Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Jacob Devarieux. Il voulait devenir ingénieur


Par SDC, Starducongo.com | Jeudi 4 Février 2010 | Lu 1265 fois | 0 Commentaire



Jacob Devarieux. Il voulait devenir ingénieur
Trente ans de métier, mais la voix rocailleuse de Jacob Desvaieux n’a pas pris une ride. Pourtant, lorsque le lead vocal de Kassav’ et ses compères commençaient cette aventure musicale, ils n’y croyaient pas eux-mêmes. «On le faisait juste pour s’amuser», révèle Jacob. D’ailleurs, lui-même rêvait de devenir ingénieur.

La raison de votre présence à Abidjan cette fois, c’était cette cérémonie
d’intronisation ?


- Oui… J’avais rencontré le Maire de Cocody (M. Jean Gaumont Diagou : ndlr) à une de mes visites ici. Nous avons sympathisé. C’est à cette occasion qu’il m’avait proposé l’intronisation. J’avais trouvé que c’était une bonne idée. Surtout pour nous qui sommes antillais. Nous qui sommes déracinés. Je ne vais pas vous refaire l’histoire… Alors, pour nous, c’est une reconnaissance. C’est un moyen de revenir autrement qu’en touristes. C’est un lien de plus avec l’Afrique, et la Côte d’Ivoire.

• Un symbole, en quelque sorte ?

- Oui, a priori. On n’était pas censés être déracinés. S’il n’y avait pas eu tous ces événements-là (la déportation des Noirs en Europe et en Amérique, autrefois : ndlr) peut-être que je serais né ici et que j’aurais été intronisé aussi.

• Dans l’état actuel des choses, vous vous sentez plus ivoirien qu’avant ?

- (Il rit). Plus ?… ça va être difficile. Oui, mais effectivement. Si on peut voir ça comme ça…

• Après plusieurs voyages en Côte d’Ivoire, avez-vous toujours les mêmes impressons que lors de votre toute première visite ?

- Oui. Parce que pour se sentir chez soi, c’est le fait d’être bien accueilli, de voir des gens qui vous semblent familiers, des gens avec qui vous vous sentez à votre aise. Nous, en tant qu’Antillais, quand on arrive en Afrique, on a cette impression-là. D’être chez nous. Tant qu’il n’y a personne qui nous conteste le droit d’être là, on se sent à la maison. De toute façon, on est juste en face, hein.

Donc, vous avez forcément des amis ici ?

- Oui, au bout de 25 ans, c’est sûr que j’ai des amis. A force de venir ici, on a noué des relations avec des gens.

Pendant vos 30 ans de scène, quel fait vous a particulièrement marqué à Abidjan ?

- Par exemple, j’ai rencontré le ministre de la Culture (M. Auguste Kouadio Comoé : ndlr) qui me disait que c’est marrant, parce que lorsqu’il était étudiant, il est venu nous voir jouer au stade de l’Université. Ensuite, il m’a dit qu’après, il est parti à Yamoussoukro en bus pour nous revoir. Des années après, aujourd’hui, il est ministre de la Culture…

• …
- On voit que le temps passe.
Les gens qui étaient étudiants, il y a 25 ans, aujourd’hui, ce sont eux qui sont au pouvoir. C’est bien de voir qu’ils ne nous ont pas oubliés. On est contents de savoir qu’à un moment donné, ils écoutaient de la musique, qu’ils étaient fans, etc. Et on espère que c’est une génération de politiciens qui va peut-être faire avancer les choses. Parce que moi, je me rappelle bien, la première fois qu’on est venus en Côte d’Ivoire, il y avait le problème de piraterie, qui existe toujours d’ailleurs. Mais on avait vu ce problème-là et on avait essayé d’alerter les politiques dans les pays où on allait. Même en Europe, aussi bien les politiques que les industriels. Eux, ils ne voyaient pas où était le problème. Ils se disaient : oui, c’est en Afrique… Les politiques africains n’étaient pas intéressés non plus par ça. A croire que c’étaient des gens qui étaient nés directement à 60 ans quand ils ont été élus quelque part, quoi. On dirait qu’ils n’ont jamais été étudiants. On dirait qu’ils n’ont jamais écouté de musique, qu’ils n’ont jamais dansé. Ce n’était pas leur problème. Ils n’arrivaient pas à voir la musique, les arts ou la culture comme moyen industriel, pouvant faire connaître leur pays, ou comme un moyen de rapporter des devises. En fait, ils ne voyaient pas les choses comme ça…

• Mais les choses changent aujourd’hui…

- Oui, mais écoutez ! C’est tant mieux ! J’ai entendu une fois le Premier ministre ivoirien me dire qu’il a été une fois dans un pays d’Europe de l’Est. Enfin, je ne sais plus où c’était. Il se retrouve dans un véhicule pour aller à une réunion. Et le chauffeur qui lui demande : “Vous êtes de quel pays ?” Il répond : “Côte d’Ivoire.” Et le chauffeur qui s’exclame : “Ah, ouais ! Drogba !” (Il rit). C’est rigolo ça. Mais il n’empêche que ça veut dire que même dans les pays les plus reculés, la Côte d’Ivoire est connue. Parce qu’il y a Drogba, parce qu’il y a Magic System… C’est important.
Je veux dire que ces personnes, ce ne sont pas simplement des mecs qui courent derrière un ballon ou qui font de la musique. Ce sont des ambassadeurs de leur pays. Donc, c’est un aspect qu’il faut développer pour permettre justement à un pays d’être reconnu à l’extérieur, de pouvoir faire du business, ou d’avoir une image. Et le jour où tous les pays concernés seront conscients de ça, ils avanceront beaucoup plus vite. Et je pense que la nouvelle génération de politiciens est plus à même de prendre ces problèmes-là en compte.

