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La créativité de la musique congolaise en question


Lundi 28 Février 2011 - 14:28


La créativité de la musique congolaise en question
Franco n’est plus de ce monde, vive Franco ! Le «Seigneur Rochereau» est malade que Koffi Olomidé l’a déjà immortalisé de son vivant dans un show musical dénommé « Koffi chante Tabu Ley ». Les Bantous de la capitale représentent désormais des icônes à l’image de l’orchestre cubain Aragon. Ils ressassent, faute de mieux dans un paysage fait de tintamarres et de médiocrité, un répertoire certes has been, néanmoins adulé des quinquas et sexagénaires qui laissent indifférents les jeunes d’aujourd’hui. Les orchestres de la nouvelle génération comme les Wengués, Extra Musica, Patrouille des stars etc. donnent l’impression d’être à court d’inspiration. Une nouvelle vague de carrières solos avec des chanteurs comme Fally Ipupa, Férré Gola, Doudou Copa, Jus d’été, Karmapa etc. essaie de se mettre au devant de la scène musicale congolaise. A quelques rares exceptions, l’ingéniosité musicale n’est plus au rendez-vous et a du mal à s’imposer.

En attendant d’être physiquement édifié par les décideurs politiques, le pont sur le Congo existe, ne fut-ce que sur le plan du rapprochement des cultures. Franklin Boukaka et Joseph Kabasélé l’ont exprimé de manière mémorable dans leurs œuvres. Nous pratiquons la même musi-que avec un substrat rythmique et langagier commun depuis la nuit des temps. De Paul Kamba à Adou Elenga en passant par Wendo Kolosoy à Antoine Moundanda, les deux rives du fleuve Congo se sont mutuellement influencées.

L’époque où les Essous, Nino Malapet, Edo Nganga, Célio Nkouka, Loubélo de la lune, Michel Boyibanda, Pablito traversaient le Pool Malébo pour exceller à Léopoldville, est encore vivace dans la mémoire de beaucoup de mélomanes. De même les Jojo, Papa Noël et Mujos empruntèrent le chemin inverse vers Brazzaville dans les Bantous de la capitale. A propos de l’espérance de vie d’un ensemble musical, un musicologue de la RDC nommé Maluengo s’est exprimé en ces termes : « Une formation musica-le naît à un moment donné de l’histoire, évolue et s’épanouit dans un environnement spatio-temporel précis, s’identifie à la jeunesse de son époque, par laquelle elle traduit en effet les sensibilités et les préoccupa-tions essentielles. Puis, elle vieillit avec cette jeunesse et finit par disparaître ».

Si tel est le cycle, on peut affirmer que la musique congolaise moderne et contemporaine a démarré dans les années 50 avec les orchestres Negro Jazz, Cercul Jazz, Negro Band, Bantous etc., et a acquis ses lettres de noblesse par la qualité et la variété novatrice de ses musiciens. Les orchestres qu’on peut qualifier de la deuxième génération du milieu des années 60 comme Tembo, Sinza Kotoko, Super Boboto (SBB), Manta Lokoka, African Mod Matata ont perpétué les traces, les talents de leurs aînés.

Puis vinrent les remue-ménage des années 70 avec les départs dans l’orchestre Bantous qui donnèrent naissance aux orchestres le Peuple et les Nzoï. Ces ensembles portèrent également haut le flambeau de la musique congolaise. Le milieu des années 70, notamment 1976, verra la naissance de l’orchestre national du Congo, sous la houlette de M. Antoine Letembet Ambily, directeur général des affaires culturelles. Cet orchestre national produisit l’album «Vision», introuvable aujourd’hui sur le marché du disque, qui fut un véritable chef-d’oeuvre musical. La rencontre de Bikouta Bicks, Freddy Kébano, Léopold Mbouma, soutenue par la base rythmique des Bantous, aussi bien au niveau des guitares que des instruments à vent, laissèrent pantois plus d’un mélomane des deux rives du fleuve-Congo. Les arrangements musicaux dans des titres comme «Lemba», «Mossendjo», «Missié mabé» donnèrent la pleine mesure de ce que la musique congolaise peut receler comme talents.

