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In memoriam : Luambo Makiadi Franco de mi-amor, 22 ans déjà...


Par Starducongo.com | Jeudi 13 Octobre 2011 | Lu 1477 fois



Luambo Makiadi Franco d
Luambo Makiadi Franco d
Le 12 octobre 1989, l'un des géants de la musique congolaise moderne rendait l'âme après trente-trois ans de carrière musicale. Vingt-deux ans après sa mort, Les Dépêches de Brazzaville reviennent sur son parcours et surtout sur son apport à la lutte contre le VIH/sida par la chanson

Le 12 octobre 2011, la communauté culturelle, artistique et scientifique a eu une pensée pour ce monument de la musique africaine et son œuvre marquée par l'amour, la satire, l'humour et le lyrisme.

Martin Yaba, anthropologue, historien et homme de lettres, parle de la rhétorique dont use l'artiste dans sa poésie chantée. Luambo Makiadi, estime-t-il, interrogeait le réel et puisait son inspiration dans la vie quotidienne. Il avait une manière propre à lui de peindre les faits sociaux, qu'il présentait en puisant aux sources de la tradition mélodique, rythmique, vocale, instrumentale et scénique Kongo.

La contribution de Luambo à la lutte contre le VIH/sida

Découvert dans les années 1980, le VIH/sida a généré un discours métaphorique dans la poésie chantée. L'analyse de l'œuvre de Luambo Makiadi montre bien qu'il a contribué à la médicalisation de la maladie à une époque où le sida était perçu exclusivement comme un problème de santé publique. Luambo Makiadi figure, dans les années 1987 et 1989, parmi les premiers médiateurs communautaires et opérateurs culturels dans la conscientisation, la sensibilisation et la vulgarisation du VIH/sida auprès du grand public à travers les continents. Il est l'un des musiciens qui a porté haut le message de lutte contre cette pandémie en Afrique subsaharienne.

L'orientation particulière de l'œuvre de l'artiste s'explique par le fait que l'année 1987 constitue un tournant décisif dans la reconnaissance officielle du VIH/sida par les états africains au travers de la mise en place de politiques visant à réduire la propagation et l'impact de la maladie. L'œuvre de Franco date de 1987 alors que la Journée internationale de lutte contre le sida a été instituée par les Nations unies le 1er décembre 1988 dans la résolution A/43/15. À ce titre, on peut citer les programmes nationaux de lutte contre le sida de la République du Congo, du Cameroun, de la Centrafrique, de la Côte d'Ivoire, du Sénégal, du Kenya, etc. Luambo Makiadi peut donc être considéré comme un précurseur dans la prise en compte du VIH/sida dans la chanson de variété congolaise.

Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter la chanson intitulée Attention na sida, une rumba multilingue qu'il a composée à cette époque et qui tisse les liens entre le vécu et les réalités socioculturelles. L'auteur y évoque les désastres causés par le VIH/sida dans le monde et surtout véhicule des messages de prévention à valeur éducative. Il pose un véritable diagnostic sur l'état de déliquescence occasionné par cette pandémie dans la société. Il appelle au sens de la responsabilité individuelle et collective et lance en somme un vibrant appel aux peuples du monde entier en s'adressant aussi bien au public intellectuel que semi-analphabète ou analphabète.

Franco figure de ce fait parmi les premiers artistes musiciens d'Afrique subsaharienne ayant appuyé son œuvre sur les trois piliers du discours de la prévention du VIH/sida : la transmission sanguine, sexuelle et mère-enfant. Il est considéré à juste titre comme un prophète, un visionnaire et un vulgarisateur dans la lutte contre cette maladie, comme en témoigne l'extrait en français de cette chanson : « À vous, les femmes enceintes, à vous qui portez le virus, vous pouvez le transmettre à vos bébés. Il y en a qui ont les microbes mais ne le savent pas. Mesdames, évitez d'attraper la grossesse, lorsque vous savez que vous avez le virus. Si vous vous entêtez, c'est mauvais, votre bébé risque d'en mourir sous peu. »

