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François Soudan, journaliste et bel ami des présidents africains


Par | Lundi 14 Décembre 2015 | Lu 401 fois | 0 Commentaire

Le 16 octobre, un étrange ballet a eu lieu devant le siège du magazine Jeune Afrique à Paris. Trois fourgonnettes de policiers ont pris position, rue d’Auteuil, pour parer d’éventuels débordements à la suite d’un appel à manifester lancé par des mouvements d’opposition congolais. L’objet de leur courroux ? Un sujet plutôt : François Soudan, le directeur de la rédaction, coupable à leurs yeux d’avoir approuvé le référendum convoqué par le président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso, pour tenter de conserver un pouvoir qu’il détient sans discontinuer depuis 1997.



François Soudan, journaliste et bel ami des présidents africains
C’est un drôle de privilège que de pouvoir susciter une telle colère. On la retrouve sur Internet, où le journaliste, à l’instar du protagoniste de Maupassant dans Bel-Ami, est accusé pêle-mêle d’être « en service commandé d’un régime en fin de cycle », d’être une « plume barbouzarde » ou encore un « publireporter de luxe ». Cela fait beaucoup pour un seul homme, lequel affecte de prendre cela avec détachement : « Nombreux sont les journalistes couvrant l’Afrique à faire l’objet d’insultes », élude-t-il. Certes, mais François Soudan peut prétendre à une place sur le podium des journalistes les plus vilipendés pour ses écrits, sur le continent mais aussi en France.

Réelle admiration pour Kagamé

Pourquoi tant de haines ? Sans doute parce que cet homme austère, aux lunettes rectangulaires et à la démarche lente, cumule. Depuis la fin des années 1970, il officie à Jeune Afrique (JA) – un magazine régulièrement accusé de frayer avec nombre de dictateurs africains et de mélanger rédactionnel et business. Dans les colonnes du journal fondé au début des années 1960 par Béchir Ben Yahmed, un ancien politique proche de Bourguiba, il défend, d’une plume acérée et alerte, des positions politiquement incorrectes.
Comme dans cet édito de la fin septembre intitulé « Aux urnes, Congolais ! », où il ferraille : « Pourquoi les Africains seraient les seuls à devoir respecter, les mains liées dans le dos, des lois fondamentales d’inspiration coloniale qu’ils n’ont le plus souvent pas écrites eux-mêmes ? » Et de s’en prendre aux « bien-pensants » du nord de la Méditerranée : « La limitation des mandats a, en Afrique, ses partisans et ses détracteurs. Ce n’est pas parce que les premiers sont de loin les plus audibles, les mieux connectés et les mieux relayés par l’Occident auprès des médias et des ONG que les seconds n’existent pas et n’ont pas d’arguments. »

Il y a quelques semaines, François Soudan a également publié un livre d’entretiens avec l’homme qui accuse la France d’être « complice » d’un génocide, Paul Kagamé, le président du Rwanda1. Dans ces pages perce une réelle admiration – de la complaisance diront certains – pour l’autocrate de Kigali, au moment où ce dernier est taxé de dérive autoritaire et fortement critiqué par des pays qui l’ont pourtant soutenu à bout de bras jusqu’ici, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Une chose est sûre : il sera difficile de traiter François Soudan d’opportuniste…

Développement et sécurité contre libertés publiques

Droit dans ses bottes, Soudan assume tout. Le Congo, le Rwanda, les éditos, les entretiens avec les potentats africains et le reste. « J’écris ce que je pense, et je ne demande qu’une seule chose : qu’on me juge là-dessus. Est-ce que je me trompe ou pas dans mes analyses ? » Décryptage d’un collègue de JA : « Il a une vraie fascination pour les hommes forts, ceux dont il pense qu’ils ont une vision pour leur pays. »
Soudan, qui affiche une « sensibilité de gauche », ne dément pas. « Ce qui m’intéresse, c’est comment les gens vivent en Afrique, ce que font les dirigeants pour leurs populations sur le plan de la santé, de l’éducation, du développement économique… » Or, dans tous ces domaines, Paul Kagamé a engrangé de réels succès. Priorité au développement et à la sécurité, au détriment des libertés publiques : le débat dure depuis les indépendances et François Soudan, lui, a tranché. Sans état d’âme. « Il a fait le choix des dirigeants, pas celui des sociétés civiles », déplore un confrère de JA.

Ce qui n’empêche pas, au contraire, un certain lyrisme, devenu au fil des années sa marque de fabrique. Ainsi son portrait, fin août, du président congolais en chef de guerre avant la bataille du référendum : « Trempé, stoïque mais heureux, c’est un Denis Sassou-Nguesso nu tête et incurablement élégant qui, debout dans son véhicule de commandement, a passé en revue les troupes (…), droit comme un baobab sous l’averse équatoriale », écrit François Soudan, qui n’hésite pas à suggérer que le maître de Brazzaville vient d’être « béni » par ces pluies inopinées.
Et le journaliste de poursuivre : « Ce soir de fête nationale, il dansera la rumba sous l’œil de ses hôtes épuisés. Qui a dit que la panthère mbochie avait troqué ses griffes pour les pattes de velours d’un matou de compagnie ? » L’article, qui salue le « bilan » du président, ne mentionne pas qu’il a déjà passé trente ans au pouvoir et que la modification de la Constitution va lui permettre de se maintenir jusqu’en… 2031.

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