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La Révolution des 13 14 et 15 Août 1963 au Congo-Brazzaville: Quel bilan social cinquante ans après (1963-2013)?


Par | Samedi 17 Août 2013 | Lu 917 fois | 0 Commentaire



L’Abbé Fulbert Youlou entouré de son successeur Alphonse Massamba-Debat et de l’Archevêque de Brazzaville. Source Ph: congopage
L’Abbé Fulbert Youlou entouré de son successeur Alphonse Massamba-Debat et de l’Archevêque de Brazzaville. Source Ph: congopage
Après la chute du président abbé Fulbert Youlou, à la suite du coup de force d’août 1963, qualifié par ses auteurs de révolution des trois glorieuses, le système social et éducatif congolais avait connu un profond changement.

Les nouveaux maîtres du pays introduisirent dans les enceintes scolaires de nouvelles méthodes importées des pays d’Europe de l’Est. Ils changèrent les mouvements des jeunes servant, entre autres, de structures éducatives issues de la colonisation par d’autres organisations. C’est ainsi que des mouvements des jeunes de morale chrétienne comme les Scouts, Cœurs vaillants, Âmes Vaillantes, Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.C.), etc étaient remplacées par l’Union Générale des Elèves et Etudiants Congolais (U.G.E.E.C.).

Le scoutisme avait pour but, comme le rappelle si bien le professeur Justin Gandoulou, de contribuer au développement des jeunes en les aidant à réaliser pleinement, leurs capacités physiques, intellectuelles et spirituelles, en tant que personnes humaines, en tant que citoyens et en tant que membres de la communauté internationale. Le scoutisme était aussi une école de la vie.

Oui le scoutisme était effectivement et ce, à la fois, une école humaine et sociale tendant en la formation de l’être ou du muùntu ! cet être qui, par sa formation et son éducation relayées, entre autres, par les instances traditionnelles comme le Mboòngi allait devenir pleinement un citoyen congolais.

Outre l’Union Générale des Elèves et Etudiants Congolais (U.G.E.E.C), le paysage de la vie éducative congolaise était aussi dominé par la Jeunesse du Mouvement National Révolutionnaire (J.M.N.R).

Qu’il s’agisse de l’U.G.E.E.C ou de la J.M.N.R. le but poursuivi en matière de formation et d’éducation, n’était pas en soi mauvais, mais dans la pratique l’ordre naturel des choses comme le respect que les enfants doivent à leurs parents ou celui des élèves à l’endroit des enseignants ne fut guère respecté.

Comme le relève à juste titre le professeur Justin Gandoulou, « A l’école, certains élèves osaient se présenter en treillis (ici uniforme de l’armée cubaine). Parfois la moindre remarque désobligeante de l’enseignant, quand bien même elle se faisait dans le cadre du cours, était vite rapportée par l’élève aux chefs de section de la JMNR qui n’hésitaient pas à interpeler l’éducateur. Certains parents qui, pourtant ne faisaient qu’user de leur devoir naturel d’éducation, pouvaient subir le même sort. Lorsque, par exemple, un parent faisait remarquer à sa fille qui avait l’habitude de rentrer tard à cause de réunions des pionniers, il pouvait aussi faire l’objet d’un « rappel à l’ordre » par les chefs de section. » (Justin Gandoulou in « Les Nouveaux Enjeux Pastoraux entre tradition et modernité Hommage au Cardinal Emile Biayenda éditions ICES avril 2013 P.118).

Dans le même ordre d’idées, le modèle d’éducation traditionnel congolais dans ses principes de morale sociale avait connu un certain déclin en faveur de nouvelles valeurs instituées par le Mouvement National de la Révolution (M.N.R.).

Ici, force est de rappeler que la morale traditionnelle congolaise imposait à ce que les plus jeunes appellent leurs aînés par l’expression yaaya ou yaa en forme abrégée ou les papas par taata ou taa suivi du nom ou prénom s’agissant d’un adulte (homme) ayant des enfants ou susceptible de procréer, et maama ou maa pour les femmes ayant des enfants ou susceptibles d’en avoir.

Cependant, la morale sociale du Mouvement National de la Révolution (M.N.R.) introduisit, en quelque sorte, et en le vulgarisant surtout le mot camarade lequel terme, dans une certaine mesure, remplaça celui de monsieur même quand il s’agissait de s’adresser au chef de l’Etat. Comme si cela ne suffisait pas, les autorités politiques participaient, observe à juste titre le professeur Justin Gandoulou, à la culture de la médiocrité voire de l’immoralité, quand ils osaient lancer publiquement en les vulgarisant des slogans comme « Ebonga, ébonga te, toujours meilleur… » et qu’ils hissaient à des postes importants de responsabilité les citoyens qui détournaient les deniers publics ?

Encore mieux, chacun se souviendra de ces slogans inscrits sur de larges bandes en tissu rouge qui bordaient les clôtures des ministères quand elles n’étaient pas simplement suspendues entre deux lampadaires au-dessus d’une des artères du centre-ville. On pouvait alors y lire : « le Parti doit diriger l’Etat ». Cela revenait à dire, pour le commun des Congolais, qu’un simple commis de l’Etat pour peu qu’il fut membre du Parti Congolais du Travail devait se savoir plus important que son chef de service. (Justin Gandoulou idem P.119.).

Alors quel bilan ou jugement peut-on tenir face aux changements opérés par la révolution des 13 14 ET 15 août 1963 cinquante ans après ?

Il n’est pas injuste d’affirmer que le laisser-faire né, par voie de conséquence, du nouveau mode de vie décrété par la soi-disant révolution de 1963 est cette période au cours de laquelle les mœurs ont connu au Congo-Brazzaville un profond relâchement. Ce relâchement est tel qu’aujourd’hui, l’oisiveté qui est, dans une certaine mesure, entretenue du fait de l’abandon ou d’un manque d’encadrement sérieux de la jeunesse congolaise par les instances étatiques devient la règle et une des causes de perdition de celle-ci.

L’alcool, le sexe, la sape, deviennent des centres d’intérêt d’une jeunesse qui est en perte de vitesse. D’une jeunesse congolaise qui, malgré elle, est aux abois par manque de repères et surtout d’orientation sociale, morale et spirituelle.

Et ce n’est que chose exacte lorsque le professeur Gandoulou relève, « On voit ici, les conséquences de modèles importés dans un environnement social et culturel particulier dont les nouveaux maîtres du pays ne maîtrisaient pas efficacement les contours ».

En somme, cette inadéquation a engendré une sorte de désordre et de confusion dans bien de domaines dont celui de l’éducation qui avait été fortement atteint. Cela s’était traduit par une crise sociale et culturelle, une sociopathie entendue comme maladie de la socialité. (Gandoulou idem P.120.)

TAATA N’DWENGA
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