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Kanda Bongo Man “Brenda a pleuré à cause de moi”


Par Topvisages.net | Lundi 18 Juin 2012 | Lu 1442 fois | 0 Commentaire



Kanda Bongo Man “Brenda a pleuré à cause de moi”
Saï, Liza, J’étais, Idemoni, Malela Lela… Ces chansons de Kanda Bongo Man ont fait danser toute l’Afrique à la fin des années 80. C’était l’époque du Kwassa-kwassa dont le promoteur n’était autre que Kanda. Il fait partie des artistes dont la carrière a décollé à partir d’Abidjan. Bon chanteur et excellent danseur, le Congolais a marqué son temps. Aujourd’hui, même si on ne le voit plus souvent sur les bords de la Lagune Ebrié, Abidjan reste toujours dans son cœur. Nous l’avons rencontré à Ouaga, aux Kundé. Entretien.

• Dans votre riche carrière, quels sont les moments qui vous ont le plus marqué ?

- Oh, c’est par exemple des concerts dans des stades bondés de monde, et rencontré de grandes stars, celles que je considère plus grandes que moi et qui m’ont fait rêver avant que je ne devienne artiste. Je citerai Peter Gabriel qui m’a beaucoup aidé. Et puis, en 2006, j’étais en tournée en Australie avec Myriam Makeba et Jimmy Cliff. C’était à Adélaïde.

• Quelle impression cela fait quand une vedette rencontre d’autres vedettes qu’il ne pensait pas rencontrer un jour ?

- J’admire toujours ceux que j’aime. A Adélaïde, au cours d’un festival, Myriam Makeba jouait avant moi et Jimmy Cliff clôturait le festival juste après moi. Quand j’ai fini de jouer, je ne voulais pas aller directement à l’hôtel parce que je voulais regarder jouer Jimmy Cliff. C’était comme un miracle, une occasion unique de le voir jouer. Quand j’étais jeune, j’écoutais beaucoup Jimmy Cliff à Kinshasa. et ce soir-là, j’ai eu beaucoup de chance car il a commencé par chanter ses anciens succès que je connaissais et je suis monté sur le podium.

• D’autres artistes ont-ils marqué votre jeunesse ?

- Ah oui ! Les Jackson Five, Marvin Gaye…

• Et chez vous au Congo?

- Chez moi, il y a eu de grands noms comme Franco, Tabuley Rochereau et L’orchestre Bella Bella dans lequel j’ai évolué après mes études.

• C’est le Kwassa-kwassa qui vous a révélé. C’était quoi exactement ?

- A Kinshasa, chaque année, il y a une nouvelle danse. On peut citer le Kiri-kiri, le Soukouss, le Kavacha, le Zaïko… Les musiciens congolais n’aiment pas garder une danse pendant deux ans. Cela les amuse. Puis est arrivé le Kwassa-kwassa dans les années 87-88. C’est une danse. Ce n’est pas le nom d’une musique comme beaucoup l’ont fait croire.

• C’était vous le propulseur de cette danse ?

- Oh, on va le dire ainsi. On la dansait déjà à Kinshasa mais c’est moi qui ai fait la promotion du Kwassa-kwassa. Finalement, c’est resté comme mon invention. La première fois que j’ai dansé le Kwassa-kwassa, c’était à Abidjan à l’émission Variétoscope avec Barthélemy Inabo et Serge Fatoh. J’étais en vacances à Abidjan et ils m’ont chopé pour que je participe à Variétoscope. C’était à l’Université. J’y suis allé et tout est parti de là.

• Pourquoi vous n’avez pas choisi la rumba ?

- On apprend d’abord la rumba avant de faire autre chose au Congo. C’est la racine. Chez nous, quand tu ne sais pas chanter la rumba, tu n’es pas un chanteur. C’est une musique lente où on entend ta voix, on remarque comment ta voix navigue sur les guitares. C’est avec la rumba qu’on teste un chanteur qui veut entrer dans un orchestre.

• Combien de disques avez-vous publié avec le Kwassa-kwassa ?

- C’est seulement un album que j’ai consacré au Kwassa-kwassa. Mais j’ai au moins treize disques au total.

• Qu’est-ce qui explique votre absence des scènes ouest-africaines ces dernières années ?

- Juste un décalage au niveau de mon staff. Je tourne plus souvent en Afrique australe qu’en Afrique de l’ouest qui était ma base. En fait, j’ai signé il y a vingt ans un contrat avec la compagnie de disques Gallo. En France, je travaillais avec Mélodie qui a fait un échange entre Lucky Dube et moi. On a donc envoyé mon catalogue en Afrique du Sud chez Gallo qui distribue également Myriam Makeba. Et au même moment Lucky Dube qui a démarré avec Gallo, une branche de Sony, est passé chez Melodie. Après la signature avec Gallo, tous mes albums sont désormais enregistrés en Afrique du Sud. Mes trois derniers albums ont été enregistrés en présence de Lucky Dube. Il enregistrait au studio n°1 et moi au n°2. On se retrouvait à midi dans un petit restaurant en face du studio pour déjeuner et après, on repartait bosser. Si vous permettez, je vais raconter une petite anecdote quand Lucky enregistrait The way it is, son dernier album avant sa mort.

