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Balades dans les entrailles de Brazzaville


Par | Vendredi 20 Septembre 2013 | Lu 2306 fois | 2 Commentaires



Ghislaine Sathoud à la place de la gare, Brazzaville, Congo, le 31 août 2013.
Ghislaine Sathoud à la place de la gare, Brazzaville, Congo, le 31 août 2013.
Brazzaville, (Starducongo.com) -Pour des raisons indépendantes de ma volonté, j’ai passé dix huit ans sans fouler le sol de la terre qui m’a vue naître. Une « rupture » lourde et traumatisante, avec son lot de maux et blessures. Dix huit, oui, dix huit longues et pénibles années sans voir ma famille. Quelques rencontres avec ma mère en France me procuraient un léger soulagement, un apaisement temporaire. Car, à mon sens, la nostalgie du terroir est une douleur persistante, rebelle et chronique. Mince consolation : mon petit frère et ma petite sœur vivent au Canada. Malgré cela, nos cœurs sont brisés.

Tout récemment, je suis allée me ressourcer au Congo, plus précisément à Pointe-Noire. En fait, mon objectif était clair : revoir ma famille. C’est la raison pour laquelle j’avais acheté un billet pour me rendre dans ma ville natale, notre capitale économique, où vit ma mère. Je ne prévoyais donc pas quitter cet endroit…

Une surprise mémorable

Un ami, convaincu que l’agglomération où il vit et travaille, Brazzaville, notre capitale politique, est un lieu incontournable qui vaut le détour, décida, de son propre chef, de changer mon itinéraire afin d’y inscrire cette destination.

Tout commença peu de temps après mon arrivée chez nous. Contrairement à la pratique courante à Montréal, dans notre métropole océane, la population ne se sert pas des noms des rues pour repérer des domiciles ou des immeubles. Pour y avoir vécu pendant mon enfance, j’en sais quelque chose. Depuis des lustres, sur ce sujet précis, c’est pareil. Aujourd’hui encore, les mêmes habitudes se perpétuent. Rien n’a changé ! Cependant, mes observations générales sont autres : le paysage urbain est complètement différent de celle que j’ai connue. J’ai dû recommencer à me créer des repères…

C’est dans cette atmosphère qu’eurent lieu nos retrouvailles avec le « Brazzavillois » qui, dès nos premiers échanges, me suggéra un séjour tous frais payés dans son « milieu ». Je déclinais cette offre. Vers la fin de mon séjour, celui-ci m’indiqua des références, un code à présenter à l’aéroport pour récupérer un billet qui avait déjà été acheté. Il m’annonça aussi que je n’avais aucun souci à me faire au sujet de ma sécurité et que des dispositions avaient été prises pour me loger dans un hôtel.

Justement, la sécurité, parlons-en ! Mes activités m’emmènent souvent à faire des déplacements. La sécurité et le logement sont des aspects essentiels qui déterminent mon choix d’agir de telle ou telle manière. Quoi qu’il en soit, je m’intéresse aussi aux problématiques relatives à la sécurité collective ; celles qui concernent la protection de toute la population. Autre détail, même les espaces publics peuvent être dangereux pour les femmes. Souvenons-nous.

Un envol dans le ciel congolais

Rassurée d’être « sous la protection » d’un « habitué de la maison », j’acceptais, après moult hésitations, de faire ce voyage. Une décision qui m’obligeait à entreprendre une réorganisation de mon emploi du temps dans la mesure où mes vacances étaient presque terminées. Résultat : il a fallu annuler quelques activités, avec tout ce que cela comporte comme désagréments.

Un beau matin, à l’aube, je quittais Pointe-Noire. À l’aéroport Agostinho Neto, j’embarquais dans un avion de la compagnie ÉCAIR. Le personnel navigant offrait un service soigné et courtois. La cabine première classe où j’étais installée est constituée de 12 sièges. Je demandais la permission de faire des photos avec l’équipage, le chef de cabine est venu me voir en personne pour me donner son accord. J’adresse mes remerciements le plus chaleureux à toute l’équipe qui travaillait sur le vol matinal, le tout premier, du samedi 31 août 2013.
Je tiens cependant à préciser ceci : je n’avais plus mis les pieds dans cette localité depuis belle lurette ! Vingt années s’étaient écoulées entre cette époque et ma nouvelle expérience ! Vingt ans : c’est toute une vie ! J’avais l’étrange impression d’aller vers l’inconnu. Pour être franche, une peur inexplicable s’emparait de moi… Nos peurs sont-elles toujours justifiées ?

