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Le docteur Serge Ntoya dénonce le phénomène « Tia foin » ou la course à l’embopoint et au gros postérieur


Par AEM | Vendredi 11 Mai 2012 | Lu 2403 fois | 1 Commentaire



« Tia foin » est une expression argotique lingala qui signifie « Veux-tu parier ? ». Le pari ici consiste en l’absorption de produits pharmaceutiques en vue d’augmenter la masse corporelle. Les femmes stéatopyges pensent avoir trouvé ainsi le moyen de conquérir les hommes. La viadine, bon appétit, multivitamines C4, nutriline et autres produits consommés par voie orale ou sous forme de suppositoires feraient l’affaire ! Ce phénomène est apparu dans les années 90 à travers « durabolin », un produit injectable par voie intraveineuse, produit destiné normalement à la santé animale. Les dégâts causés chez bon nombre de femmes ont été décriés et médiatisés. Le personnel médical a été montré du doigt et la pratique a disparu pour resurgir vingt ans plus tard. Pour clôturer le mois de la femme, ODEMAV (Organisation pour le Développement de Maviokele) a organisé une conférence avec le docteur Serge Ntoya, spécialiste en chirurgie et accouchement, qui évoque le fléau « Tia foin » à travers cette interview.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Vous avez animé une conférence sur le phénomène « Tia foin », pourriez-vous nous expliquer ce que cela veut dire ?

Docteur SERGE NTOYA (Dr SNT)
: « Tia foin » est un défi des personnes maigres à l’endroit des rondes pour dire qu’il suffit d’un rien pour que les personnes maigres deviennent aussi fortes. Il consiste à prendre des produits stimulants l’appétit et autres corticoïdes pour augmenter le volume du corps.

AEM : Pour quelles raisons les jeunes filles recourent-elles à ces produits, au phénomène « tia foin » ?

Dr SNT
: Pour les filles, il s’agit d’obtenir un développement important des muscles fessiers pour attirer le regard des hommess. C’est aussi un moyen pour répondre à certains impératifs sociaux imposés par la société congolaise à travers certains slogans « muasi muasi nde nzoto » voulant dire que« l’on reconnaît une femme par le volume de son postérieur ». Il faut noter que ce phénomène emballe aussi certains garçons qui veulent se constituer un embonpoint pour paraître élégants dans certaines tenues.

AEM : Quels sont les méfaits dus à la consommation de ces produits ?

Dr SNT
: L’usage prolongé et abusif de ces produits conduit à l’obésité. L’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré l’obésité comme étant une maladie en 1997. Elle entraîne plusieurs conséquences : les maladies cardio vasculaires dont l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque et même les accidents cardio vasculaires (AVC). Dans la grille des conséquences, nous pouvons aussi citer le diabète, la déformation de la colonne vertébrale surtout lorsqu’il s’agit de l’obésité androïde (accumulation de la graisse au niveau de la partie supérieure du corps), le cancer du sein. L’obésité peut aussi être à l’origine d’une stigmatisation sociale (à l’école, sur le lieu de travail, dans les transports en commun).

AEM : Pourquoi avez-vous porté votre choix, pour animer la conférence, sur la commune de Kimbanseke, particulièrement sur le quartier Maviokele ?

Dr SNT
: C’est un coin où les gens n’ont pas accès facile à l’information. C’est aussi dans cette commune que ce phénomène bat son plein.

AEM : Qu’est-ce qui expliquerait que dans ce coin réputé inaccessible à l’information, les jeunes garçons et filles aient tout de même l’information sur ce type de produits ?

Dr SNT
: L’information circule de bouche à l’oreille.

AEM : Qui alimente les adeptes du phénomène « tia foin » ?

Dr SNT
: Les pharmacies du quartier et les vendeurs ambulants.

AEM : Comment ces pharmacies et vendeurs ambulants opèrent-ils paisiblement, sans être inquiétés ?

Dr SNT
: Il n’y a pas de contrôle. Ceux qui vendent les produits n’ont pas généralement une formation médicale. On pouvait limiter les dégâts en exigeant au préalable une ordonnance médicale dûment signée par un médecin, hélas !

AEM : Quels conseils prodigueriez-vous aux personnes touchées par le phénomène« tia foin » ?

Dr SNT
: Nous exigeons l’arrêt immédiat de la consommation de ces produits et l’observation des mesures hygieno-diététiques pour lutter contre l’obésité. Parmi ces mesures il faut avoir un régime pauvre en sucre, en graisse et en sel, éviter de grignoter des bonbons, biscuits, beignets, charcuterie entre les repas. Il faut pratiquer les exercices physiques pendant au moins 30 minutes par jour. La marche à pied est conseillée.

AEM : Existe-t-il des produits pour guérir cet état ou un antidote ?

Dr SNT
: Il y a des inhibiteurs d’appétit mais pas d’antidote.

AEM : Un mot pour conclure cet entretien.

Dr SNT
: Nous remercions tous les participants, le Rodhecic pour son soutien financier, le Chef du quartier, le Commandant du Sous Commissariat de la police ainsi que les représentants des notables du quartier.

Propos recueillis par Paul Kabeya (AEM) Kinshasa-RDC
Lu 2403 fois


Vos commentaires:

1.Posté par Van Manchette le 16/05/2012 12:11 | Alerter
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Un article fort intéressant qui, au-delà de l’humour ravageur Congolais cache un malaise profond et permet ici de soulever une question de santé capitale d’une gravité extrême pour que l’on puisse en parle avec légèreté.
Le surpoids incontrôlé est un vrai problème de santé publique, avec une population ignorante des risques auxquels elle s’expose en se gavant de médicaments dont elle n’a pas la maîtrise des effets indésirables.
Il appartient aux autorités publiques de pointer du doigt un certain nombre de comportements qui font l’apologie de l’embonpoint. Des clips licencieux sont projetés sur la chaine publique sans que personne ne s’en émeuve, avec des femmes callipyges qui sont érigées en modèles d’esthétisme.
L’obésité doit être décriée non pas comme un signe de bonne santé comme l’imaginaire collectif le pense naïvement mais comme un handicap qui présente de nombreux risques.
MERCI à vous d’avoir relayé cette information.

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