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Autour de la dissolution et liquidation des LAC: Les sénateurs s’interrogent sur la viabilité de Congo Airways


Par Groupelavenir.org | Mardi 12 Mai 2015 | Lu 393 fois | 0 Commentaire

A la suite d’une question orale avec débat du sénateur Flore Musendu, la ministre du Portefeuille a éclairé la lanterne des sénateurs sur plusieurs questions, notamment celles de savoir la situation exacte actuelle de la compagnie nationale LAC du point de vue de sa flotte, des équipements, du personnel, des finances. En quoi la transformation de cette entreprise en société commerciale a-t-elle relancé cette dernière ? Quels sont les actionnaires de Congo Airways ? Quelle est la capacité de sa flotte et les types d’équipement ? Quelles sont les garanties de réussite d’une gestion essentiellement privée d’autant plus que dans le même secteur, la RD Congo a eu une expérience malheureuse avec la RVA par la sous-traitance KPMG ?



Pour Louise Munga, Congo Airways créée le 15 août 2014, résulte de la volonté des autorités de la RD Congo de doter la nation congolaise d’une compagnie aérienne. Ses actionnaires sont l’Etat congolais (62,73% ), la SCTP ( 5,73% ), la Gécamines ( 5,73%), l’Ogefrem ( 5,73%), le FPI (5 ;73%), la RVA (2,87%), l’INSS ( 5,73%) et les futurs employés de Congo Airways (5,75%). Par la suite, dix intervenants sont passés pour présenter des préoccupations, qui seront rencontrées par les ministres concernés chacun dans son domaine

Nul n’ignore que lors de la Conférence nationale souveraine (CNS), l’actuel Président de la Chambre haute avait fustigé le comportement de certains opérateurs économiques, qui auraient dû se taire car ils doivent leur prospérité à l’Etat congolais. Et d’ajouter qu’il n’est pas un secret pour personne, que certains appareils ont volé avec le numéro d’immatriculation de la compagnie nationale Air Zaïre. Il n’est un secret pour personne, lorsque les mêmes avions atterrissant et transportant des marchandises qui échappent au fisc. Ce bref souvenir nous indique que la compagnie Air Zaïre a été saignée à blanc par les opérateurs économiques véreux, avait dit Léon Kengo wa Dondo.

Pour le sénateur Flore Musendu Flungu, qui a adressé une question avec débat à la ministre du Portefeuille, la compagnie nationale Lignes Aériennes Congolaises (LAC) connait une crise profonde et récurrente qui l’a rendue invisible dans l’espace aérien national et international depuis des décennies. Le sénateur indique que seule les LAC est la seule compagnie qui est habilitée à porter les armoiries et étendards de la République Démocratique du Congo.

« Cependant, en dépit des efforts jadis fournis suite à une question orale au Sénat en 2008, cette compagnie pourtant transformée en société commerciale, a continué à traverser une zone de turbulence apparemment sans fin. Elle semble connaître une crise multiforme qui touche à la fois la flotte, les équipements de support, les infrastructures d’exploitation, les ressources humaines et les finances », note le Sénateur Musendu Flore, qui précise que cette crise est décriée par les uns et les autres comme tributaire d’un manque de volonté politique exprimé par de mauvaises décisions politiques d’une part et managériales d’autre part.

A l’en croire, pour le Gouvernement qui a annoncé depuis le 11 avril 2014 la création d’une nouvelle compagnie aérienne nationale, Congo Airways devra être une compagnie de référence dans le secteur aérien, repère visible qui devra symboliser, parmi tant d’autres signes, la renaissance de toute une nation. Pour cela, cette compagnie sera dotée d’aéronefs de nouvelle génération. Elle a un caractère purement national et elle est constituée d’un capital de près de 32 milliards et demi de francs congolais, soit 35 millions de dollars américains.

