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A travers son dernier album « Ethnophony » : L’Artiste Fredy Massamba combine sa tradition pygmée et le soul


Mercredi 30 Novembre 2011 - 19:05


A travers son dernier album « Ethnophony » : L’Artiste Fredy Massamba combine sa tradition pygmée et le soul
Après un court passage à Kinshasa pour le projet Congo groove dans le cadre du cinquantenaire de la RDC, Fredy Massamba, Lexxus Legal et Pitcho était sur les scènes de la Halle de la Gombe et le Centre Wallonie Bruxelles. Cette fois-ci, cet artiste du Congo Brazza va encore marquer sa présence dans les deux Congo avec son tout dernier album intitulé « Ethnophony », qui, au fait, est la symbiose des rythmes traditionnels pygmées de ces pays et du soul occidental. Dans cet entretien qu’il a accordé à Africultures, il présente noir sur blanc son œuvre en quelques lignes.

Dans quelles conditions avez-vous enregistré votre "Ethnophony" ?

C’est parti de Dakar. Les premières touches ont été apposées à Dakar, au studio Sankara de Didier Awadi.j J’y ai croisé mon bassiste Fred Hirshy, qui est directeur artistique sur ce projet ethnophonique. Ensuite ça a beaucoup voyagé : Dakar-Bruxelles-Genève-Bombay. Le dernier morceau : "Destiny" a été fait à Bombay. C’est ça mon destin : voir ce qui se passe ailleurs, voyager pour pouvoir apprendre, communiquer, partager. C’est un album qui n’a pas été enregistré dans des conditions classiques. On n’a pas eu de grands studios. On a squatté les caves à Bruxelles, à Genève… et mixé aux États-Unis avec Tom Soares.

Il y a sonorités d’Afrique, soul et occidentales. Comment s’est fait ce brassage ?

On a mis des bases soul par le biais de Fred, qui est très branché Hip Hop jazzy. Il m’a demandé de ramener ma touche africaine. Je suis venu avec le côté pygmée, les voix en kikongo, tout ce qui me parlait. Le but aussi était de faire quelque chose non pas d’inédit, tout ce qu’on a fait l’a déjà été, mais de trouver une couleur, une thématique. Retrouver deux rives : je parle de l’Afrique et de l’Europe et les États-Unis. Réunir tout ça dans un même monde, un même univers. Ça, c’est moi. Ramener ma forêt sur une musique Soul, Jazz, House. Je le fais. On est parti de sa Soul pour que j’y amène ma touche africaine. Il n’y a pas eu de calcul. Ce n’est pas un album réfléchi. C’est parti d’un freestyle pour aboutir à ce disque.

Dans cet album vous chantez dans quelle langue ?

C’est en kikongo, une langue parlée dans le sud du Congo-Brazzaville et dans le nord de la République démocratique du Congo. C’est une langue qui est inscrite dans le nom même du royaume du Congo : Kongo dia ntola. On la retrouve en Namibie, au Mozambique, les deux Congo. Tout l’album est dans cette langue. Il y a aussi le lingala qui relie les deux pays. C’est la première langue nationale.

Pourquoi chanter en kikongo ?

C’est tout simplement parce que je m’y sens bien. Je peux chanter en français et en anglais. Je fais du Gospel. Mais le message passe mieux en kikongo. Je maîtrise, manipule cette langue. J’y suis à l’aise. Il faut que les jeunes se rendent compte qu’ils ont des langues. Un pays où l’on n’a plus de valeurs culturelles c’est un pays mort. Je suis reparti là-bas et j’ai vu mon neveu, qui joue à la sanza. C’est un des jeunes qui a compris. Je lui ai demandé d’intégrer "Ethnophony" et de ramener sa touche. Il faut qu’on reparte, que les jeunes sachent qu’ils ont des instruments traditionnels en Afrique qu’ils peuvent exporter. C’est une manière de montrer sa culture. Il y a aussi beaucoup de langues qui se perdent.

Vous vous définissez comme un Afropéen ?

C’est entre les deux. J’ai un pied entre ici et là-bas. J’ai appris en Afrique et j’ai été accueilli ici. La Belgique est le pays d’accueil où je réside. L’Europe m’a donné, dans la musique, dans le partage. C’est ici que j’ai vraiment compris le jazz où j’ai intégré le monde du gospel. C’est ici que j’ai compris certains mots que je ne maîtrisais pas au pays. Je ne parle pas de la langue française mais du sens des mots. J’ai des amis, ma famille mon fils. Ça fait treize ans que je ne suis pas parti au pays. Mais j’ai en moi cette Afrique, toute ma forêt et mes sens. Je fais beaucoup de grandes scènes en Europe. Forcément j’ai une partie d’ici et de là. J’appelle ça être Afropéen. Mes couleurs d’ici et de là-bas.

Vous qui avez été des deux côtés, comment voyez-vous la séparation de la RDC et le Congo Brazzaville ?

Il n’y a pas de différence entre les deux. J’ai toujours eu du mal à me positionner sur ça. Pour moi le Kongo c’est le Kongo. Tant que le Kongo sera avec un K ce sera le Kongo. Au départ le Kongo c’était avec un K. Tout le reste est venu avec la colonisation. Pour faire frime il fallait mettre un C. Que je sois de Kinshasa ou de Brazzaville je me sens bien. Je suis tout simplement congolais, panafricain et homme du monde.

Qu’est-ce qui vous attend pour la suite ?

On est focalisé pour l’instant sur le projet "Ethnophony", histoire de faire durer en faisant beaucoup de dates. On va préparer le deuxième album : la suite d’ "Ethnophony" Je suis en plein laboratoire, en train de travailler dessus. Rassurez-vous qu’il y a des surprises qui arrivent...

Onassis Mutombo

Groupelavenir.cd
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