A noter également à la fin des années 70, la naissance des orchestres les Trois frères, les Rumbayas et Kamikaze Loningisa dont les fondateurs Youlou Mabiala, Loko Massengo, Michel Boyibanda ont retraversé le fleuve Congo pour rejoindre Brazzaville et se distinguer dans des œuvres inoubliables.

Des individualités

La carrière solo de Franklin Boukaka avec son opus «Le bûcheron» arrangé par le grand Manu Dibango, a connu un succès international retentissant, au point où des titres comme «Mwanga» ont été interprétés par de grands orchestres caribéens comme les Broadway et Aragon de Cuba. Les Clotaire Kimbolo, Casimir Zao, Kouyéna Mouzita etc. sont les produits de cette école. Le début des années 80 a vu éclore d’autres carrières solos en Europe. Ce sont les cas de Tanawa, Sammy Massamba, Pierre Mountouari, Théo Blaise Nkounkou, Pamélo Mounk’a, Balou Canta etc. A l’époque, cette musique au mieux de sa forme a conquis la diaspora négro-africaine d’Europe et des Antilles.

D’une génération à une autre

Aujourd’hui, en dehors des Bantous de la capitale, les orchestres des décennies 60, 70 ont tous disparu. La plupart des carrières solos ont cessé toute activité et une nouvelle génération a fait son apparition : Extra Musica, Patrouilles des stars, Doudou Copa, Quentin Mouyascko etc. Malheureusement sur les deux rives du fleuve, une triste réalité s’étale au grand jour. Les textes des chansons sont d’une pauvreté affligeante. Une litanie de noms sont psalmodiés en lieu et place des arrangements rythmiques des cuivres et des guitares. Beaucoup de stars de la nouvelle génération se laissent aller à l’appât de certaines personnalités publiques dont ils citent abondamment les noms dans leurs œuvres.

Certes, les Franco et autres Tabu Ley ont également chanté les «Marie Justin Bomboko», «Amasco», «Colonel Bangala», «le président Mobutu» etc. dans des arrangements bien élaborés de la rumba, qui faisaient intervenir tous les compartiments des instruments. Ce qui est loin du phénomène «Libanga» où l’on paye pour être cité dans une œuvre musicale quand ce n’est l’artiste lui-même qui en prend l’initiative, quitte à se faire rétribuer sous diverses formes par les «promus». N’empêche qu’à côté de ces pratiques qui tirent la musique congolaise par le bas, il y a quelques exceptions.

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Koffi Olomidé tient actuellement le haut du pavé de la musique congolaise. D’autre part, les opus de Férré Gola, et de Fally Ipupa se comportent bien sur le marché du disque et agrémentent les bars dancing, les VIP et les boites de nuit. De même, Meje 30 et Tshala Mwana ont mis sur le marché un album qui tient la route.

Extra Musica n’est pas en reste avec son leader Roga-Roga. Sur les plans institutionnel, technique et social, il subsiste néanmoins de réels problèmes qu’il faut affronter pour que la musique congolaise connaisse une véritable renaissance. Un cadre règlementaire doit protéger la profession d’artistes musiciens en apportant des solu-tions pratiques aux problèmes de perception des droits d’auteur et de piraterie. Si la musique est un divertisse-ment pour le grand public et les mélomanes, ceux qui la prati-quent exercent une profession qui doit les faire vivre décemment, eux et leurs familles.

Les perspectives d’avenir devraient s’améliorer de sorte que la musique ne s’apprenne pas seulement dans la rue. Les per-formances des techniques musicales modernes issues de l’informatique doivent être maîtrisées par nos musiciens, nos apprenants, nos talents en herbe pour rendre notre musique plus compétitive sur le plan mondial. A titre d’exemple, l’inauguration récente d’une école de musique « Le Griot» du célèbre guitariste Manuaku Waku alias Pépé Féli (Zaïko) dans la cité de Kinshasa à Livulu devrait faire école.

Dans tous les cas, nos Etats ont des devoirs face auxquels ils ne sauraient indéfiniment se dérober dans ce domaine.

Roger Pao (Le Patriote)

SDC, Starducongo.com
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