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Littérature : la Nuit de la poésie au Congo


Par Adiac-congo.com | Dimanche 10 Novembre 2013 | Lu 898 fois | 0 Commentaire



Antoine Yirika lisant le mot de circonstance.
Antoine Yirika lisant le mot de circonstance.
L’organisation de la première édition de cette nuit par l’association Tchicaya U Tam’si pour la promotion du théâtre et le développement socio-culturel (ATU) est une autre manière de stimuler les Congolais à la pratique de cet art. C’est ainsi que tous les trois mois le monde littéraire et artistique, bref, le monde culturel, se retrouvera pour communier avec les écrivains congolais et d’ailleurs, de la vieille ou de la nouvelle génération

On ne dira jamais assez que la poésie est devenue un art particulièrement élaboré qui s’est progressivement coupé de ses racines populaires, comme en témoignent les blogs ou les nombreuses lectures ou festivals qui lui sont consacrés, mais sa diffusion en librairie est de plus en plus rare malgré une variété de minuscules maisons d’édition.

En effet, si la soirée poétique aux États-Unis et en Europe drainent du monde à travers entre autres la dub poetry américaine et le Printemps des poètes, la pratique de cet art est du moins timide sinon inexistante au Congo. C’est pourquoi, pour donner à écouter, à vivre émotionnellement et à savourer la substantifique moëlle de ce genre littéraire, l’ATU, une ONG de développement socioculturel qui œuvre dans sa vocation depuis 1994, a pensé créer cet espace, la Nuit de la poésie.

Ainsi donc, pour commencer cette aventure, l’ATU a choisi subjectivement d’honorer un homme, un poète de renommée internationale, auteur de plusieurs livres dans les différents domaines littéraires, récipiendaire de plusieurs prix, dont le prix Vermeil, en l’occurrence Jean-Baptiste Tati-Loutard.

Évocation de l’homme de la soirée

Antoine Yirika, président de l’ATU, a évoqué sa première rencontre avec ce poète de la mer, qui a pris son train à Ngoyo, dernière gare où ils l’ont accompagné en juillet 2009, un stylo dans une main et un bloc-note dans l’autre pour une nouvelle romance que les humains ne connaîtront jamais. Sa rencontre avec Jean-Baptiste Tati-Loutard se produit autour de ce qui est devenu leur passion, l’art. Cela se passe en 1981 alors qu’Antoine Yirika venait d’adhérer à la troupe artistique Ngunga. Cette jeune troupe de théâtre qui a fait ses beaux jours au Congo et impulsa une autre vision de la pratique théâtrale tant par ses mises en scène innovatrices que par la gestion administrative et financière à travers des règles purement démocratiques.

En cette année 1981, le Congo devait accueillir des écrivains et hommes de lettres de la planète. La troupe artistique Ngunga avait eu l’outrecuidance de porter sur les planches l’immense œuvre Les Bouts de bois de Dieu de l’écrivain sénégalais de renom, aujourd’hui disparu, Sembene Ousmane. Pour la première fois, la salle du Centre de formation et de recherche en art dramatique était comble. Et la troupe avait un défi à relever : montrer aux yeux du monde les qualités artistiques des artistes et créateurs congolais. Un immense succès. L’auteur était du public. Il est monté sur scène à la fin du spectacle, les larmes aux yeux. Il venait de revivre les péripéties de la grève du Dakar-Niger des années quarante du siècle dernier. Jean-Baptiste Tati-Loutard était à l’époque ministre de la Culture et des Arts. Il était fier et heureux de montrer à tous ces érudits venus du monde entier la quintessence artistique dont regorge le Congo. Un art qui sort de la boue de Poto-Poto, se bat plus souvent sans assistance et est déterminé à marquer sa présence. Le budget à la hauteur de ce qu’il faut pour acheter l’aune d’un raphia ne permet pas de promouvoir à sa juste valeur ce parent pauvre.

