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Ecrivains d’Afrique centrale. « La Métamorphose du continent noir » (1) de Raclese Yvon-Mambeket : Rêve africain ?


Par | Vendredi 2 Août 2013 | Lu 550 fois | 0 Commentaire



Ecrivains d’Afrique centrale. « La Métamorphose du continent noir » (1) de Raclese Yvon-Mambeket : Rêve africain ?
Presqu’une décennie après « La Danse du diable » (2), le Congolais Raclese Yvon-Mambeket retrouve la passion de moraliser la politique africaine dans « La Métamorphose du continent noir », un roman plein d’optimisme qui s’écarte de la caricature. Ce roman, grandement politique, pourrait annoncer une autre page de l’histoire sociopolitique dans la métamorphose de l’Afrique qui ne dit pas son nom.

De retour au pays où règne en maître un certain Grégoire Tamas, Kether Maza replonge dans la réalité sociopolitique qui le déconcerte. Situation pénible des salariés et retraités, revendications des étudiants qui réclament leur bourse. Comme Kether Maza ne peut s’empêcher de dénoncer la mauvaise gouvernance du pouvoir, il est arrêté par les forces de l’ordre et inculpé de plusieurs chefs d’accusation. Mais la mort étrange du président Grégory Tamas va changer la donne politique du pays. Malgré toutes les tractations politiques que vont mener les héritiers du pouvoir en Terre-d’Afrique contre Kether Maza, ils n’arriveront pas à assouvir leur dessein, ce dernier étant soutenu par la Communauté internationale. Balthazar Malkout, le nouveau patron du pays tripatouille la Constitution tout en gardant le « révolté » Kether Maza en prison. Et devant le malaise socioéconomique du pays, l’aide qu’il demande à la Communauté internationale est conditionnée par la libération de Kether Maza avec ses proches, et surtout par la restauration de la démocratie avec organisation des élections libres et transparentes. Le pays s’ouvre à la démocratie et Kether Maza, soutenu par la Communauté internationale et une grande partie de son peuple, se porte candidat à la présidentielle. Une fois de plus, un complot contre lui échoue. A la grande surprise et malgré ses partisans qui lui demande de « passer en force » pour se maintenir au pouvoir, Balthazar Malkout ne se porte pas candidat, préférant laisser la place à la nouvelle génération. Sans surprise, Kether Maza sera élu au premier tour et avec lui « commence la métamorphose du continent noir ». Kether Maza s’ouvre au monde de la modernité. Et comme le dira le narrateur à la fin du récit, « il est de l’intérêt de la nation de ne laisser personne en marge de la modernité ». Ce roman, riche « politiquement », nous présente trois principaux personnages qui reflètent l’Afrique en mouvement.

Grégory Tamas, l’archétype des dictateurs contemporains africains

Grégory Tamas, un président africain dont la société, comme dans la plupart des Etats du continent, est par le tribalisme, le chômage, le népotisme, la misère des populations qui côtoient l’opulence des dirigeants. Et comme dans tout régime dictatorial, Grégory Tamas a ses hommes de main pour maintenir son pouvoir. Dans cette société dépravée, il n’hésite pas d’utiliser la brutalité pour étouffer les revendications populaires comme celle des étudiants qui réclament leurs bourses et des conditions acceptables dans les campus. Et c’est son ministre de l’Intérieur qui « [aura] carte blanche pour ramener le calme dans les campus » (p.58). Aussi, la dictature et l’arbitraire contre les opposants qui sévissent sur le continent n’épargnent pas le pouvoir de Grégory Tamas. Et quand Kether Maza essaie de critiquer la mauvaise gouvernance de Terre-d’Afrique, il ne peut échapper à la tyrannie du président : « Kether Maza fut arrêté à son domicile (…). L’opération baptisée Grosse patate battait son plein » (p.60). L’homme politique est souvent faible devant le sexe féminin. Le président se « détériore » quand il s’intéresse sexuellement à la miss Okapi Bina découverte toute nue avec ce dernier sans connaissance. Avec cette situation, tout se complique dans le pays. Quand Grégory Tamas meurt à la grande stupéfaction du peuple et u gouvernement, c’est Balthazar Malkout, ancien ministre de la Défense, avec l’assentiment de l’armée, qui succède à la tête du pays.