Bien que pendant 14 ans, sans avion, le dernier Boeing 737 en révision, c’est la mort subite d’une fierté nationale. C’est alors que le sénateur voudrait savoir la situation exacte actuelle de la compagnie nationale LAC du point de vue de sa flotte, des équipements, du personnel, des finances, etc. En quoi la transformation de cette entreprise en société commerciale a-t-elle relancé cette dernière ? Quels sont les actionnaires de Congo Airways ? Quelle est la capacité de sa flotte et les types d’équipement ? Quelles sont les garanties de réussite d’une gestion essentiellement privée d’autant plus que dans le même secteur, la RD Congo a eu une expérience malheureuse avec la RVA par la sous-traitance KPMG et enfin, quelle est la stratégie du gouvernement pour la relance, quand on sait que l’Afrique du Sud dispose de près de deux cents appareils volant ?

Louise Munga ouvre la brèche aux sénateurs à s’inquiéter davantage

Il est vrai que la question posée par le sénateur Musendu Flore est transversale et complexe. Elle touche notamment les ministères du Plan, des Transports, de l’Economie, du Commerce et du Portefeuille.

Cependant, hier lundi, la ministre du Portefeuille a rencontré les préoccupations soulevées par le sénateur initiateur de la question orale avec débat. D’emblée, Louise Munga a souligné que les Lignes Aériennes Congolaises ont été dissoutes sur décision du Gouvernement prise au cours d’une réunion du Conseil des ministres et sanctionnée, conformément aux dispositions des articles 21 à 27, et à l’article 51 des statuts, par des résolutions prises par son Assemblée générale extraordinaire du 12 septembre 2014.

« Aussi, la dissolution et la mise en liquidation ne sont que la conséquence inéluctable des mutations successives, ainsi que de nombreux défis et difficultés multiformes que cette société n’a pu surmonter et qui ont inexorablement influé sur ses résultats constamment déficitaires », indique la ministre du Portefeuille. Et d’ajouter que cette décision de dissoudre les LAC a été prise au terme d’analyses et diverses études sur toutes les options envisageables (dissolution et liquidation ; restructuration et relance ; création d’une nouvelle compagnie aérienne) ; études qui ont toutes démontré que la création, sur des bases saines, d’une nouvelle compagnie, exempte de toutes charges du passif et autres pesanteurs, représentait la meilleure option.

« Etant sur la liste noire de l’Union européenne, la société LAC en restructuration ne pouvait, à court terme, desservir le marché européen et américain. Il est donc illusoire de compter sur les profits réalisés par les services internationaux pour financer les services intérieurs », révèle la patronne du Portefeuille de l’Etat.

La situation exacte des LAC

Elle a brossé un aperçu historique lorsqu’elle a indiqué qu’à la création d’Air Congo en 1961, elle héritera de la flotte de Sabena/Afrique qui était composée de 43 appareils. « De 1965 à 1969, un programme d’autofinancement est lancé, visant l’achat de 2 caravelles 11R et de 8 Fokker 27 et la location d’un Bac One-Eleven Bac 1-11 », indique la ministre

Pendant la décennie 1970-1980, Air Congo allait bénéficier alors d’une conjoncture politique exceptionnellement favorable en matière de transport aérien et du développement aéronautique. C’est ainsi qu’en 1971, la compagnie bénéficie de la part du gouvernement d’un vaste programme d’équipement en flotte importante et moderne, composée des avions 03 B.737-200 ; 02 DC 8-33 de seconde main de Pan Am ; 02 DC8-63 ; 02 DC 10-30 et 01 B 747 (en location au Pam Am). Contre toute attente, la crise pétrolière interviendra en 1973 et les mesures de zaïrianisation, de radicalisation, ainsi que celles de libéralisation du secteur de transport aérien, réduiront la flotte de la compagnie à 12 avions en 1980.

« La décennie 1980-1990 est celle de la libéralisation du transport aérien en RDC où le trafic stagne suite au marasme de l’économie », renseigne Mme Louise Munga, qui affirme que dans ces conditions, Air Zaïre subira des conséquences dommageables sur le plan de l’exploitation commerciale et de la gestion, et la période 1980-1990 marque l’amorce de la chute inexorable de la Compagnie nationale. De 12 aéronefs en exploitation début 1980, la flotte passera à 4 appareils seulement à la fin de 1990.

