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Congo-Culture-Diaspora : Gabriel Kinsa en toutes lettres


Par Letamtam-media.info | Jeudi 3 Octobre 2013 | Lu 1498 fois | 1 Commentaire



Gabriel Kinsa
Gabriel Kinsa
Le dernier trimestre 2013 s’annonce chargé pour celui qui se définit comme un « enfant de la brousse, un produit du village », le musicien-écrivain-comédien-conteur congolais Gabriel Kinsa. Outre deux albums – un sur les chansons pour enfants et un autre sur la rumba congolaise -, Gabriel Kinsa s’apprête à publier, pour le compte du musée du Quai Branly à Paris, un recueil de contes – un scénario sur la visite contée – et un roman pour adolescents. Rencontre avec un infatigable et un boulimique de livres

Jeudi 12 septembre, 14h, Paris Gare du Nord. Pas de soleil, beaucoup de grisaille : Paris redevient elle-même. Et, quitte à verser dans le jugement de valeur, ce temps ne déplaît pas à Gabriel Kinsa. C’est donc en sifflotant un air du chanteur congolais Cosmos Mountouari, qu’il arrive au lieu du rendez-vous, coiffé d’un chapeau indien. Sur la terrasse d’un café de la rue du Faubourg Saint-Denis, les mots de sa bouche, soudain, se font autres; ils sont comme « des volutes de fumée opiacées. » Enivrants.

De l’enfance à l’adolescence, il n’a vécu qu’à Boko-Village. Arrivé à Brazzaville, il enseigne la chimie et la biologie à l’Institut national des sciences de l’Education. Parallèlement, il mène une vie de comédien au Théâtre de l’Amitié. Bientôt, il obtient une bourse du ministère de la Culture pour Paris, où il prépare une maîtrise d’études théâtrales. Il y montera plusieurs pièces, dont Le destin glorieux du Maréchal Nikoniku de Tchicaya U’Tam’si en 1991. Une pièce, sourit-il, qui le propulsera sur le devant de la scène. En 1996, il sort Contes Kongo, un disque envoûtant. Dès l’année suivante, il se met à l’écriture de Graines de sortilèges, un recueil de contes. Le succès n’est pas au rendez-vous mais il ne se décourage pas : en 1998, il inonde le marché du disque de Contes berceuses musique kongo. S’ensuit un deuxième livre, Zikito, un roman pour adolescents – la passion d’un jeune villageois qui rêve de devenir footballeur professionnel, ailleurs, dans une grande ville. En 2002, rebelote : cette fois il frappe un grand coup en publiant Le mystère de Zala Zoba, un conte pour enfants. Le livre, qui s’écoule à plus de 20000 exemplaires, est aujourd’hui au programme d’étude d’élèves de niveau 6ème en France. Déjà connu sur la scène, il met sur le marché un nouveau disque, Soyons Heureux.

Adepte de la tradition orale, il a longtemps hésité à se jeter dans le fleuve de l’écriture. En fait, il n’écrit que sur demande. En 2007, il publie La Légende de Kala, qui résonne plus comme une légende qu’un conte. Plus de 10000 exemplaires vendus. A sa parution, La légende de Kala fut le coup de cœur du musée du Quai Branly, qui l’expose sur sa vitrine. La même année, il sort un conte, Le sorcier du fleuve, moyennement écoulé. Son cinquième livre est une BD d’une puissance inouïe, Le fruit du serpent, paru en 2008, suivie d’une autre BD en 2010, La Reine des eaux.

L’année 2012 sera entièrement consacrée à la musique. D’abord, il sort un CD avec le concours de l’immortel Théo Blaise Kounkou. Ensuite, il met sur le marché un CD sur la musique zoulou. Pourquoi sur la musique zoulou et sur la musique congolaise ? « J’adore la musique, j’aime faire la musique et j’avais constaté un creux au niveau de la création de la musique congolaise. J’étais comme frustré, alors je me suis lancé dans cette aventure. La légende dit que les Bantous découlent des Zoulous, quelque part nous sommes tous des Zoulous. J’ai donc voulu extérioriser la partie zoulou enfouie en moi. » Cerise sur le gâteau, le disque fait longtemps le bonheur des auditeurs de FIP, la grande radio musicale française.

Un lecteur boulimique

Dans sa vie d’intellectuel, plusieurs livres l’ont marqué. Il y a L’étranger d’Albert Camus. Sans qu’il ne fût obligé de lire, l’œuvre de Camus l’a fasciné, ébloui. Gabriel Kinsa se voyait lui-même dans le livre. Et de se poser des questions : « Suis-je moi-même un produit des Mères des ancêtres, comme le narrateur ? Pour moi, maman ne meurt, elle existe toujours. Suis-je un début ou une fin ? La première phrase de L’étranger guide ma vie. »

Il y a Ville cruelle d’Eza Boto. Une merveille. « En tant que produit du village, j’étais enfin en contact avec la réalité citadine dans ce livre. » Et de poursuivre : « Ville cruelle est un chant, un rythme, un jour qui se lève et qui se couche. » Avec ce roman, Gabriel Kinsa ne se sentait plus étranger à la ville. Enfin il existait ; il avait posé un pied à terre.