Balthazar Malkout : de la dictature à l’émergence démocratique

C’est le successeur autoproclamé de Grégory Tamas. Il veut avoir la main mise sur le pays ; aussi, il suspend la Constitution et dissout l’Assemblée, décision que ne va pas accepter Kether Maza. Malgré ses discours, Balthazar Malkout ne peut vaincre la pauvreté dans le pays qui voit ses enfants s’expatrier, à la recherche d’un ailleurs meilleur. Il faut de l’aide pour « redresser » le pays, une aide que la Communauté internationale conditionne par la libération de Kether Maza et ses proches, l’instauration de la démocratie et l’organisation des élections libres. Balthazar Malkout, malgré lui, libère Kether Maza. Déjà populaire avant son arrestation, il devient un héros national et sa libération est fêtée par une population qui ne sait plus à quel saint se vouer. Le pays s’ouvre à la démocratie. Kether Maza qui a de nombreux partisans, ne peut s’empêcher de mettre ses idées politiques au service du pays. Il devient un danger pour le pouvoir qui voudrait l’éliminer ou l’emprisonner. Malgré l’attitude regardant de la Communauté internationale, Kether Maza est poussé à la faute pour que la Justice s’occupe de lui. Il est accusé de terrorisme et d’assassinats avec une organisation terroriste. Mais la mascarade est découverte par le peuple qui se révolte : il demande au gouvernement de libérer Kather Maza et d’organiser de véritables élections démocratiques. Balthazar Malkout est inquiet quand il remarque qu’une bonne partie de l’armée soutient la révolte populaire. Car il y a eu auparavant des incidents au cours de la campagne où il était candidat à sa propre succession. Cette nouvelle situation l’emmène à former un gouvernement de transition pour organiser des élections démocratiques sous l’égide de Nations unies et de l’Union européenne. Même si ses partisans lui demandent de « passer en force » pour conserver le pouvoir, Balthazar Malkout, contre toute attente, ne se porte pas candidat à la présidentielle, préférant laisser la place à la nouvelle génération. Avec lui, commence à s’écrire une nouvelle page de l’histoire politique de Terre-d’Afrique : « [Balthazar Malkout] choisit de se placer au-dessus de la mêlée de toutes les nouvelles forces » (p.170)

Kether Maza : l’image d’une Afrique nouvelle

Le respect de la démocratie par Balthar Malkout ouvre largement la porte du pouvoir à Kether Maza. Salué à l’unanimité par la Communauté internationale et une grande partie du peuple de Terre-d’Afrique, il est élu au premier tour comme président pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. Il annonce une nouvelle ère pour le pays en se présentant comme un leader épanoui et ouvert au monde moderne. Avec lui, se découvre une Afrique qui veut grandir en ayant à la tête des Etats des dirigeants modernes et compétents. Aussi, se remarque chez lui un élan progressiste dans son premier discours quand il annonce : « (…) J’en appelle à un véritable cadre de coopération multilatérale renforcé, à des idées fortes, des actions et des responsabilités. Le parti du développement et de la lutte contre la pauvreté nous contraint à plus d’engagements, d’efforts, de responsabilité, d’initiatives, d’actions et d’innovations » (p.175)

Roman plein de « volonté politique » pour changer l’image des dirigeants africains, « La métamorphose du continent noir » est un cri d’alarme que Raclese Yvon-Mambeket lance aux politiques du continent. Son écriture qui était dure et sonylaboutansienne dans son premier roman, devient plus mature et plus optimiste avec l’attitude de Balthazar Malkout dans l’avènement de la démocratie à Terre-d’Afrique. Avec ce deuxième ouvrage, l’auteur confirme « l’art d’écrire le roman » qui n’a plus de secret pour lui. Son roman, un livre qui annonce la vision politique à l’ère de la démocratie qui devrait « métamorphoser » nos sociétés au sud du Sahara.

Noël KODIA
(1) Raclese Yvon-Mambeket, La Métamorphose du continent noir, éd. Hod, Paris, 2012, 197p. 15€
(2) Raclese Yvon-Mambeket, La Danse du diable, éd. Société des écrivains, Paris 2003, 181p.
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