Dans ses livres, poursuit-il, Jean-Baptiste Tati-Loutard fait voyager les amoureux de la belle lecture à travers mers et fleuves dans les profondeurs abyssales des océans, la demeure privilégiée de Tchikambissi, mais aussi de l’homme-océan. Il a décrit sans ambages les rêves d’une société décatie. Une société d’alors sans discrimination où tout le monde pouvait manger à sa faim. Sans aucune envie de regarder dans l’assiette du voisin. Il a également dit sans détour son aversion pour l’enrichissement illicite. Milliards, milliards à tous les coups. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Martin Luther King déclare : « Sois le meilleur où que tu sois. » Et Jean-Baptiste Tati-Loutard a essayé d’être le meilleur à sa place.

Un ministre qui a fait rayonner la culture congolaise

Lorsque Jean-Baptiste Tati-Loutard était à la tête du ministère de la Culture et des Arts, le Congo a connu une période de plénitude culturelle, reconnaît Antoine Yirika. Des moments d’une activité artistique florissante. À son époque, avec Maxime Ndébéka comme directeur général de la Culture, les artistes avaient deux festivals, à savoir un festival national de théâtre qui se tenait chaque année et un festival international de la culture et des arts tous les deux ans. Le Congo comptait une trentaine de troupes de théâtre et une dizaine de de ballets, en dehors des troupes officielles (Théâtre national congolais et Ballet national congolais). À cela s’ajoutent les groupes dits folkloriques.

Chaque soir, le Congolais avait droit à au moins une représentation théâtrale ou de danse au Cfrad ou à l’ex-Centre culturel français aujourd’hui Institut français du Congo, ou dans des bars de quartiers : Chez Tantine-Jacquie à Mpissa ou au foyer TP à Mpila… Dans les milieux populaires, les groupes folkloriques s’en donnaient à cœur joie pour montrer au public leur savoir-faire de musique et de danses traditionnelles de tous les départements. Les artistes ont connu le plateau ambulatoire sous forme de chapiteau qui faisait la ronde des arrondissements et des villages. L’idée était de rapprocher l’art du peuple. L’art était à la portée de tous les Congolais. Aujourd’hui, conclut-il, les culturels déplorent l’émigration massive des artistes congolais vers des horizons meilleurs où les conditions de vie et de travail des artistes sont réunies, en Afrique et en Europe, parce qu’au Congo, il n’y a plus rien à faire.

Une nuit à plusieurs variétés

La première édition de la Nuit de la poésie n’a pas été marquée que par des évocations. Elle a connu également l’animation folklorique, la projection cinématographique. À ce propos, un film documentaire sur Jean-Baptiste-Tati Loutard, réalisé par Antoine Yirika, a été projeté. Dans ce film, le poète de la mer explique pourquoi il est appelé ainsi : « Je suis né près de la mère, et le premier bruit que j’ai entendu c’est le bruit de la mer. Voilà pourquoi j’ai écrit Les Bruits de la mer. » Puis il a expliqué son goût pour la poésie, goût venu de la disparition de ses parents survenue alors qu’il n’était qu’adolescent : « J’ai écrit pas mal de choses sur la mort, parce que la mort m’a beaucoup hanté depuis l’enfance. Ce vide-là ne m’a jamais quitté, et je me rends compte que ça ne me quittera pas. »

Il y a eu également la représentation théâtrale sur le récit de la mort de Jean-Baptiste Tati-Loutard par l’ATU, avec des comédiens comme Arsène Mbemba, Edgard Banackissa, Jess Milandou, Louis Moumbounou et Jean-de-Dieu Tsiéla. Puis ensuite, la lecture et le slam par Georgette Kouatila, Gylferi Ngamboulou, Adolphine Milandou, Marcelin Kiwassi, Alphonsine Moundélé, Colombe Mbaloula, Patrice Kivili, Ralia Steket et Aurore Pangopo.

Enfin, il y a eu l'allumage du bûcher par le conseiller du ministre de la Culture et des Arts, Sauve-Gérard Goma-Malanda, qui a loué le rôle joué par cette association en organisant cette première édition de la Nuit de la poésie.

Bruno Okokana
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