Ils ont mérité du CongoJeudi 19 Août 2010 - 16:45
Pour les cinquante ans d'indépendance, l'idée nous est venue de ressortir quelques noms de compatriotes qui se sont distingués, à partir des années 60, dans leur domaine respectif. Un classement dans le désordre qui écartera les hommes politiques trop sujets à controverse, souvent ethnique. Avouons-le : il s'agit d'un choix, donc nécessairement partiel et partial, donc sujet à la critique. Le critère de la sélection est celui, pour les nommés, d'avoir excellé dans leur domaine au point que leur talent a dépassé les frontières nationales.
Dans la liste, non exhaustive, nous citerons : L’équipe nationale de football du Congo de 1972, championne d'Afrique à Yaoundé Le Congo n'était pas du tout favori à l'époque, bien au contraire. L'équipe nationale sortait d'un échec cuisant à Asmara en Ethiopie, en 1970. Lors de cette compétition elle n'avait remporté aucun match. C'était la génération des Germain Ndzabana Jadot, Foundoux Moulélé, Bikouri, Filankembo Lipopo, Akouala, Bibandzoulou Adolphe Amoyen lesquels avaient peu avant affronté, sans démériter, le fameux Santos du roi Pelé en personne, au stade de la Révolution. Deux ans après l'équipe des " Espoirs " prenait la relève et c'est celle-là qu'on alignât à Yaoundé. Sa moyenne d'âge était peu élevée. Autour de 23 ans. Les Tostao, Moukila, Matongo, Balekita n’avaient que peu de vécu international et pourtant ils remportèrent le trophée de haute lutte, à force de détermination, perdant contre la RDC mais éliminant au passage le Cameroun en demi-finale sur un but de Minga Pépé, après une victoire sur le Soudan (4-2) et un match nul contre la Maroc (1-1, but sur coup franc de Moukila). Le Congo battit en finale (3-2) le Mali de Salif et de Fanta Mahdi Keita. C'est dans une indescriptible liesse populaire que l'équipe regagna le pays. Les Diables rouges alignaient les joueurs suivants : Maxime Jean Matisma, Gabriel Ndengaki, Ngassaki « Zeus », Jacques Yvon Ndolou, Alphonse Niangou, Claise Balékita « Eusebio », François Mpélé, Paul Moukila (puis Jean-Michel Mbono « Sorcier »), Matongo, Noël Minga « Pépé », Jonas Bahamboula Mbemba « Tostao ». Sur le banc de touche, figuraient entre autres joueurs Mbemba Thorex, Mfoutou, N’tandou… Les entraîneurs avaient pour noms : Michel Oba, Bibandzoulou Adolphe Amoyen et Mayala " Larbi " (cf. photo ci-dessus).
Paul Moukila
De grands footballeurs congolais de l’histoire
Paul Moukila " Sayal ". Joueur combatif, il a marqué sa génération. Il ne se passait pas un match de l'équipe nationale ou de son club CARA sans qu'il ne marque son but. Souvent il a sauvé les Diables rouges en marquant le but décisif de l’équipe. En Côte d'Ivoire par exemple lors d'un match mémorable dans les années 70 où le Congo dut sa qualification à un but de " Sayal " sur un service de Jean Jacques Ndomba « Géomètre » qui le servit sur un plateau, après un beau travail sur la droite du terrain. Ancien sociétaire de l’As Bantous, de l’inter Club et du CARA, Moukila est le seul joueur congolais à avoir jamais remporté le ballon d'or de France Football. Une récompense méritée tant il domina le football africain en 1974, remportant la coupe des clubs champions cette année-là. Moukila, plusieurs fois meilleur buteur du championnat du Congo (il caracolait en tête du classement en compagnie de Mbono avec 25 ou 30 buts par saison) reçut du reste les félicitations de l'entraîneur brésilien de la Seleçao espoirs qui était venu se produire à Brazzaville en 1971. Moukila joua quelques matchs dans le championnat de France avec l'équipe de Strasbourg mais son talent ne put s'exprimer correctement à cause de son statut de militaire et de son récurrent mal de genou. Un footballeur de grande classe assurément
François Mpelé
Autre grande vedette de foot congolais : François Mpelé.