Cette chanson, où l'artiste alerte sur la menace que constitue la pandémie du sida sur l'espèce humaine, appelle les pays développés et en développement à prendre des mesures préventives pour faire face à l'épidémie. L'artiste oriente son discours sur les populations vulnérables au bénéfice desquelles les actions de prévention et de prise en charge devraient être menées : « Toutes les couches de la société sont victimes du sida : bébés, enfants, jeunes, adultes, vieillards, ouvriers, bureaucrates, cadres, hommes, femmes et même les médecins, eux aussi. »

Au-delà de la prévention, Luambo Makiadi aborde la question des devoirs des personnes vivant avec le VIH, pour rompre la chaîne de transmission : « Vous, frères et sœurs qui êtes déjà atteints du sida, ne cherchez pas méchamment à contaminer les autres », conseille-t-il.

Quant aux jeunes, qui représentent une proportion importante des nouveaux cas d'infection tous les ans - 38% de personnes vivant avec le VIH ont moins de 25 ans -, Luambo s'adresse à eux en ces termes : « Jeunes, attention, le sida peut vous attaquer, surtout vous, force vive de la société. Si vous vous laissez tuer, à qui l'avenir des peuples ? Jeunes, encore vous, attention à la drogue ; la pratique de la drogue peut entraîner le sida, avec les aiguilles que vous utilisez en vous droguant. Ne vous droguez pas, c'est très mauvais pour la santé. »

L'auteur n'hésite pas non plus à présenter brutalement les effets de la maladie sur le corps, dans un contexte où l'accès aux services de prévention et de prise en charge est limité : « Cette maladie, le sida, elle vous provoque une chute de cheveux. Elle vous provoque des palies sur le corps. Elle vous provoque la diarrhée chronique. Elle vous fait maigrir. »

Il ajoute que toutes les catégories sociales doivent se protéger et s'informer sur les risques liés à cette pandémie, et particulièrement les femmes et les filles : « Et vous mesdames, et vous citoyennes, exigez de vos messieurs le port d'un préservatif, mettez vous-même un produit qui vous protège. Ouvriers, bureaucrates, cadres, à l'atelier, à l'usine, au bureau, dans vos causeries, répandez les messages de la lutte contre le sida. Celui qui sait plus renseigne son prochain. »

Le Tout Puissant OK Jazz, l'un des plus grands orchestres de la République démocratique du Congo, créé le 6 juin 1956 à Kinshasa - constitué de six musiciens : Daniel Loubelo de la lune, Jean Serge Essous, Franco, Vicky Longomba, Rossignol et Dessouin, Luambo Makiadi - et dont il fut le président, figure parmi les précurseurs dans l'animation scénique par l'utilisation de cris et les emprunts mélodiques traditionnels.

Né le 6 juillet 1938 à Sona-Mbata dans le Bas-Congo, à moins de cent kilomètres de Kinshasa (RDC), et mort le 12 octobre 1989 à la clinique universitaire Saint-Luc à Mont-Godinne (Belgique), François Luambo Makiadi a fait ses études primaires en 1946 à Saint-Pierre, dans la région de Kinshasa. Très tôt, alors qu'il n'a que 10 ans, il perd son père et grandit avec sa mère. En 1953, il quitte les bancs de l'école pour se consacrer à la chanson et à la musique. À 15 ans, il enregistre sa première chanson et s'affirme dans le monde musical à 26 ans. De 1956 à 1989, date sa mort, Franco a mis sur le marché du disque des centaines de chansons et obtient à ce titre, en 1982, à Paris, le Maraca d'or comme artiste le mieux vendu dans les communautés négro-africaines d'Europe, d'Afrique et des Antilles. La même année, il reçoit un disque d'or géant d'African Record, une maison de distribution basée à New York. Il est resté jusqu'à sa mort le grand maître de la musique zaïro-congolaise de variété.

Bruno Okokana avec l'apport de l'anthropologue-historien Martin Yala (Brazzaville-Adiac)


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Vos commentaires:

1.Posté par dibele le 22/10/2011 13:15 | Alerter
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c'dommage a l'epoque du monapartisme on aurait organise des conferences sur son oeuvre!!

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