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Bana Congo : les vérités de Félix Wazekwa


Par Digitalcongo.net | Mardi 7 Août 2012 | Lu 1016 fois | 0 Commentaire



Bana Congo : les vérités de Félix Wazekwa
Incontestable. Le chanteur Félix Wazekwa, leader de l’orchestre Cultur’A Pays Vie, est l’un des plus beaux esprits de la musique congolaise de ces dernières années. Qui a également son franc parler.

Au moment où il préparait, avec son groupe à se rendre à Kwuilu Ngongo, pour des productions, le journal Visa a abordé le « Monstre d’amour » pour un entretien autour de son prochain album mais aussi d’autres sujets d’actualité : l’éventualité d’un autre regroupement des musiciens pour faire face à toutes les entraves à l’exercice dans les meilleures conditions de leur métier ; la problématique Bana Congo, les droits d’auteurs ... Félix Wazekwa ne s’est dérobé d’aucune question.

Ci-dessous, l’interview qu’il a bien voulu nous accorder dans sa résidence de l’avenue Dalhas, 10ème rue Limete.

Visa : Félix Wazekwa, aujourd’hui partagé entre les répétitions et le studio pour l’enregistrement de votre prochain album, vous sentez –vous en forme ?
Félix Wazekwa :
Parfaitement. C’est comme un boxeur. Celui-ci ne monterait pas sur le ring si, physiquement, il n’avait pas la plénitude de ses moyens.

Visa : Où en sont les travaux ?
FW :
Nos faisons présentement les solos vocaux, les animations, les « verbes ». Donc ça se passe bien.

Visa : Combien de titres compte l’opus ?
FW
: L’album compte 11 titres. Ce nombre pourrait être revu à la hausse. La sortie sur le marché est envisageable pour le mois d’octobre ou de novembre, dans tous les cas, avant la fin de l’année.

Le thème « Adamu na Eva » m’a été inspiré par un constat : nous sommes en train de lutter contre la xénophobie, tel dans la guerre à l’Est du pays, le racisme. Il est à noter que dans le Kivu, la guerre n’oppose pas de personnes de races différentes.

Il s’agit seulement de la haine de l’étranger, donc de la xénophobie. Ma démarche à moi, c’est d’appeler aux uns et autres qu’ils sont en train de tuer leurs propres frères, car tous descendants d’Adam et Eve comme eux-mêmes.

Il faut ainsi arrêter de maltraiter ses propres frères. Il est question aussi de rappeler aux tenants du racisme que la pigmentation de la peau ne saurait être un motif de division.

Mettez sur la table le sang d’un Noir et celui d’un Blanc, par exemple. Qui saurait faire la distinction ?

Quand il y a greffe et transplantation d’organe entre un Blanc et un Congolais, y aurait t-il rejet au motif qu’il s’agit des personnes de races différentes ? L’important pour moi c’est de dire que l’étranger, en fait, est une personne que l’on ne vous a pas encore présentée.

Nous sommes tous descendants de mêmes parents, je l’ai dit, Adam et Eve. Nous sommes tous frères, c’est ce que veut dire mon album.

Visa : Vous avez encore fait appel à Lutumba Simaro après l’expérience de l’album «Mémoire », comment ça va se passer cette fois-ci ?
FW :
Nous allons nous poser des questions. Ma démarche est de faire parler le « Poète » Lutumba car, c’est un baobab de notre musique mais aussi de notre sagesse. Voilà pourquoi j’entends profiter au maximum de sa sagesse.

Visa : A l’annonce de la sortie imminente de l’album « Adam na Eva », d’aucuns vous font le reproche de n’avoir pas laissé au précédent opus, la chance, par une promotion soutenue, de s’imposer suffisamment sur le marché, de se faire davantage connaître des mélomanes. Qu’en pensez vous ?
FW
: J’en ai fait moi-même aussi le constat. C’est pourquoi j’avais lancé le maxi-single « Haut les mains» . C’est pour soutenir la promotion par rapport au fait que j’ai passé neuf mois de maladie qui ne m’avaient pas permis de m’investir pleinement dans la promotion de «Mémoire ».

Il faudrait dire que les albums en fait se complètent. Le plus important est dès lors, de faire plus encore dans un album par rapport au précédent. Cela parce qu’un artiste est toujours comparé au regard de ses œuvres précédentes.

Quand « Adamu na Eva » sortira, on fera une comparaison avec « Mémoire». Lorsqu’on a fait mieux, les gens ont tendance à regarder aussi le travail réalisé précédemment.

Visa : A voir la fréquence avec laquelle les artistes congolais sortent aujourd’hui leurs albums, des mélomanes pensent que cela a une incidence sur la qualité de vos œuvres. Contrairement à vos aînés qui mettaient beaucoup de temps dans la préparation et la réalisation de leurs chansons. Que répondez-vous ?
FW :
Je ne suis pas de cet avis par le fait que, à leur époque, nos aînés sortaient peut être une chanson par an et quelquefois trois à quatre titres dans un 33 Tours.