Dans les années 70 Mpélé était une authentique vedette du championnat de France. Parti du club Standard de Brazzaville où il était déjà connu pour ses qualités athlétiques, sa polyvalence et sa redoutable frappe, il intégra le club d'Ajaccio où il retrouva Marius Trésor, le guadeloupéen futur capitaine de l'équipe de France. Mpélé fut transféré au Paris Saint Germain alors en seconde division, sur l'insistance de son entraîneur Justo Fontaine. Au poste d'avant-centre Mpélé, indiscutable titulaire, y brilla des milles feux marquant les deux buts de la montée en première division lors du match de barrage contre Valenciennes. En première division Mpélé fut sacré meilleur buteur français (il était naturalisé) du championnat de France. Grand et svelte, Mpélé était doté d'un remarquable jeu de tête servi par une exceptionnelle détente verticale. Mais sa marque de fabrique était un tir foudroyant des deux pieds, qui n’avait rien à envier à celui du grand Eusebio, le Portugais originaire du Mozambique, et qui lui permettait de frapper des 30 ou 40 mètres avec une violence inouie. L'apport de Mpélé fut capital dans le triomphe des Diables rouges à Yaoundé : c'est d'ailleurs lui qui marqua le troisième but de la finale contre le Mali, les deux premiers étant l'oeuvre du fameux Mbono " Sorcier ". Footballeur d'une correction exemplaire, Mpélé ne récolta jamais un seul carton (même jaune) en plus de dix ans de carrière professionnelle !
L'autre homme de Yaoundé fut Joseph Gabio, qui commenta justement avec Germain Bisset la CAN 1972, avant d’aller couvrir pour la Deutsche Welle (radio allemande) la coupe du monde 1974 pour les auditeurs de toute l’Afrique.
Après plus de trente ans de métier, Ghislain Joseph Gabio, toujours bon pied bon œil reste le plus fameux journaliste congolais de ces dernières années. Avec lui nombreux sont les Congolais, amateurs de sport, l’oreille collée au transistor, à avoir voyagé sur ses commentaires, dans les stades, encourageant leur équipe favorite. C’est que dans ses reportages, Gabio savait tenir son auditoire en haleine. Dans la rubrique sport on n’oubliera pas Jean-Claude Nganga, patron incontesté et redouté du sport africain dans les années 60-70. Il eut son heure de gloire quand il fut président du Conseil supérieur du sport en Afrique (CSSA), notamment dans son utile combat contre l'Apartheid. De même l’équipe de handball féminin et sa vedette Koulenka, et Anaclet Wamba, ancien champion du monde des lourds légers pourraient être cités.
Franklin Boukaka
Des artistes
Un grand personnage aura marqué l'histoire du pays. C’est Franklin Boukaka Mélodies lumineuses, force du lyrisme allié à la poésie et à l'engagement politique : qui écoute le disque " Le Bûcheron " de Franklin Boukaka est subjugué non seulement par la beauté du style dépouillé des pièces et par leur arrangement (dû à Manu Dibango présent de même au piano) mais également par l'actualité du message véhiculé par cet artiste congolais de grand talent, trop tôt disparu (en 1972), victime de la violence politique. Mais c'est assurément sa plus célèbre chanson, " Le bûcheron " (et son lancinant violon joué par une musicienne de l'orchestre national de France), qui révèle encore, plus de trente ans après son assassinat politique, le vrai sens de son combat nationaliste et panafricaniste à travers ses vers chantés. Boukaka est mort mais Boukaka est grand. Et sa voix singulière, son message, qui retentit du fond de notre histoire faite de luttes, parle toujours à des générations d'Africains.