• Allez-y !

- Pendant qu’on prenait le repas, on voit la porte s’ouvrir. Et c’est Brenda Fassie qui entre, un chapeau zoulou sur la tête. Quand j’ai vu Brenda, je me suis levé pour lui faire la bise. Elle m’a repoussé violemment contre le mur avec cette question : «qui es-tu pour me toucher ?»
Je suis retourné tranquillement à ma place. Et Lucky lui demande si elle enregistre ce jour-là. Elle répond : «je suis venue dire bonjour à Kanda Bongo Man. J’ai téléphoné à Gallo et on m’a dit qu’il enregistre aujourd’hui. C’est pour cela que je suis là.» (il éclate de rire). Lucky Dube dit alors à Brenda : «mais c’est lui». Confuse, Brenda s’est mise à terre en train de pleurer. Lucky et moi l’avons soulevée pour la consoler. Quand on est retourné au studio, j’ai mis mon chapeau et elle a crié : voilà, c’est toi ! Le soir-même, elle m’a emmené dîner au restaurant. Et pour se faire pardonner, Brenda est montée sur la table à manger et a commencé à chanter sa chanson «Vuli nzela». Oh mon Dieu, j’étais en train de la filmer ! A la fin, elle a coulé des larmes.

• Au fait, c’est quoi l’histoire de ton chapeau ?

- Dans les années 80, on tournait beaucoup et je trouvais que de nombreux artistes m’imitaient. Mon habillement, ma façon de danser, tout était copié. Un jour à Abidjan, quelqu’un m’a confondu à Aurlus Mabélé quand Emmanuel Koffi nous avait invités pour un concert. Après le spectacle, je suis allé à un festival à Barcelone en Espagne. En faisant les magasins, je vois les chapeaux espagnols, les flamencos. J’essaie un devant la glace et je dis bon : je vais changer mon look maintenant. On saura désormais qui est Kanda Bongo Man. (Rires). Cela m’est resté. Je ne peux plus faire un spectacle sans mon flamenco. Voilà !

• Où vivez-vous maintenant ?

- Je suis à Manchester, en Angleterre. J’y ai amené mes enfants étudier dans une école anglaise. Comme cela, ils comprendront deux grandes langues à savoir le français et l’anglais.

• Avez-vous mis la musique en veilleuse ?

- Non, je tourne. J’étais au Malawi avant que le Président Bingu wa Mutharika ne décède. Le 10 mars dernier, j’ai participé à un gala pour récolter des fonds pour l’association de la Première Dame Mutharika. Je me rappelle que la Première Dame avait fait la liste des chansons qu’elle connaissait et qu’elle voulait que j’interprète au gala. Au concert, elle est montée sur la scène. La tournée a été interrompue par le décès du Président. Après le Malawi, je suis allé à Babedos, une île située à côté de Cuba. De Babedos, je suis venu aux Kundé. Et après Ouaga, je vais à Kuala Lumpur en Malaisie pour un festival. Je tourne encore.

• Est-ce que vous êtes content de votre carrière ?

- La carrière artistique est très difficile. On sait comment ça commence, mais on ne sait pas comment ça va se terminer. Il y a trop d’embûches sur la route. Dans la musique, il n’y a pas que savoir chanter. Il y a aussi la chance qui amène à signer des contrats dans de grandes maisons de disques. Et ce n’est pas facile d’entrer dans ces maisons car elles choisissent toujours celui qui peut vendre. C’est la rentabilité qui les intéresse. A mon âge, avoir des compagnies de disques qui me font confiance, il faut quand même dire merci à Dieu.

• Un mot pour les Ivoiriens

- Oh, la Côte d’Ivoire ! La Côte d’Ivoire est dans mon cœur. Demandez à notre grand frère BBC (Balliet Bléziri Camille) et à d’autres journalistes de la Côte d’Ivoire, ils vous le diront : la Côte d’Ivoire a contribué au succès de la musique africaine. Quand une musique arrive à Abidjan et qu’Abidjan décide de la lancer, c’est fini, le succès est garanti. Et ça va partout en Afrique. Moi, je n’étais pas connu en Afrique de l’est (Kenya, Tanzanie…) à l’époque. Par le canal de l’URTNA (Union des radios et télévisions nationales d’Afrique) qui assurait une sorte d’échange de programmes, la Côte d’Ivoire envoyait ses programmes en Tanzanie ou au Kenya et eux aussi faisaient pareil. C’est ainsi que mon passage à Afrique Etoiles avec Djira Youssouf a été envoyé à Nairobi au Kenya. Un jour un producteur kenyan du nom de Tamokatchi Ndongala m’appelle au téléphone et me dit que le programme d’URTNA avec ma prestation a gâté le pays. Et qu’on a besoin de moi à Nairobi.
Au concert dans un stade de Nairobi, ça a été l’hystérie totale. Un monde impressionnant m’attendait. Du jamais vu de toute ma carrière d’artiste ! Voilà le travail que les Ivoiriens ont fait pour la musique africaine. (Rires aux éclats).

Par Omar Abdel Kader à Ouagadougou
kadertani@topvisages.net
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