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Edo Ganga dresse un bilan mi-figue mi raisin

50 ans de l’orchestre Les Bantous de la capitale


Mercredi 10 Mars 2010 - 13:52


Edo Ganga dresse un bilan mi-figue mi raisin
Le 15 août 2009, l’orchestre Les Bantous de la capitale a totalisé cinquante ans d’existence. Cet événement, qui était prévue pour être célébré en 2009, ne sera commémoré qu’au mois d’avril 2010. Pour diverses raisons. Pour en savoir un peu plus sur le report de la célébration de cet anniversaire, le bilan de ces 50 ans, le vide laissé par la mort de Jean-Serge Essous et les perspectives d’avenir de cet ensemble mythique, nous nous sommes rapprochés de Edo Ganga, l’un des cofondateurs et chargé des finances de cet orchestre. Interview.

Edo Ganga, 1959-2009, cela fait cinquante ans de vie musicale, pour l’orchestre Les Bantous de la capitale. Qu’est ce que cela signifie pour vous?

Cela représente beaucoup de choses, pour nous, parce que ce sont cinquante ans de vie commune, avec ses côtés troubles et bénéfiques, par rapport à l’existence, au travail et à l’ambiance. Grâce à notre travail, à notre comportement, nous sommes allés loin. Le cordon ombilical qui lie les uns aux autres n’a jamais été coupé. Malgré toutes les turpitudes connues et, pour la plupart, nous sommes des amis d’enfance. Car, si je parle des co-fondateurs, nous étions six, deux sont décédés, il s’agit de Daniel Loubelo, dit Delalune, Saturnin Pandi et, récemment, Jean Serge Essous.

Nous sommes restés trois: Nino Malapet, Célestin Nkouka et votre serviteur. Nous étions des amis d’enfance, qui ont géré leurs vies à leur manière, tant à Brazzaville qu’à Léopoldville, jusqu’à jouer au football ensemble, avant que les autres n’arrivent. Nous avons voyagé, à travers le monde. Les années passent, mais, nous remarquons que ceux qui étaient partis, par humeur, reviennent et nous continuons à tenir et voilà cinquante ans.

En termes de bilan, que peuton dire de ces cinquante ans?

Notre bilan est, à la fois, positif et négatif. Positif parce qu’après la sortie de notre orchestre, le 15 août 1959, au bar Faignond, nous avons conquis le public et reçu des félicitations venant de partout, nous avons sillonné l’Afrique, l’Amérique latine, animé des festivals et enregistré plusieurs œuvres. Tout cela grâce au travail et à l’engouement des artistes que nous sommes. Le côté négatif, ce sont les départs qui ont troublé l’ascension de l’orchestre. L’orchestre a, tout de même, tenu la dragée haute, par sa façon de faire et celle des doyens comme Nino Malapet, qui sont restés dans l’orchestre, pendant que nous autres, étions partis ailleurs, surtout en 1972. Mais, nous sommes, quand même, revenus et avions été accueillis sans heurts. Cela a reconsolidé l’amour et l’élan de l’orchestre.

Les Bantous sont une icône de la musique congolaise, avec vos cinquante ans d’expérience, comment jugez-vous notre musique?

Le musicien, c’est, d’abord, un éducateur, comme tout le monde. Il se doit d’éduquer la population, à tous les niveaux. Il faut, donc, savoir quel message adresser au peuple dans ses chansons, pour que le mélomane qui écoute soit capable, s’il s’était trompé, de redresser la barre. C’est ce qui caractérisait la musique de notre époque. Aujourd’hui, cela fait un peu mal, la plupart des jeunes orchestres ont tendance à faire la même chose et il y a même un système qui est né, appelé «jeter les mabangas ». Dans toute une plage, on ne fait que citer les noms des gens, il n’y a pas un message concret, ce sont des choses qu’il faut corriger. A notre temps, en deux ou trois minutes, nous avions tout dit. Actuellement, il existe des plages de douze à quinze minutes où on ne dit presque rien et cela gêne. Je crois que les jeunes doivent se rapprocher de nous, pour apprendre, la porte reste grandement ouverte.

Aujourd’hui, très peu de jeunes connaissent les artistes de notre pays, oubliant que la charité bien ordonnée commence par soi-même. Il faut qu’ils apprennent cela, à la base, pour honorer les artistes congolais. A Brazzaville et Pointe-Noire, il a existé plusieurs orchestres, comme Mando Negro «Kwalakwa», Sinzas Kotoko, S.b.b, Manta Lokoka. Mais, chaque orchestre avait son rythme propre et son originalité. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Il y a, certes, des orchestres qui émergent du lot et que j’apprécie, mais, ils doivent faire des efforts, pour apporter un message qui aide la population.

Pendant le Fespam 2009 et en rapport avec vos cinquante ans, l’orchestre Bantous de la capitale a été décoré par le président de la République...

Cette décoration est un couronnement, une joie immense. Cela signifie que le chef de l’Etat et le pays ne nous ont pas oubliés. C’est un encouragement qui nous va droit au coeur, même s’il est sans effet financier. Nous remercions le président de la République de nous avoir décorés dans l’Ordre du mérite congolais. Cela nous pousse à travailler davantage
et à tenir le coup, pour continuer d’honorer le pays.
(A suivre)

Propos recueillis par Alain Patric
(LA Semaine africaine)

SDC, Starducongo.com
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