La création de Scibe-Zaïre et la conséquence logique de la faillite d’Air Zaïre

Pour la ministre, cette réduction du nombre d’appareils est consécutive à la cession des aéronefs aux FAZ et à la compagnie Scibe Zaïre, à la vente, à la mise en rebut ainsi qu’au crash de certains aéronefs pendant les entraînements en vol des pilotes. « Pendant la décennie 1990-2000, la paralysie totale de l’activité économique et sociale ainsi que la crise des institutions du pays s’installent. Le transport aérien congolais plus que tout autre secteur a subi les effets pervers de cette crise. L’indisponibilité de ces 4 avions constituant la flotte de la Compagnie nationale et qui a entraîné la cessation de son exploitation. Trois de ces appareils ont été démantelés ; seul un Boeing 737-200 qui était en attente d’un check D est, à ce jour, immobilisé dans le hangar de l’aéroport de N’Djili.

Outre les coûts excessifs de faire le Check du type C, ce n’est qu’au cours de l’année 2009 que LAC-SARL a pu acheter sur fonds propres un seul aéronef de type Boeing 737-200.

Du point de vue des équipements, Mme Munga Louise a indiqué que les équipements d’exploitation aérienne et d’assistance au sol dont disposent LAC sont vétustes, obsolètes et insuffisants. Ces matériels ont une moyenne d’âge de 30 ans. C’est alors que la direction a opté pour la location des matériels des partenaires handlers.

Par contre, du point de vue du personnel qui était pléthorique, soit 1.587 agents répartis en agents non éligibles à la retraite 450 ; agents retraitables 1.137. « Qu’il soit entendu ici que, sur base du concours, le personnel des LAC au même titre que tout autre congolais méritant et remplissant les conditions requises est éligible pour prester au sein de la Compagnie Congo Airways », rassure-t-elle.

La dette des LAC

A la fin des années 2013, suivant les chiffres communiqués à Mme la ministre par LAC, la situation de la dette de l’entreprise se résume en dettes commerciales de 63.817.552,53 $ dont dettes judiciaires 17.678.909,72$ ; dettes sociales 132.000.000. Cette somme inclut le solde des arriérés des salaires décotés, et les dettes fiscales et parafiscales de 20.159.830,09$. « A cause de ces dettes, l’utilisation du Label LAC en dehors de la RDC est quasi-impossible, car entraînant chaque fois des saisies des comptes ou d’appareils volants. Il y a lieu de signaler que LAC détenait une créance sur l’Etat évaluée à 23.000.000$.

Quant à la transformation de cette entreprise en Société commerciale, elle est l’expression de la volonté du gouvernement d’améliorer le mode de gestion et de fonctionnement des entreprises publiques et a été traduite en action par la prise, par le législateur de quatre lois promulguées par le Chef de l’Etat. « Cette transformation est la conséquence de la modernisation du cadre juridique et institutionnel de gestion des Entreprises publiques ».

Quant aux actionnaires de la nouvelle compagnie Congo Airways, Mme la ministre indique que la compagnie créée le 15 août 2014 qui résulte de la volonté des autorités de la RD Congo de doter la nation congolaise d’une compagnie aérienne, ses actionnaires sont l’Etat congolais à concurrence de 62,73% ; la Société Commerciale des Transports et Ports ( SCTP) à concurrence de 5,73% ; la Générale des Carrières et des Mines (Gécamines) à concurrence de 5,73% ; l’Office de Gestion du Fret Multimodal (Ogefrem) à concurrence de 5,73% ; le Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI) à concurrence de 5,73%, la Régie des Voies Aériennes (RVA) à concurrence de 2,87%, l’Institut National de Sécurité Sociale (INSS) à concurrence de 5,73% et les futurs employés de Congo Airways 5,75%.

Comme garanties de cette société, Mme la ministre précise que la nouvelle compagnie est une société commerciale qui doit être gérée en tant que telle, avec comme objectif l’efficacité opérationnelle, commerciale et la rentabilité. Quant à la stratégie, elle répondra à la vision du Gouvernement.