• O.K. Pour revenir à vous, avez-vous déjà fait découvrir l’Afrique à vos enfants ?

- Oui. Moi, je pars du principe que tous les Antillais devraient venir au moins une fois en Afrique. J’ai déjà emmené mes enfants en Afrique. Ce n’était pas en Côte d’Ivoire, mais dans un autre pays.

Pourtant, vous ne parlez jamais d’eux…

- Disons que j’essaie de protéger ma famille des médias, quoi. Voilà.

Combien sont-ils ?

- Ils sont 4. Il y a 3 garçons et une fille. Moi, il me semble que dans les medias, on doit voir les gens que ça concerne. Pour moi, mes enfants n’ont aucune raison d’être dans les medias, parce qu’ils ont rien fait pour ça. Normalement, je suis d’une génération où on passait dans les médias quand on avait fait quelque chose de particulier. Soit, on avait tué quelqu’un. Soit, on avait fait quelque chose qui plaisait au reste du monde. Mais, pas simplement parce qu’on est enfant de… ou le copain de… C’est ma façon de voir les choses, hein. C’est vrai que les choses ont beaucoup changé parce qu’aujourd’hui, par le fait de passer à la télé ou dans les médias, on devient quelqu’un. Mais je ne suis pas trop d’accord avec ça, parce que je ne trouve pas ça normal. C’est pour cela que j’essaie de protéger ma famille.

• Parmi vos enfants, certains ont des prédispositions pour la musique ?

- Pas que je sache. Non. C’est sûr que… bon… quand on a un parent qui fait de la musique, les enfants essaient d’imiter leur père. Mais ça ne veut pas dire qu’ils ont des prédispositions pour la musique. Mais, à ma connaissance, ils ne sont pas véritablement intéressés par ça. Ils sont étudiants, ils cherchent à faire carrière dans des domaines qui leur plaisent à eux. Mais, pas pour faire plaisir à leurs parents.

Quel métier feriez-vous si vous n’aviez pas créé le groupe Kassav’ ?

- (Il réfléchit). Franchement, je ne sais pas… A un moment, je voulais continuer mes études pour devenir ingénieur. Mais, si je n’avais pas fait cela, j’aurais fait un métier de création de toute façon. En fait, je dis ça maintenant, parce que je suis dans un métier de création. Et je vois ce que ça peut m’apporter.

Que vous a apporté ce métier,à part la célébrité ?

- A part la célébrité et la notoriété, cela m’a donné une certaine assurance. Parce que quand on a du succès, ça donne une certaine assurance vis-à-vis du monde. Vous savez que vous faites quelque chose qui plaît à vos contemporains et que vous n’êtes pas là pour rien. C’est aussi le fait de gagner sa vie correctement en faisant quelque chose qui vous plaît également. Je pense que c’est important, parce que j’ai rencontré beaucoup de gens qui gagnent leur vie en faisant des trucs qui ne leur plaisent pas nécessairement. Mais il faut bien vivre, hein. C’est vrai que ça change vraiment la vie, le fait de faire la chose que vous aimez et de gagner votre vie avec.

• Et cela vous vaut une grande fierté, aujourd’hui ?

- Oui. Le fait d’avoir réussi à partir d’un tout petit pays au milieu de la mer, d’avoir réussi à faire connaître la musique et la culture de cette région-là dans le reste du monde, je crois que cela peut être une fierté. Parce que ce n’était pas écrit. Ce n’était pas évident, quoi. A l’époque, quand on avait commencé, ce n’était pas évident pour tout le monde. On ne savait pas que ça allait marcher. On a eu juste l’idée et on a dit qu’on allait le faire. Juste comme ça, pour rigoler. Mais on ne pensait pas que ça irait jusque-là.

Vraiment ?

- Bien sûr ! Mais on a continué sur cette lancée. Alors, il y a aujourd’hui de bonnes raisons d’être fier. Oui.

• Bien. Des vœux pour 2010 ?

- Mes vœux, c’est de pouvoir continuer à travailler dans de bonnes conditions. Maintenant, la paix dans le monde et tout le reste, ça ne dépend pas de moi, hein. (Il rit). Mais, j’aimerais qu’on puisse continuer à travailler dans de bonnes conditions. Voilà.

Par François Yéo (Top Visages)
francoisyeo@yahoo.fr
Lu 1265 fois


Nouveau commentaire :

Publions des commentaires constructifs pour avancer

RD Congo | Actualités | Football | Beauté et Mode | RD Sport | RD Economie | Handball | RD Société | Les arts | Gouvernement | RD Album | Arts martiaux | Monde | High Tech | Basket-ball | Indiscretions | Athlétisme | Sports | Portraits | Autres Sports | Interviews | Tennis | Afrique | Interviews Sports | Maghreb | Dans les bacs | Festivals | Rétrospective | Paroles de chansons | Livres | Divertissement | Cuisine congolaise | Vitrine | Ambassades | Actualité RDC | Sante | Economie | RD Politique | RD Tribune | Ils ont dit | Polémique | Live | Concert | Société | Zoom | Anecdotes