Nino Malapet et Essou des Bantous
On citera également dans le domaine musical Mbemba Pamelo
L’étoile de cet artiste trop tôt disparu (il allait avoir 51 ans) brille toujours dans le firmament de la musique africaine et congolaise. Dans un hommage rendu alors au disparu le journal " Mwinda " suggérait que l'immense talent de cet artiste n'a jamais été considéré à sa juste valeur dans son pays. Le journal " Le Monde " qui lui avait, quelques jours après son décès survenu le 14 janvier 1996 consacré un long article partageait ce sentiment. Et pour cause : en quelques tubes (" L'argent appelle l'argent ", " Amour de Nombakele ", " Ce n'est que ma secrétaire ", " Buala yayi mambu "…) Pamelo a fait danser toute l'Afrique, obtenant tardivement, et en solo, la consécration internationale. Le public africain découvrait alors cet homme tranquille, un auteur compositeur interprète qui, depuis son entrée en 1963 dans les Bantous de la Capitale, avait aligné les succès : " Mama na Mwana ", " Maswa ", " Congo na Biso ", " Amen Maria "… c'était lui. Mais en ces temps-là la musique " nourrissait mal son homme " sous nos latitudes. Vers la fin de sa vie le chanteur expliqua à " Mwinda " comment un " producteur " véreux l'escroqua sans vergogne. Pamelo est mort comme il a vécu. Simplement. Mais c'était un grand homme. Nous ne sommes pas prêts de l'oublier. Parmi d'autres noms Jean Serge Essou aurait également eu sa place et, plus généralement Les Bantous de la Capitale, modèle de longévité qui ont bercé et fait danser des générations de mélomanes en Afrique. Les Nino Malapet, Mountouari Cosmos, Biyela Gery Gérard, Alfonso, Nganga Edo, Célestin Nkouka, Samba Mascot, Pandi, Ricky Siméon, Passi Mermans bref, tout le groupe des Bantous constitue sans doute ce que le Congo a produit de plus représentatif sur la longue durée, dans l'univers culturel africain. A un degré moindre on pourrait citer également Zao dont le tube « Ancien Combattant » a fait le tour de l'Afrique et de l'Europe.
Sony Labou Tansi
La littérature
Mais finalement, c'est peut-être la littérature et la poésie qui contribuent le plus à faire connaître le Congo sur le plan international. Qu’on en juge : Tchicaya U Tamsi, Guy Menga avec sa fameuse " marmite de Koka Mbala ", Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala, Henri Lopes et plus récemment Alain Mabanckou figurent sur la longue liste des auteurs africains dont le Congo peut s’enorgueillir. Même si paradoxalement les écrivains et poètes congolais sont peut-être moins connus (« pour qui écrivent-ils ? » avait interrogé le professeur Lumwamu) chez eux qu’à l’étranger. Mais on le sait, nul n’est prophète chez soi… Sony Labou Tansi a dominé l'espace littéraire africain durant la décennie 80-90. Aussi bien dans l'écriture romanesque que dans le théâtre il était considéré comme le meilleur de sa génération. « Les yeux du volcan », « la vie et demi », « l’Etat honteux », « L'anté-peuple » sont quelques uns de ses romans les plus connus. Avec « Johnny Chien Méchant », Emmanuel Dongala a signé son ouvrage le plus célèbre où il dépeint de manière crue et cynique la tragédie des enfants soldats. En 2010, il défend la cause des femmes dans « Photo de groupe au bord du fleuve », un roman dans lequel il raconte l'histoire d'une lutte de casseuses de pierres pour vendre le fruit de leur travail à un meilleur prix. « Ecrivain réaliste en quête de vérité, Emmanuel Dongala a fait de la littérature un moyen privilégié pour mettre à jour les faces cachées du monde et de l'homme » écrit la critique à propos de l'auteur de " Jazz et vin de palme ". Né en RDC comme Sony Labou Tansi Henri Lopès, qui est lauréat du Grand Prix littéraire de l'Afrique noire et du Grand prix de la Francophonie décerné par l’Académie française est un des romanciers congolais les plus connus à l’étranger. Il est l’auteur notamment de « Tribaliques », et de « le pleurer rire ». Alain Mabanckou a été récompensé par le Prix Renaudot 2006 avec son roman « Mémoires de porc-épic ». L’auteur de « Verre cassé » (2005) est devenu en quelques années une référence de la littérature francophone. Dans la rubrique culture, l'école de Poto Poto, créée en 1951 et où ont émergé les peintres Eugène Malonga et Guy Fila, est célèbre dans le monde entier.
Autres articles
La Société des ambianceurs et des personnes élégantes autrement dit la SAPE
Qu'on aime ou qu'on n’aime pas il est un fait. Les sapeurs font partie du paysage congolais depuis avant l'indépendance et les Congolais sont connus à l'étranger pour la sape, cette façon de se « vêtir autrement ». Parmi les dandys « historiques » connus citons : Christian Loubaki « l’Enfant Mystère » et « Djo Balard ». Choix partiel et partial on l’a dit, beaucoup d’autres noms auraient mérité de figurer sur la liste : par exemple Mgr Batantu pour son travail au sein de l’église catholique du Congo, le rappeur Passi qui a fait connaître l’expression « biso na biso » en France et d’autres Congolais opérant dans l’ombre mais qui ont fait beaucoup pour le pays.
« l’Enfant Mystère »
Par Nika Mabiala (Mwinda)
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