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Leïla Trabelsi, la «sorcière» mal aimée


Par . Pagesafrik | Jeudi 4 Août 2011 | Lu 439 fois | 0 Commentaire



Leïla Trabelsi, la «sorcière» mal aimée
Dans un ouvrage publié en France, l’ancien majordome de la femme de l’ex-président Ben Ali décrit les turpitudes d’un pouvoir à la fois décadent et déprédateur.
Mais que devient Leïla Ben Ali, née Trabelsi? Il y a quelques jours, une rumeur a circulé dans toute la Tunisie: selon le site Tunivisions (le magazine people des Tunisiens), l’ex-Première dame aurait récemment tenté de mettre fin à ses jours en avalant du poison.

Admise à l’hôpital privé de la ville d’Abha (capitale en altitude de la province d’Asir, en Arabie saoudite), ses jours ne seraient pas en danger comme semble le regretter le site, qui déplore que la potion ingurgitée n’était «malheureusement (sic) pas meurtrière»…

Il est très difficile de vérifier cette information, tant les autorités saoudiennes refusent de communiquer à propos de l’ancien couple présidentiel. A ce jour, Ryad n’a même pas daigné répondre officiellement à la demande d’extradition formulée par les autorités tunisiennes et nombre de Tunisiens craignent que Ben Ali et sa femme n’échappent à la justice de leur pays.

Pour autant, les langues se délient en Tunisie et chaque jour apporte son lot de révélations. C’est ainsi que le tout-Tunis parle beaucoup du livre de Lofti Ben Chrouda, un ancien majordome au palais présidentiel qui a passé vingt ans au service de Leïla Trabelsi.

Paru le 9 juin dernier aux éditions Michel Lafon, Dans l’ombre de la reine, écrit en collaboration avec Isabelle Soares Boumala, professeur de lettres et journaliste en Tunisie, est en vente dans nombre de librairies du pays —ce qui en soi est une révolution, quand on sait ce qu’a été l’emprise de la censure jusqu’à la chute de Ben Ali en janvier 2011. Et son contenu n’est rien de moins que sidérant.

La sorcière

Dès les premières pages, on y apprend ainsi que «Madame la présidente» —expression utilisée par la presse tunisienne jusqu’à ce qu’éclatent les premières émeutes en décembre 2010— avait recours à la sorcellerie et à la magie noire à la fois pour protéger son mari, mais aussi pour garder le contrôle sur lui. N’hésitant pas à sacrifier des caméléons, elle fera aussi appel à de nombreux devins, mages et autres diseuses de bonne aventure venus des quatre coins de l’Afrique, et notamment du Maroc, du Sénégal et du Mali ainsi que de l’intérieur du pays.

«Cela ne m’étonne pas. Elle n’est pas la seule à verser dans ce genre de pratiques. Nombre de femmes de la bourgeoisie tunisienne y ont recours», explique à SlateAfrique un universitaire franco-tunisien, qui estime que la pratique de la sorcellerie dans les milieux aisés et soi-disant cultivés en Tunisie mériterait une véritable enquête sociologique.

On relèvera au passage que le recours supposé à la magie noire pourrait valoir de sérieux ennuis à Leïla Trabelsi, quand on sait que le royaume wahhabite où elle s’est réfugiée n’a pas l’habitude de plaisanter avec ce genre de pratique formellement prohibé par l’islam.

La cruelle

Mais l’ouvrage ne se résume pas uniquement aux exploits de Leïla «la sorcière». Page après page, le lecteur découvre un univers sordide où des parvenus (la famille de Leïla) s’installent dans les palais présidentiels, sèment la terreur parmi le personnel et participent au pillage du pays.

Cruelle, manipulatrice, avare, jamais satisfaite du service et totalement insensible à la fatigue, voire l’épuisement, de celles et ceux qu’elle considérait comme ses esclaves, Leïla Trabelsi ira même jusqu’à plonger les mains d’un cuisinier dans de l’huile bouillante pour le punir d’une peccadille.

L’adultère

Certes, le livre n’apporte aucune révélation majeure sur le plan politique, si ce n’est que l’alliance entre Leïla et Ali Seriati, le chef omnipuissant de la garde présidentielle —dont le procès vient encore d’être reporté—, était plus le résultat d’une alliance tactique que d’une quelconque affinité. A cela s’ajoute le fait que Leïla menaçait régulièrement son mari de «dire la vérité» à propos de la mort de plusieurs généraux dans un crash d’hélicoptère.

Pour autant, nombre de descriptions sont saisissantes. Ainsi, on y trouve la confirmation que Ben Ali n’était plus qu’une marionnette entre les mains d’une femme dominatrice et plus jeune que lui. Laquelle n’hésitera pas à prendre pour amant l’un de ses gardes du corps, qu’elle rencontrait en cachette jusqu’à trois fois par semaine dans une petite maison en bord de mer à La Marsa —quand elle n’organisait pas des escapades pour deux à Paris ou Dubaï.

Un adultère qui, une fois découvert, lui vaudra la colère de son président de mari —lequel semblait quant à lui habité par la peur de perdre sa virilité (d’où une grande consommation d’aphrodisiaques, comme le gingembre et les fruits secs) et d’être dépossédé de ses biens, poisson frais compris, par sa femme, sa belle-famille et le personnel du palais.

La rapace, la stratège

Selon Lofti Ben Chrouda, Leïla Trabelsi avait mis en place une véritable opération de pillage des antiquités tunisiennes, se servant dans les musées, faisant procéder à des fouilles illégales dans tout le pays et masquant parfois ces dernières par des travaux conduits par Imed Trabelsi, son neveu, ou bien son fils —lui aussi traduit devant la justice tunisienne. Les trésors découverts (bijoux, statues, pièces d’or remontant à l’époque carthaginoise ou romaine) étaient ainsi transportés jusqu’aux villas des Trabelsi ou exportés à l’étranger, notamment en Russie et en Israël.

Le majordome raconte aussi comment Leïla et son clan ont mis la main sur tout ce que comptait le petit village de Sidi Boussaïd comme merveilles. Des biens légués par le fameux baron Erlanger (qui fut l’âme artistique du village au début du XXe siècle) aux avoirs immobiliers de personnalités tunisiennes dépossédées en un tour de main, en passant par la fameuse discothèque La Baraka, jadis fréquentée par Charles Aznavour: la rapacité des Trabelsi donne aujourd’hui encore le tournis.

Le livre de Ben Chrouda nous apprend de plus comment Leïla Trabelsi avait commencé à régenter la politique tunisienne en créant le club Elyssa, où nombres de femmes de la haute société tunisoise mais aussi des épouses d’ambassadeurs étrangers se devaient d’adhérer. En somme, un gynécée où se faisaient et se défaisaient les carrières ministérielles du fait de l’allégeance ou non de ces dames à Leïla.

Enfin, l’ouvrage confirme ce que bon nombre d’observateurs avaient très vite compris lors des événements de décembre 2010 et janvier 2011. Ni Ben Ali, ni sa femme n’avaient vu venir les émeutes populaires et ils ont, semble-t-il, cru jusqu’au dernier moment qu’ils pouvaient renverser la donne et retrouver leur ascendant sur le peuple en colère.

Akram Belkaïd (SlateAfrique)
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