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Dicky Baroza : « Edo et Essous m’avaient fait expulser de Brazzaville »


Par Afriquechos.ch | Mercredi 5 Février 2014 | Lu 1042 fois | 0 Commentaire

Membre d’une fratrie de guitaristes de talent comme Tino Baroza, Déchaud Mongala et Docteur Nico, Dicky Baroza, ancien de Rock’A Mambo, Bantous de la Capitale, Los Batchitchas, Circul Jazz, Vox Africa et Super Negro évoque son riche parcours ainsi que sa collaboration avec le chanteur Grand Kallé. Appelé aussi Petit Nico il est né à Kinshasa au mois de novembre 1939, dans la Commune de Kintambo.



Dicky Baroza
Dicky Baroza
AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Quand peut-on situer vos débuts dans la musique ?

DICKY BAROZA (DB)
: Très tôt car je suis issu d’une famille de musiciens ; mes grand-frères étaient des musiciens : Tino Baroza, Déchaud Mongala et Docteur Nico. Lorsqu’ils posaient leurs guitares, j’en profitais pour gratter. Quand Tino Baroza a vu que je me débrouillais pas mal, il a commencé à m’apprendre les rudiments de la guitare ; c’était en 1953.

Quel a été votre premier orchestre ?

J’ai commencé dans Kin Castonade, orchestre que j’avais fondé avec mes aînés Engondoko, Bonda, Debuku et Tenue trop. On avait également Elo à la basse et deux autres musiciens Tenue Trop et Bouddha. Nous jouions au Bar Mbuma Elengi. Et au même moment, suite au départ de certains musiciens de l’African Jazz et Ok Jazz pour créer le Rock’A Mambo, Tino Baroza m’a pris pour les accompagner dans leurs enregistrements. J’ai joué dans les premières chansons du cha cha cha congolais comme Baila de Serge Essous, Ma Youyou, cha cha cha ya nzango de Dewayon et tant d’autres.

Et après ?

À l’approche de l’indépendance du Congo-Brazzaville, les musiciens venus de ce pays nourrissaient l’envie d’y retourner. Il s’agissait d’Edo Nganga, Célestin Kouka, Delalune, Pandi, Essous et Nino Malapet. Les quatre premiers jouaient dans Ok Jazz et les deux derniers dans Rock’A Mambo des Écuries Esengo. À l’occasion, Essous m’avait contacté parce qu’il avait apprécié mes prestations lors des enregistrements de leurs chansons. Dans notre maquis de Kinsuka, on était Brazzos, Papa Noël, Essous, Nino Malapet, Edo Ganga, Célestin Kouka, Delalune, Pandi et moi. Lorsque certains ont traversé (le fleuve Congo qui sépare Kinshasa et Brazzaville ndlr), Nino, Brazzos, Papa Noël et moi sommes restés et Pandi faisait des va et vient.

Quand vous avez rejoint les autres, quelle était la composition de l’orchestre ?

Au début, nous étions Essous, Célestin Kouka, Edo Nganga, Delalune, Pandi, Dignos que j’avais amené et moi-même. Au départ, on répétait sur l’avenue des Trois Martyrs vers le Rond-point Moungali en aval du Ciné ABC. Papa Faignond nous a dotés des instruments neufs qu’il avait ramenés de Paris. Notre sortie officielle a eu lieu le 15 août 1959 au Bar Chez Faignond. Ce fut un grand événement, une première à Brazzaville.

Les premières chansons que vous avez jouées avec les Bantous ?

J’en ai joué beaucoup mais je peux vous citer Mandola de l’un des nos proches collaborateurs avec le vieux Moustache.

Vous n’y êtes pas resté longtemps ?

Je suis resté un bon bout de temps car après la création de l’orchestre nous avions effectué plusieurs tournées en Afrique de l’Ouest : Togo, Ghana, Côte d’Ivoire etc. Au retour de Brazzaville, nous avions croisé les musiciens de l’orchestre Rock’A Mambo à Pointe-Noire. Une fois rentrés à Brazzaville, Papa Noël a rejoint les Bantous à Brazzaville.

Dites-nous dans quelles circonstances vous avez quitté les Bantous ...

J’ai été expulsé pour des raisons inavouées. Après un concert, j’ai vu, le matin, les policiers débarquer chez moi pour me signifier mon expulsion. J’ai tout abandonné : la femme avec qui je cohabitais et tous mes biens. Je n’ai apporté que ma guitare et mon enregistreur. J’ai compris, après, que c’était une cabale d’Edo et Essous qui voulaient prendre Papa Noël comme soliste et ma présence gênait donc il fallait m’expulser.

De retour de Kinshasa, qu’êtes-vous devenu ?

J’avais trouvé l’orchestre African Jazz en dislocation ; bon nombre de musiciens venaient de quitter Grand Kalle juste après les fêtes de fin de l’année 1961. Le Grand Kalle m’a proposé de l’accompagner à Bruxelles pour des enregistrements pour le compte des Éditions Surboum African Jazz. L’équipe était composée de Grand Kalle, Mwena, Edo Clary, Roger Izeidi, Tino Baroza et moi. C’est moi qui ai joué le solo de toutes les chansons enregistrées entre autres Simba nga makasi, Udjumbura, Pangi ya munu, Ma Doudou, Bamonaki yo, Africa bola ngonga, etc. Tino a joué l’accompagnement et a fait le chant avec Grand Kalle et Edo Clary. Mon grand-frère m’a fait ce grand honneur de jouer le solo et lui l’accompagnement. C’était un génie ; il jouait toutes les guitares et également les instruments à vent. Il faisait même les arrangements de la musique fanfare. Il avait appris la musique à la colonie scolaire de Boma. C’est lui qui a fait la première voix dans ces enregistrements. On envoyait les bandes à Kinshasa et Mazadis s’occupait du pressage et Ecodis de la distribution.

