Hugues Serge Limbvani ambassadeur congolais aux festivals internationaux du théâtreVendredi 19 Février 2010 - 05:25
Metteur en scène congolais reconnu en France notamment, où il vit depuis plusieurs années, Hugues Serge Limbvani a commencé à jouer au théâtre dans les années 80 à Brazzaville, dans la troupe Ngounga, avec le sociologue et metteur en scène Matondo Koubou-Touré. Parti à l'étranger parfaire ses connaissances, Hugues Serge Limbvani est confirmé sa vocation théâtrale.
Les Dépêches de Brazzaville. Après plusieurs années en dehors de votre pays, qu'est-ce qui justifie aujourd'hui votre séjour à Brazzaville ? Hugues Serge Limbvani. Je suis là en réalité pour rencontrer les autorités culturelles du Congo, leur demander de nous aider financièrement pour pouvoir représenter dignement notre pays dans les festivals internationaux, notamment en Bolivie et en Argentine cette année. Nous avons déjà été à Cuba, mais sans avoir bénéficié d'aucune aide de mon pays. Je viens de rencontrer le ministre de la Culture, Jean-Claude Gakosso, qui a entendu notre doléance et m'a donné un écho favorable. Je suis heureux qu'enfin mon pays s'intéresse à ce que je fais et apporte sa pierre à l'édifice de mon œuvre. L.D.B. Quel est votre parcours dans le monde du théâtre en dépit de votre temps consacré aux études ? H.S.L. Etant en France, plusieurs fois j'ai fait venir des comédiens congolais de Brazzaville pour participer à mes créations théâtrales. J'ai créé deux pièces au Sénégal avec le Théâtre Daniel Sorano de Dakar, qui en réalité est le monument du théâtre africain. A cette occasion, j'ai travaillé avec les initiateurs du festival mondial des arts nègres. Pour l'instant, ma pièce « Amulettes », que j'ai d'ailleurs jouée au Congo en 2004 au Cfrad et au Ccf de Brazzaville, a déjà tourné dans vingt-cinq pays à travers le monde. L.D.B. Le théâtre congolais vous paraît-il prometteur ? H.S.L. Etant loin du pays, il m'est assez difficile de tirer une leçon sur le théâtre congolais. En revanche, il est certain que toute la période que j'ai vécue pendant que j'étais encore au pays, reste pour moi un grand moment de théâtre congolais. En comparaison avec ce que j'ai vu dans d'autres pays, il faut l'avouer que nous étions à cette époque d'un niveau très élevé. Ce que les autres font aujourd'hui, c'est ce que nous avons fait avec les Ngounga, les Rocado zulu et toutes les autres compagnies qui existaient à cette époque. Aujourd'hui un peu partout, dans les domaines où nous avons été les meilleurs, je pense au sport notamment, le niveau a régressé. Nous avons maintenant le devoir de tout faire pour que chacun, là où il se trouve, travaille afin de relever le défi. De mon côté c'est le théâtre. J'essaie de faire un théâtre de qualité pour faire parler du Congo du point de vue du théâtre. L.D.B. L'environnement du théâtre en France vous parait-il propice ? H.S.L. Quand j'ai décidé de monter une pièce de théâtre, j'ai repris « Les Bouts de bois de Dieu », (le roman de Sembène Ousmane) avec dix-huit comédiens, les gens m'ont traité de fou. Parce qu'en France dix-huit comédiens, c'est impossible. Une pièce avec quatre ou cinq personnes, c'est déjà trop car financièrement cela coûte cher. Par conséquent, il y a très peu de Congolais en France qui font des spectacles de haut niveau et qui tiennent le coup. L.D.B. Interprétez-vous des œuvres déjà écrites ou écrivez-vous vos propres textes ? H.S.L. Je n'ai pas le talent d'écrire, seulement je sais agencer les choses. Pour l'instant je m'oriente sur les textes classiques. Pour la simple raison que je ne trouve pas encore les pièces de théâtre africaines les mieux adaptées qui puissent me pousser à rêver. J'ai en effet des ambitions pour de grandes choses. Je m'inspire souvent de ce qui a été écrit, par exemple Molière que j'essaie d'adapter pour parler de mon pays à travers ses œuvres. Ayant cette double culture, je ne peux pas faire comme les Européens. Je suis du Congo où je suis né et grandi. Et cela fait dix-huit ans que je vis en France où j'ai beaucoup appris. Ainsi je fais le mélange de ce que j'ai appris et de ce que j'ai ramené de mon pays. Propos recueillis par Jean Dany Ebouélé (Brazzaville-adiac) SDC, Starducongo.com
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