Déroulement des événements

Tout d’abord, pour toutes les raisons évoquées précédemment, ma principale motivation était d’exprimer ma gratitude à la personne qui m’offrait ce cadeau. Toutes les attentions reçues, tous les témoignages d’amitié faits à mes proches et à moi-même ont laissé des empreintes indélébiles dans ma mémoire.
En fait, depuis mon arrivée, cet ami posait d’innombrables actes concrets — et ils sont nombreux ! — afin d’apporter sa contribution pour agrémenter notre séjour. En outre, grâce à lui, j’ai découvert, à Pointe-Noire, une boîte de nuit appelée NGalambi. Grande fut ma joie de replonger dans une ambiance comme celle-là. À Montréal, je connais une boîte de nuit, une seule : le Club Ballatou. Je n’y suis allée que trois fois et la dernière remonte à près d’une dizaine d’années…

La musique et la danse occupent une place importante dans nos mœurs. Qu’il s’agisse d’un événement malheureux ou heureux, les chants et les « mouvements » du corps sont exécutés. Ces traits de caractères influencent mes activités quotidiennes, quelles qu’elles soient…

En examinant de plus près la situation, je réalise que le branle-bas de combat qui s’est produit avant mon retour à Montréal est dû à plusieurs causes. Celles et ceux qui me côtoient savent que j’aime les voyages…

Au cœur de l’aéroport international Maya-Maya

Au bout de 45 minutes de vol, je me trouvais à l’aéroport international Maya-Maya où d’importants travaux de rénovation ont été effectués ces dernières années. Il faut bien l’avouer : c’est un véritable joyau, un lieu convivial qui offre un cadre reposant et accueillant.

J’avais quitté ma ville de provenance sans transmettre l’heure de mon arrivée. Je passais un coup de fil, surpris de savoir que j’étais déjà dans les parages, mon interlocuteur m’avisa que, pour éviter une longue attente, il envoyait quelqu’un me chercher. Quelqu’un que je ne connaissais pas…

En l’espace de quelques minutes, mon téléphone retentissait. Une voix masculine me parlait : « Bonjour Gigie et bonne arrivée à Brazzaville. Vous m’excusez de vous appeler ainsi et de vous parler de la sorte. Je te connais sans te connaitre… J’espère que tu as fait un bon voyage. Je suis en route pour l’aéroport… Entre temps, si tu as un problème, tu peux m’appeler, nous sommes là pour toi. » D’ailleurs, le contact téléphonique était maintenu jusqu’à notre rencontre. Nous n’avions pas eu besoin de recourir à des « formalités » particulières pour briser la glace… J’attendais donc sereinement…

Curieusement, ce contretemps n’affectait pas mon moral. Bien au contraire, pour assouvir ma curiosité, je décidais d’effectuer une visite de l’aéroport. Je me promenais, en toute liberté, d’un coin à l’autre, voulant ainsi scruter minutieusement les installations qui m’accueillaient.
S’il est vrai que les voyages permettent de découvrir de nouveaux horizons, il est tout aussi vrai que les aéroports — ces « portes » par lesquelles les touristes établissent un premier contact avec la population —, sont de précieuses mines d’informations.

Finalement, cette « parenthèse » fut de courte durée. On me déposa très rapidement à l’hôtel. Ce qui m’épatait le plus, c’était la courtoisie de tout le monde. Et surtout, l’incessante volonté connaître mes préférences me désarçonnait. L’ami qui m’invitait déployait des efforts considérables pour instaurer un climat paisible.

Une ville historique

Logée à l’hôtel Ledger Plaza Maya Maya, où se trouvaient à la même période des délégations ministérielles étrangères venues participer à des conférences, mes inquiétudes liées à la sécurité se dissipèrent.
Si notre pays, le Congo, s’étend sur une superficie de 342.00 km2, la capitale, elle, qui fut créée le 3 octobre 1880, couvre un territoire de 263, 9 km2. Un espace un peu plus restreint si je me réfère aux données sur Montréal, où je vis depuis bientôt plus d’une décennie, dont l’étendue est de 352, 96 km2. C’est très important, à mon sens, de mentionner que le mot Brazzaville revient souvent dans mes conversations. Il m’arrive même de le prononcer à maintes reprises dans une même journée. En effet, lorsqu’on me demande des informations sur mon pays d’origine — et comme cela arrive souvent —, je m’arrange à fournir le maximum d’éléments dans le but d’identifier « convenablement » ma région d’origine.