Il y a l’œuvre d’Aimé Césaire … Pourquoi d’abord l’auteur et non une œuvre ? Gabriel Kinsa sirote un jus, sourit d’un sourire débonnaire, puis assène tel un coup de maillet : « Dans ma vie, je m’intéresse d’abord à l’auteur avant de découvrir l’œuvre. Cela m’évite les malentendus, les incompréhensions… » Il lit donc l’auteur avant de savourer son œuvre. Il commence d’abord par le théâtre d’Aimé Césaire, ensuite sa poésie. Et que découvre Gabriel Kinsa ? Sa propre conscience en tant qu’être humain. « Je me suis mis sur le même pied d’égalité que l’homme blanc. Complètement décomplexé. Aimé m’a permis de tutoyer l’autre. Merci Césaire ! »Gabriel Kinsa 1

Il y a l’œuvre de Victor Hugo ! Un océan de musicalité. Hugo lui donne le sentiment d’effacer le temps : « Le temps chez Hugo n’est plus hiérarchisé, je veux dire ce que j’entends, c’est comme s’il l’avait écrit hier ou ce matin », chante-t-il. Oui, il lit Victor Hugo au présent, et c’est une jouissance silencieuse.

Il y a Molière et Shakespeare… Deux mastodontes du théâtre. Et, dans sa bibliothèque actuelle, il y’a tout Marie Ndiaye. L’œuvre de l’écrivain franco-sénégalaise s’inscrit dans sa quête de « citadinité », car en lui demeure l’esprit et l’instinct villageois.

Il y a Guy Menga, Soni Labou Tansi et Tchicaya U’Tam’si. Mais ces monuments de la littérature congolaise sont loin d’être ses chouchous. Dès que l’envie lui prend de les (re)découvrir, quelque chose l’en détourne, perturbé. A vrai dire, son chouchou au Congo s’appelle Emmanuel Dongala. Il trouve chez l’auteur, entre autres, de Jazz et vin de palme, une sincérité unique dans sa façon de raconter les histoires. Emmanuel Dongala ne recherche pas forcément le style, mais la simplicité. Et qui dit « simplicité » dit « puissance ». Quand Gabriel Kinsa lit Emmanuel Dongala, ses poils se hérissent, il rit et pleure à la fois. « N’est-ce pas le propre d’un écrivain-né ? » demande-t-il avant d’ajouter : « Je lis Dongala en oubliant que j’existe moi-même et, de temps en temps, je sursaute, comme si un ange me cajolait. Dongala est un écrivain obligatoire : l’on ne peut se promener dans Brazzaville, dire « bonjour » à quelqu’un, sans au préalable avoir lu Dongala. Dongala rend la vie encore plus belle, et cette vie-là est irremplaçable. Dongala te frappe mais, en même temps, il te donne le souffle, la lumière… Tout ça, c’est Dongala. Bravo l’artiste ! »

Dans son envolée lyrique, Gabriel Kinsa ajoute qu’il ne voit pas chez le congolais, hormis Dongala, l’œuvre. Il voit plutôt les auteurs, et non les écrivains. C’est là l’un des mélodrames des Lettres congolaises modernes. « Je suis très sévère, dit-il comme pour se justifier, mais la réalité est là. Quand je m’efforce de lire les auteurs congolais, je monologue, je rouspète, je me demande pourquoi tant de banalités sur la place publique. »

Eh oui, pour Gabriel Kinsa, l’écriture comme la lecture, ça s’apprend avec sérieux. Il consomme les écrivains français, après tout, « tout homme a deux pays, le sien et puis la France ». Le Congo l’inspire ; la France l’aspire !

Bedel Baouna
Lu 1498 fois


Vos commentaires:

1.Posté par Eric Church Nawamonawo le 08/10/2013 11:11 | Alerter
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"[De l’enfance à l’adolescence, il n’a vécu qu’à Boko-Village. Arrivé à Brazzaville, il enseigne la chimie et la biologie]"
j'ai aimé toute cette évocation de Kinsa "Chef Kongo ou tout au moins son incarnation au théâtre". C'est cette épisode de sa vie qui a été éludée que je voudrais révéler. En effet avant d'être enseignant, dramaturge, conteur et écrivain pour notre grande fierté, le jeune Kinsa, arrivé de Boko-village est élève au lycée central (lycée de la Libération) où il excelle comme comédien dans la jeune troupe théâtrale d'animation et d'agitation du lycée central(JTAALC) conduite par MBEMBA-TALAN'SI, sous la direction artistique de Marius YELOLO et Basile MBEMBA fraichement affranchis de la Troupe théâtrale nationale. Son interprétation du rôle du "Chef Kongo" dans la pièce "Le bruit court" de Sébastien BATANGUNA était simplement formidable. Il était déjà évident que le jeune KInsa était promis à un bel avenir artistique. Il reste notre fierté

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