Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

HOMMAGE A NINO MALAPET


Lundi 13 Février 2012 - 02:16


HOMMAGE A NINO MALAPET
Un baobab est tombé. Un grand homme a tiré sa révérence, laissant derrière lui une œuvre gigantesque, à l’image de sa personnalité. Féru de musique, il n’hésita pas dans son choix professionnel, à l’époque où ce métier était assimilé aux voyous et aux ratés de la société par les esprits bien pensants. Nino Malapet est de ceux qui se sont battus toute leur vie à briser ces préjugés. Agent des Postes Télécommunications et Télégraphes (PTT) sous la coloniale, il eût pu en être un des premiers cadres dans ces années d’indépendance. Ou encore, titulaire de sa propédeutique en droit au Centre d’enseignement Supérieur de Brazzaville(C.E.S.B), ancêtre de l’Université de Brazzaville, faire carrière au sommet de l’Etat, pour peu qu’il poursuivît ses études. Rien n’y fit. Ce fut la musique, rien que la musique. Et c’est avec la musique que Nino Malapet a accédé au rang de grand homme de notre République.

Un mélodiste impénitent de la musique congolaise

Grand et excellent compositeur, sur la discographie duquel je ne m’étendrai pas – d’autres s’en étant chargée - Nino Malapet est un musicien romantique, sentimental, au discours simple, bref et au style dépouillé, aéré. Identifiables à l’écoute, ses chansons se distinguent par des lignes harmoniques pures, sur une trame de notes énergiques et suaves qui permettent une mise en valeur de la mélodie, clef de voûte de son œuvre. Le beau fut son label.
Mélodiste impénitent, Nino Malapet est doublé d’un grand harmoniste. Il a permis à Satan dans Rock-A-Mambo (« Jacky ») et Célestin Kouka dans Bantous (« Gigi », « Faficina », « Gégé ») d’exécuter avec brio la deuxième dissonante, technique de chant difficile et délicate, courante dans la musique cubaine des années 50, absente dans la nôtre.
Les chansons de Nino Malapet sont des pièces d’orfèvrerie, ciselées avec méticulosité. Nino Malapet ne composait pas, il sculptait ses chansons.

Un virtuose du soprano

Nino Malapet a excellé au soprano, hobby de son oncle et maître à jouer Emmanuel Dadet Damongo que j’eus le bonheur de surprendre à l’occasion d’une improvisation. C’est au soprano que Nino a exprimé avec exubérance et exaltation ses talents de soliste. Appréciez ses mordants (« Monsieur on va se marier »,Pamelo, « Faficina », Nino, Bantous), ses solos (« cha-cha-cha de mi vida »,Vicky,OK-Jazz 1957, « Botikéla ngai yé »,Passy Mermans, « Pitié »,Rikky Siméon, « Gégé »,Nino, Bantous).
Constamment en quête de couleurs, Nino Malapet prenait un grand plaisir à troquer soprano et saxophone ténor dans une même chanson, voire de passer de ce dernier à un autre instrument. « Anduku Lutshuma», Roitelet et le groupe Loningisa, en 1955 « Aimé wa bolingo », Edo, Ok-Jazz en 1957 sont le témoignage d’une pratique récurrente manifestée tout le long de sa carrière. Dans « Micky mi quiero » (Nino,Rock-A-Mambo), il donne la réplique à la clarinette d’Essous par la flûte. Il joue sa ballade au vibraphone, son instrument de compagnie alors, avant d’emboucher le saxo au refrain, dans « Na sombéla yo Eva » de Ntaloulou Alfonso, 1964.

