Katia Mounthault publie Le cri du fleuveDimanche 25 Juillet 2010 - 14:32
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Paru en juin dernier à Paris aux éditions l'Harmattan, dans la collection Encres noires, Le cri du fleuve est le premier roman de Katia Mounthault, originaire du Congo Brazzaville. Le décor : un Congo, qui aurait pu tout aussi être n'importe quel autre pays d'Afrique, dévasté par une guerre civile, au cours de laquelle des enfants ont été à la fois victimes et auteurs de la folie meurtrière qui a détruit toutes les communautés. Une histoire à rebondissements que l'écrivaine a voulu décortiquer pour nous dans cette interview réalisée depuis Washington où elle vit et travaille.
Les Dépêches de Brazzaville. Pourquoi Le cri du fleuve comme titre de ce roman ? Katia Mounthault. Vous me demandez un exercice difficile ! Disons que le thème même du roman a imposé un tel titre. Au cours des guerres, lors de massacres, c'est bien souvent dans un fleuve ou dans une rivière que l'on jette des corps, sans doute dans l'objectif de faire disparaître toutes traces. Alors, imaginez que le fleuve s'érige contre tout cela, lève ses eaux dans un cri de révolte. D.B. A l'instar de Kourouma et de Dongala, vous abordez le thème des enfants-soldats. Qu'est-ce qui vous a motivé ? K.M. Vous avez la réponse à votre question : les enfants. Ils sont l'avenir de nos sociétés, et on ne peut pas tolérer que l'avenir d'un enfant soit compromis et qu'il soit utilisé comme arme de guerre. Regardez ce qui se passe sur le continent africain, chez notre voisin en RDC par exemple, la violence avec laquelle des milliers d'enfants et de femmes se retrouvent piégés. J'ai voulu utiliser le roman pour rendre hommage à cette génération trahie. D.B. Vous avez écrit ce roman à la première personne du singulier, et ce « je » donne une forte connotation autobiographique. Qu'en est-il ? K.M. Je ne suis pas Célia. Dans le roman, c'est Célia, une journaliste en reportage pour le compte de CNN qui parle et qui conduit le lecteur à travers son regard. Il s'agit bien d'une fiction où l'imaginaire prend corps avant tout. Le reste n'est que pure coïncidence car inconsciemment quand on écrit, on puise aussi dans son vécu ! D.B. Pourquoi avoir choisi une journaliste pour raconter cette histoire ? Est-ce pour dire que les journalistes sont les témoins de l'histoire ? K.M. Ils le sont en effet. C'est grâce à eux, aux risques qu'ils prennent parfois, que le public est informé de ce qui se passe dans le monde. Ils sont les yeux et la voix qui révèlent au grand jour le panorama des souffrances des populations. D.B. La guerre civile du Congo, puisque c'est dans ce pays que se situe l'action du roman, a mis en exergue de profondes divisions ethniques. Le Congo est-il toujours selon vous divisé autour de l'ethnicité ? K.M. La référence au Congo dans le roman n'est qu'un prétexte pour situer l'histoire dans un pays. J'aurais pu ne pas citer de pays ou en inventer un. La réalité qui y est décrite peut être transposée dans n'importe quel pays du continent africain, voire au Moyen Orient, en Asie, en Amérique Latine ou en Europe. Le fait ethnique n'est pas propre à l'Afrique ou au Congo en particulier. Je laisse le soin aux analystes politiques de répondre plus directement à votre question. Par contre, je tiens à vous dire que l'ethnicité est mal utilisée parce qu'elle est utilisée comme objet de destruction. J'ai du mal à croire qu'un Africain (quelque soit son pays de nationalité) trouve plus facile de vivre en harmonie avec un Libanais ou un Chinois et ne parvient pas à tolérer son voisin, son frère qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau sous prétexte qu'il est d'une ethnie ou d'une région différente. D.B. Vous faîtes de nombreuses références au mysticisme tout au long de votre roman, notamment avec le sort réservé à Jidel, l'un des enfants-soldats. Pourquoi autant d'évocations du monde de l'invisible dans votre texte ? K.M. Parce que c'est l'univers dans lequel beaucoup de gens vivent. En Afrique par exemple, le monde de l'invisible est omniprésent. Il permet d'expliquer non seulement le passé, mais aussi le présent. Rien n'arrive par hasard et chaque événement de la vie, positif ou négatif, s'analyse bien souvent et s'explique en fonction du rapport que l'individu entretient avec le monde de l'invisible. D.B. Votre roman s'achève sur ces deux mots « destins brisés ». C'est plutôt brutal comme chute. Est-ce à dire que l'Afrique est condamnée ? K.M. Non, l'Afrique n'est pas condamnée. Le roman s'achève sur la projection du film documentaire que Célia a tourné. Il n'y a pas de condamnation. Il n'y a pas non plus d'attendrissement. L'avenir de l'Afrique est dans ses propres mains, dans sa capacité à assurer et à préserver l'intégrité physique et sociale de ses enfants. D.B. Doit-on voir un espoir au travers de toutes les atrocités qu'ont connues ces enfants soldats ? K.M. Il y a toujours un espoir ; celui de la paix, du respect de l'autre. Ce sont des socles sur lesquels doivent reposer nos sociétés. Quand vous parcourez l'Afrique, vous lisez la joie de vivre malgré les souffrances et la pauvreté. C'est cette joie de vivre, cette force de se battre pour de meilleurs lendemains qu'il faut capitaliser. Dans le roman, Baudelaire en est l'illustration. Il continue à croire en son avenir malgré l'environnement dans lequel il vit et malgré la guerre à laquelle il a participé. Il s'accroche à Célia parce qu'il veut saisir l'opportunité de vivre autrement. Propos recueillis par Quentin Loubou (Brazzaville-adiac) De mère guadeloupéenne et de père congolais, Katia Mounthault grandit et étudie entre le Congo, la France et les Etats-Unis où elle achève des études supérieures en sciences politiques et relations internationales. Diplômée de l'Elliott School of International Affairs de l'Université Georges Washington aux Etats-Unis, elle s'installe au Congo pendant quelques années, puis retourne à Washington DC où elle travaille pour une multinationale. Elle est la fondatrice et rédactrice en chef d'un magazine pour lequel elle écrit plusieurs articles. Katia Mounthault n'est pas inconnue de la scène sociale au Congo. Pendant quatre ans, elle a travaillé comme directrice des relations publiques et gouvernementales pour le groupe pétrolier américain Chevron. A ce titre, elle a été responsable de nombreux projets communautaires à Pointe-Noire et à Brazzaville. On la retrouve aussi à l'origine de plusieurs initiatives citoyennes, comme le projet Nettoyage de plages pour alerter des dangers de la non-gestion des ordures, et comme défenseur de grandes causes telle la prise en charge des orphelins du Vih/sida. Pendant son séjour au Congo, Katia Mounthault a créé le magazine trimestriel panafricain Avant-garde. Aujourd'hui, elle vit et travaille à Washington DC aux Etats-Unis. SDC, Starducongo.com
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