Comment s’est passé l’après-enregistrement ?

Notre groupe était constitué pour les enregistrements ; après nous nous sommes dispersés car Grand Kalle n’avait plus d’orchestre. À Kinshasa, nos chansons faisaient un tabac car elles étaient de très bonne facture. Un jour, j’ai rencontré, à la sortie du Ciné Macauley, Franklin Boukaka qui m’a demandé de passer au Bar Amouzou. Le propriétaire m’a bien accueilli et nous a demandé de créer un orchestre. À deux, avec Johnny un jeune que j’avais formé, le petit-frère de Franck Lhassan, nous avons créé Vox Africa. À l’époque, Bombenga jouait à Jazz Africain d’Edo Clary et il nous a rejoint lors de notre sortie officielle. Un mois plus tard, lors d’un concert, j’ai trouvé l’orchestre au grand complet, les anciens musiciens de Jazz Africain ont rejoint le groupe sans que je sois informé. J’ai trouvé Damoiseau et Casino, le petit-frère de Mukuna Trouet aux guitares. Je me suis mis à l’écart ; je les observais en prenant mon pot et c’était mon départ de cet orchestre.

Qu’avez-vous fait après ?

Comme j’avais une formation de Jazz, j’ai commencé à jouer dans les boîtes de nuit en ville. J’ai commencé à Afro Mongambo avec les City Five, musiciens congolais venus du Kenya, en passant par le Bar Lavandou et à Wififi avec Gérard Kazembe. Avec ce dernier, nous avons fondé l’orchestre Les Punaises. C’est moi qui avais amené Verckys qui débutait sa carrière. C’est aussi moi qui lui ai acheté son premier saxophone. On avait également Nago, Nestor et Philys. Après le départ de ses musiciens - qui avaient rejoint Vox Africa, Edo Clary m’avait sollicité. Je l’ai trouvé avec Mizele Paul, Mongos au chant ; Dignos à l’accompagnement et moi, je devais faire le solo.

Vous ne vous êtes pas arrêtés là ?

J’ai quitté Jazz Africain pour rejoindre Kazembe à la Perruche Bleue où il se produisait. Je n’ai pas beaucoup trainé et j’ai fondé l’orchestre les Panthères avec Gregory, Courant, Nestor, Decka (feu Decca Mpudi ndlr), qui est devenu après bassiste de l’OK Jazz et un jeune dont le nom m’échappe et on jouait chez Bodega.

On vous retrouvera ensuite à Brazzaville.

J’avais trouvé Théo Bitsikou chez Kazembe où il chantait avec Sam Mangwana ; c’étaient des débutants car ils n’étaient pas encore connus. Je les ai amenés avec Kazembe à Brazzaville pour créer l’orchestre Los Batchitchas. Nous avons sorti les chansons Emilie ndoki, Dicky wowo, Appreando pachanga ; Sam aussi a mis une chanson. Sur demande de Mamadou et Franklin Boukaka, j’ai rejoint le Cercul Jazz où j’ai passé de bons moments.

Malgré tout vous avez quitté aussi Cercul Jazz pour regagner Kinshasa…

À mon retour, l’orchestre Negro Succès a implosé et on m’a contacté pour fonder l’orchestre Super Negro avec Jojo, Flammy, Djeskain et Samy au chant ; Mogo, Buffalo, Filo Kola et moi aux guitares et Frankay au saxo. Nous avons enregistré des chansons aux Éditions Béni et effectué des tournées à Mbuji-Mayi. Après, j’ai suivi le Gouverneur Mukamba à Mbandaka où nous avons fondé un autre orchestre avec Jojo, Flammy, Jacques dit Tintin, Samy, Adolo et Djeff Mateta. À la défection du bassiste Adolo, je suis rentré à Kinshasa et j’ai ramené Emmany Shaba Kahamba.

On vous retrouve, une fois de plus, à Kinshasa.

Après Mbandaka, j’ai retrouvé Kazembe et Bitsikou pour continuer à prester en ville. C’est là où j’ai mis fin à ma carrière musicale pour me lancer, durant vingt ans, dans les affaires.

Avez-vous abandonné définitivement les activités musicales ?

J’ai repris les activités musicales. Mes enfants m’ont acheté des équipements musicaux et je viens de monter mon orchestre dénommé Cœur d’Afrique. En plus j’ai fondé les Éditions Tino Baroza pour honorer le nom de mon grand-frère. Je vais rééditer toutes ses œuvres. Pour ma part, je prépare la sortie de mon album de dix titres.

Votre mot de la fin.

Je voudrais ressusciter la bonne musique d’antan. Les talents ne manquent pas mais les moyens font grandement défaut. On doit nous soutenir pour préserver et promouvoir ce patrimoine musical qui est en péril.

Propos recueillis par Herman Bangi Bayo
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