Le tandem Essous-Nino, les meilleurs saxs d’Afrique Centrale

Essous Jean Serge et Nino Malapet ont su projeter dans le futur et graver dans l’éternité leur savoir faire ainsi que leur dextérité, uniques, dans la pratique du tandem des bois, saxophones, clarinette, soprano. Des sons fluides qui fusionnent en osmose, par la grâce d’un jeu et d’un feeling exceptionnels, marque d’un doigté et d’un phrasé qui taquinent la perfection. Deux boute-en-train d’une complicité inouïe qu’on ne lassait jamais d’admirer sur scène.Leurs interventions dans Rock-A-Mambo en 1958, « Jacky », « Panchita » (Nino), « Maria Valente » (Dewayon) nous font oublier que le matériel en présence relève encore d’une technique précaire et balbutiante, tant les sons des saxos sont actuels. Dans « Yolo 5-4=1 » de Satan (Rock-A-Mambo 1958), Essous et Nino, l’un à la clarinette, l’autre au soprano, poussent la performance de coller, dans un jeu élevé et brillant, au registre du contre-ténor Lando Rossignol. Une beauté sonore ! De Rock-A-Mambo aux Bantous, leurs combinaisons de sons ont plongé plus d’un mélomane dans l’illusion d’un dédoublement. Comme ils tutoyaient leurs instruments ! Le tandem Essous-Nino, premier de la musique congolaise, dès les années 50, a depuis fait école. Jusqu’aux ensembles qui avaient bâti leur style dans l’identité du solo sax. Toutefois, si le style a été adopté, leur jeu ne souffre d’aucune comparaison. Il reste inégalée de nos jours, au point de parler aujourd’hui d’un ’’son Essous-Nino’’ comme on parle du ‘’son Nico’’ (docteur Nico Kasanda) pour la guitare, à savoir un son de rêve, le son de référence.

L’humilité d’un grand homme

Si Nino Malapet a pris son métier au sérieux, il ne s’est jamais pris au sérieux. Esprit alerte, il n’était jamais à court d’une contrepèterie de bonne facture. Il fut un homme affable, serviable, conciliant, humble. L’humilité, trait de carctère des grands hommes, guida sa vie. Ne se laissera t’il pas diriger, avec son complice et ami Essous, par le saxophoniste et multidisciplinaire Sébastien Bikouta « Bik’s » au sein de l’orchestre National en 1977 ? De Bikouta « Bik’s », Nino Malapet me confiera, dans un élan de modestie, avec l’approbation d’Essous : « C’est le plus grand de nous tous ! ». On assiste dans l’album ‘’Vision’’ de l’orchestre National à un feu d’artifice de bois et de cuivres. Un nectar, une œuvre d’anthologie parue en édition limitée, jamais rééditée et aujourd’hui introuvable.
Aiguillon de la musique congolaise

Nino Malapet appartint au pré-carré d’artistes-bâtisseurs de la musique congolaise. Ces artistes instruits, cultivés, ouverts, passionnés de musique, qui avaient entraîné dans leur sillage la masse des musiciens congolais et tiré par le haut la population des deux rives. Visionnaires, ils avaient une idée de la musique congolaise. C’est ainsi qu’elle demeura vingt ans durant, l’unique musique africaine de variété moderne qui fit danser tout le continent. Ce furent les vingt glorieuses de la musique congolaise (1950-1970) dont la période 1960-1965 constitue l’âge d’or. Age d’or annoncé en 1959 par la première chanson de Rochereau , « Kélya », avec l’African-Jazz, dernier enregistrement du tandem Nino-Essous à Léopoldville, rejoints par un autre géant du saxophone, Isaac Musékiwa de l’OK-Jazz , qui en assure la ballade.
Nino Malapet, un artiste absolu. Un monument !
Salut l’Artiste !

Par Audifax BEMBA
Artiste

SDC, Starducongo.com
Lu 447 fois


Vos commentaires:

1.Posté par Christian-karl le 14/02/2012 16:26 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
paix à son âme. Adieu! l'artiste

2.Posté par Mwenzé le 16/02/2012 09:57 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Fin connaisseur!Merci pour l'éclairage.Ce témoignage,regard d'artiste,m'a ouvert les yeux sur bien des aspects de la carrière de Nino Malapet que j'ignorais totalement.Merci MBemba Audifax,en espérant une fois encore que tu t'y remette toi-même.Achève donc ce que tu avais commencé.Merci.

Nouveau commentaire :
Twitter
B i u  QUOTE  URL

Publions des commentaires constructifs pour avancer

Actualités | Les arts | Monde | Indiscretions | Sports | Portraits | Interviews | Afrique | Maghreb | Dans les bacs | Festivals | Rétrospective | Producteurs | Livres | Vidéo | Cuisine congolaise | Vitrine | Ambassades | Organisations Int. | Sante | Météo | Ecouter | Dans la presse | Polémique | Live | Concert | Société | Zoom | Anecdotes