Nous nous travaillons encore plus car, il s’agit d’un album, lequel comporte plus de chansons. Nous avons de gros effectifs. Quand vous avez, par exemple, 35 musiciens, le problème serait que l’on n’arrive pas à produire un album.

Mais il faut se dire aussi qu’il y a un problème de promotion qui se pose. A l’époque, il n y avait pas cette floraison de médias que l’on observe aujourd’hui.

A ce jour, avec plus de 40 chaînes de télévision et de radio, faire la promotion musicale n’est plus une tâche aisée.

Visa : Dans l’exercice de leur métier, les musiciens congolais sont confrontés à une panoplie de problèmes qui exigent qu’ils s’unissent pour parler d’une seule et même voix. Cela ne se produit-il pas pourquoi ?
F.W :
C’est vrai que des gens en parlent. Moi, je pense que nous sommes déjà réunis quand nous répondons nombreux, par exemple, à l’invitation du ministre en charge de la Culture et des Arts. C’est déjà être ensemble, d’une certaine mesure.

Le problème, c’est que quand on se retrouve dans une association, la tendance est de briser la glace de la vie privée des uns et des autres.

On veut savoir des détails sur la vie, les moyens financiers, le standing de vie de chacun ce qui est une mauvaise chose et ouvre notamment à la jalousie: C’est le ver qui a rongé le fruit MC (Maïsha Park) et ruinera encore toute nouvelle association car, on a toujours tendance à s’écarter de l’essentiel c’est-à-dire, des .vraies motivations de l’Association, pour s’accrocher à l’accessoire, au dérisoire.

Visa : Une version améliorée de l’AMC, en tenant compte des erreurs du passé, n’est-elle pas envisageable, pensez-vous ?
F.W
: A la lumière de l’expérience vécue dans ce que l’on a appelé « Maïsha Park », je suis très sceptique.

Quand on perd de vue l’essentiel pour chercher à connaître, à entrer dans l’intimité des uns et des autres, à s’inviter à manger les uns chez les autres, rien ne peut marcher. Cela a pour entre autres conséquences, pour ne parler que de cela, que certains arrachent les femmes d’autrui.

Voilà d’où vient difficulté de mettre sur pied une structure efficace qui se consacre sur ses missions essentielles au lieu de se fourvoyer dans les attitudes et comportements de bas étage.

Je suis d’avis que chacun peut approcher les autorités, le ministre individuellement pour exprimer ses opinions. C’est comme une mère qui écouterait séparément ses enfants plutôt que de les entendre tous au même moment: Cela lui permettra de faire aisément la synthèse des points de vue recueillis.

C’est même plus efficace. Bref, il faut éviter, trop de trop de rapprochement entre nous.

Visa : S’agissant de la problématique des Bana Congo qui ont mis sous embargo les musiciens de Kinshasa, les empêchant ainsi de se produire en Europe, Manda Chante penche pour un dialogue direct avec ces «Combattants». Qu’en pensez-vous ?
F.W :
Le problème avec les « Bana Congo », c’est qu’ils sont comme une nébuleuse. Ils n’ont pas de visage, de direction bien identifiés. Avec qui dès lors discuter ?

En définitive je dis que pour se marier, on discute. Il faut être à deux. Nous les Musiciens nous sommes connus. Il n’en est pas de même des « Bana Congo » dans les rangs desquels nous ne sommes pas en mesure d’identifier un interlocuteur valable.

Moi, j’ai eu à parler avec certains d’entre eux, à faire même une émission de trois heures avec eux. J’ai relevé des contradictions entre eux.

Visa : Pour avoir eu à échanger avec ceux-là, quels griefs précis mettent-ils à charge des musiciens évoluant au pays ?
F.W :
Certains parlent d’immoralité dans nos œuvres. D’autres veulent, en gros, un changement de pouvoir en Rdc.

Quand il s’agit de mœurs dans nos chansons, je suis parfaitement d’accord. Et vous savez que, sur cet aspect des choses, Félix Wazekwa fait exception.

Mais, aller dans des considérations d’ordre politique, je pense qu’ils se trompent de cible en s’attaquant à nous, musiciens.

Nous ne déterminons ni ne menons la politique du pays. Et, en fait de changement de régime au pays, il y a des voies légales, démocratiques, hors de toute effusion de sang.

Visa : Votre mot de la fin ?
F.W :
C’est à l’adresse de l’Etat mais aussi des mélomanes.

Tous doivent soutenir notre travail. Pirater une œuvre artistique, c’est voler le travail de l’artiste. C’est comme voter une chemise chez autrui.

Je serais content si, pour avoir lu la présente interview les gens renonçaient à acheter des supports mis sur le marché par des pirates.

Les musiciens, aujourd’hui, vivent essentiellement grâce aux sponsors.

Si l’on n’y prend garde, demain, on ne pourra plus écouter que des chansons publicitaires car, là au moins, le musicien est sûr de bénéficier du fruit de son travail.

Kale Ntondo/Visa
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