Pour rappel, pendant la seconde guerre mondiale, le Général De Gaulle, qui présidait aux destinées de son pays, annonçait que Brazzaville devenait la capitale de la France libre. En faisant le tour de la ville, je pensais à ce moment historique. Et ce n’est pas tout : au restaurant Mamiwata, mon regard était braqué sur le fleuve. Un fleuve qui, lui aussi, occupe une place essentielle quand vient le temps de se réapproprier un pan de notre histoire. Des Congolaises et Congolais participèrent, de diverses manières, à la valorisation de notre patrimoine collectif. La Place de la gare présente une brochette de personnalités locales provenant de milieux différents. Parmi celles-ci : Kimpa Vita, une résistante, qui s’impliqua pour défendre le royaume Kongo.
J’ai visité d’autres sites : le mausolée Pierre Savorgnan de Brazza et le site des explosions de Mpila, pour nommer qu’eux. Un repas au site touristique Mossaka beach, à Djiri, clôtura ce périple.

Unies dans la diversité

Je tisse mes amitiés sans tenir compte de l’affiliation politique, l’âge, la race ou l’orientation sexuelle de qui que ce soit. Des gens rencontrés au Congo, qui sont au courant de mon militantisme, ont voulu aborder avec moi la question de mon orientation sexuelle. Ma réponse à ce sujet est constante et sans ambiguïté : je suis hétérosexuelle ! En d’autres mots, dans le cadre des relations amoureuses, je ne m’intéresse qu’aux personnes de sexes opposés.
De nombreuses fausses rumeurs, toutes aussi surprenantes les unes que les autres, circulent sur le féminisme. Une précision s’impose : le féminisme est pluriel, les femmes dans leur diversité agissent en concertation pour combattre les discriminations sexistes. Qui dit diversité, dit aussi différence. Cette dernière revêt une connotation positive. Nous focalisons nos énergies sur ce qui nous unit pour éviter de disperser nos forces. Voilà ma perception.
C’est la raison pour laquelle je continuerai de joindre à ma voix à celles de mes congénères pour améliorer la condition féminine. Et dans cette lutte collective et perpétuelle, toutes les femmes ont leur place ! Mes convictions personnelles restent immuables : hétérosexuelle hier, aujourd’hui, demain et pour toujours.
Par contre, j’ai des complices, tous sexes confondus, des collègues que j’apprécie énormément, qui affichent des principes différents des miens, cela ne me dérange nullement ! Je respecte l’intimité de la vie privée d’autrui…

En guise de conclusion…

L’étape brazzavilloise de mon voyage a été instructive, c’est indéniable. Une expérience comme celle-là est inoubliable. J’ai rencontré des personnes formidables. Si un jour vous lisez ces lignes, j’aimerais vous transmettre ce message : votre serviabilité, votre générosité et votre gentillesse ont été des rayons de soleil qui illuminaient nos journées. Personnellement, j’avoue que je ne m’attendais pas du tout à un tel accueil. Vous devenez des « acteurs » majeurs quand vient le temps d’élaborer le bilan de notre voyage au Congo. Nous vous remercions infiniment pour votre hospitalité !
Nos balades dans les entrailles de Brazzaville continuent de m’épuiser, les souvenirs hantent mes pensées. Et comme si ce n’était pas déjà assez éprouvant, les effets du décalage horaire, eux aussi, surtout eux, ne veulent pas me lâcher. Jusqu’à quand dureront-ils ?

Par Ghislaine Sathoud

NOTE DE LA REDACTION

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Ghislaine Sathoud, fervente militante des droits de l'Homme et membre de plusieurs organisations sociales et littéraires, est l’auteure de nombreux ouvrages touchant à divers genres tels que la poésie, le théâtre, le conte, la nouvelle, le roman ou encore l'essai.
Installée au Canada depuis plusieurs années, l’auteure de «L’Art de la maternité chez les Lumbu du Congo - Musonfi» (2008), «Hymne à la tolérance» (2004) et «Le combat des femmes au Congo-Brazzaville» (2008), entre autres, était dernièrement au Congo, son pays d’origine. Après 18 ans d'absence, ce séjour qui se voulait familial, ne pouvait prendre tout son sens sans évoquer les souvenirs du pays natal et les affres de l’éloignement. D'où l'intérêt de ce récit
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Vos commentaires:

1.Posté par pipo le 05/10/2013 18:37 | Alerter
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C'est bien. ça toujours du bien de retrouver le pays

2.Posté par linda99 le 07/10/2013 15:23 | Alerter
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Excellent site agréable a visualisé
Merci pour le travail fait sur ce site!
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