponse fuse: carré ou posé ou encore pepele (léger), pour dire qu’on est bien portant.

Les journalistes ont aussi leurs expressions. On saigne et on coupage.

Lorsqu’un journaliste va dans certains reportages à Kinshasa, il arrive que la couverture de certains événements soit monnayée.

Rappelons que ce lien entre l’argent et la presse n’est pas seulement l’apanage d’une certaine presse africaine. Et donc, lorsqu’un journaliste a été bien servi par son client, l’argent qu’il reçoit est un coupage. En étant coupé, on saigne. Si la plaie est profonde, on saigne de bon cœur au fil de l’actualité et des évènements.

L’on peut quitter ses collègues, amis et connaissances avec une expression qui est devenu aussi familière pour dire au revoir ou à bientôt: A suivre

Jacques Matand’
Lu 1093 fois


Vos commentaires:

1.Posté par Mpaka Losako le 25/01/2013 01:00 | Alerter
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Je pense quele mot Djikin provient tout simplement de belgicain. Tu enleves bel et il te restes gicain qui par la suite est devenu en langage courant djicain

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