Les préoccupations des sénateurs

Dix intervenants au total sont passés pour acculer la ministre de Portefeuille avec des questions sans parcimonie, mais fondées. Questions complexes, transversales qui nécessitent la présence d’autres membres du gouvernement à savoir le Plan, les Transports, l’Economie, le Commerce, le Travail, etc.

Le sénateur Ndjoli met en doute qu’une entreprise de l’Etat soit dissoute par une décision du Conseil des ministres et de l’Assemblée générale extraordinaire. Pour lui, il veut voir le décret du Premier ministre y afférent. Quel est le passif et l’actif des LAC ? Pourquoi donner la gestion de l’aéroport à une société ougandaise, alors que ce pays têtu ne veut pas payer les créances à la RDC ? Pourquoi a-t-on fait partir le comité Cherubin Okende qui a prouvé et fait ses preuves ? Il voudrait aussi savoir où serait le droit de sol, d’assistance de sol qui revient aux LAC ?

Quant au sénateur Romain Nyimi qui est frappé par l’acharnement de dissoudre les LAC et s’interroge si c’est la seule option et sur quelle base a-t-on dissout et liquider ? Il voudrait savoir pourquoi avoir envoyé les militaires chasser les employeurs de LACS si la dissolution et liquidation s’est faite en observation de la loi. Les inquiétudes du sénateur Kalamba par rapport à la double dénomination qui frise la crainte si l’on s’apercevait qu’une autre compagnie porte le même nom. Pour lui, créer une entreprise sur base juridique, c’est facile, mais y-a-t-il un financement quant à ce ? Y-a-t-il inscription au budget de l’Etat ? Si non, le sénateur Mulayila voudrait que le Gouvernement demande un collectif budgétaire quant à ce.

Dans la même foulée, Kalamba voudrait savoir s’il y a eu une étude de faisabilité pour faire fonctionner une entreprise, ou on veut un tape l’œil, ou les effets d’annonce ?

Le sénateur Kole, quant à lui, a demandé à l’initiateur de la question orale de l’approfondir, car il y a un flou sur la dissolution des LAC et la création de Congo Airways. Il faudrait aussi être fixé sur le prix du billet car, en RDC le prix du billet est le double de celui d’un pays le plus cher au monde. Quelle est la structure du prix sur le réseau national ? Eclairer le litige qui oppose la RVA à Blue Scan line. Cette dernière avait été empêchée de voler en date du 22 mars pour une créance de 6 millions de dollars et le spectacle offert aux passagers peut être un frein aux investisseurs.

Par contre, le sénateur Droti a fait un constat de la structure des prix lorsqu’il a pris un vol d’Ituri vers Ouganda en aller-retour et payé 574$, alors que de l’Ituri vers Kinshasa en passant par Beni, en aller simple il a payé 630$. Pour lui, comment procède-t-on pour fixer le prix ? Et pourquoi donner un nom d’une compagnie nationale en anglais alors que la Constitution consacre le Français comme langue de travail en RDC ?

Quant au sénateur Mukeni, il refuse d’être perfide puisqu’on sait pourquoi les LAC n’ont pas fonctionné et que cette question avait été traitée au sein de la Commission PAJ de la Chambre haute. Pour lui, le PNB de l’Afrique du Sud pour qui ses collègues voulaient comparer est de 12.300$ contre 4400$ pour la RDC, et le PIB est de 6648 pour la RSA, contre 484$ pour la RDC. Pour lui, on ne peut pas comparer ces deux Etats et que la situation des LAC n’est pas la résultante de la mauvaise gestion. Mais, voudrait savoir sur les mesures d’accompagnement pour la réinsertion ou l’indemnisation de ce personnel des LAC.

Le Sénateur Kisimba par ailleurs, s’est appesanti sur le sort des pilotes congolais, et combien la nouvelle compagnie compte-t-elle ? Et enfin, le sénateur voudrait avoir la suite à donner au litige qui oppose la RVA à Bleue Scan line.

Pius Romain Rolland
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