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Livres.Deux essais de Cyriaque Magloire Mongo Dzon sur la jeunesse et sur les processus électoraux en Afrique


Mardi 16 Mars 2010 - 14:43


Cyriaque M. Mongo Dzon
Cyriaque M. Mongo Dzon
Les discours officiels sur la jeunesse africaine ou ceux de la plupart des partis politiques sur cette question, sont, le plus souvent, il faut bien en convenir, des élaborations biaisées, convenues, voire artificielles, quand ils ne relèvent pas de la simple incantation ou de déclamations plus ou moins démagogiques.
Cyriaque Magloire Mongo Dzon, dans un nouvel essai «Nés après les indépendances. Et si la jeunesse africaine sacrifiée avait la parole», tente de donner voix à cette jeunesse née après les indépendances et sacrifiée par des décennies de gestion patrimoniale et de pillage des ressources publiques. Un essai à l’analyse panoramique dans lequel perce un cri de protestation contre les injustices sociales et le cynisme des Etats.
Il devient urgent, pense l’auteur, de proposer au public africain, un discours critique, de l’intérieur de la jeunesse, qui pose les vrais problèmes auxquels les masses juvéniles africaines se trouvent confrontées. Cette jeunesse pour laquelle l’auteur prend, d’emblée, le parti d’une réhabilitation morale, en mettant en exergue, notamment, son génie créatif:
«Notre génération est plus travailleuse qu’on ne le croit. Elle a pu, en l’absence des Etats providences et malgré le sous emploi, inventer des mécanismes de débrouillardise et développer des stratégies de survie (…)».
Une première idée force soustend cet essai intéressant en dépit de l’expression parfois confuse et d’erreurs de formulation:
L’Afrique possède toutes les potentialités humaines et les ressources économiques pour se libérer du passé colonial et bâtir son développement, mais tant que les ex puissances colonisatrices, la France en l’occurrence, dans le cas des pays d’Afrique francophones, opteront pour le statut quo, en fermant les yeux sur la mauvaise gouvernance politique et économique des régimes africains, au nom de leurs intérêts supérieures, les populations africaines continueront à s’enliser dans les marécages de la pauvreté de masse. Et la démocratie ne restera qu’une triste parodie.
L’auteur se situe loin des schémas de type révolutionnaire qui prônent une lutte sans merci contre l’impérialisme occidental. A son entendement, le développement de l’Afrique dépend, pour une part déterminante, de la présumée volonté des ex-puissances colonisatrices à tourner le dos au passé colonial et à créer les conditions du développement durable. Cela l’amène à reprendre à son compte l’idée d’un droit d’ingérence de la France en Afrique francophone. La France «devrait, au nom de la civilisation dont elle est porteuse, se réserver une clause de conscience qui aboutirait à un droit de regard et même d’ingérence pour cause de développement humain». Qui mieux est, Cyriaque M. Mongo Dzon revendique l’avènement d’une francophonie politique:
«La francophonie aura un socle politique ou elle ne sera rien de consistant. Ce n’est pas avec une langue et les technologies de l’informatique que l’on change le monde.
C’est avec un grand projet à la fois humain, culturel, social, économique et politique (…). S’il faut une francophonie à la France et à l’Afrique, c’est la francophonie des résolutions, des solutions et même des mesures qui contribueront à changer le monde ».
L’essai reprend le présupposé de base de l’approche culturaliste du développement: A bien y réfléchir, pense l’auteur, la pauvreté des nations africaines est davantage un facteur culturel qu’économique.
Ce n’est pas parce que l’Afrique est sous-équipée, endettée et dépendante des marchés de capitaux des pays nantis, qu’elle reste engluée dans l’arriération économique.
S’il elle le reste, c’est parce que ses ressources disponibles sont mal gérées et cette mauvaise gestion des ressources économiques tire ses racines, avant toute chose, de l’absence d’une culture de développement authentique. Telle est la seconde idée force de l’ouvrage.
L’essai comporte une lacune conceptuelle qui limite la pertinence des analyses. L’auteur semble oublier cette grande leçon de l’histoire selon laquelle les peuples ne peuvent s’affranchir de la domination des puissances nanties et accéder au bien-être que par leurs propres efforts. Il analyse les rapports mondiaux en termes de morale. Selon lui, en effet, les grandes puissances occidentales devraient s’indigner face à la pauvreté dans le monde. Primo, une telle approche ne tient pas compte du fait que les rapports entre pays riches et pauvres ne sont que des rapports de force politiques. Secundo, que l’émancipation économique ne s’octroie pas, mais qu’elle se conquiert pas à pas, dans une lutte sans répit pour se libérer de l’assujettissement.
Le deuxième essai de l’auteur, paru comme le précèdent en 2009, «Relever les défis électoraux en Afrique» traite du thème des processus électoraux en Afrique.
Les conférences nationales qui se tinrent sur le continent, suite aux stipulations du sommet de La Baule (juin 1990), inscrirent, de façon unanime, dans leurs recommandations de fin de travaux, la tenue d’élections libres et transparentes.
Celles-ci étaient censées garantir la fin des régimes autoritaires incarnés par
le système du parti unique et l’avènement d’une vie institutionnelle réellement démocratique.
«L’histoire vraie en train de se faire», pour employer le mot d’un Raymond Aron, a très largement démenti les attentes: les scrutins électoraux organisés sous la bannière de la démocratie, ont engendré, ici et là, des conflits plus ou moins fratricides selon les pays. Pourquoi une telle dérive, se demande l’auteur. La réponse coule de soi: parce que les acteurs politiques qui détiennent le pouvoir d’Etat et en jouissent à volonté, entendent bien le conserver, coûte que coûte, et quel que soit le prix à payer, tandis que ceux qui rêvent de le conquérir n’acceptent pas la perspective de se voir exclus du festin que suppose la possession des attributs du pouvoir étatique.
Et la compétition électorale s’avérera d’autant plus porteuse de risques qu’elle mettra en jeu le contrôle, par les acteurs politiques, des ressources de rente: pétrole, uranium, cuivre, coltan, etc, si convoitées par les grands puissances de ce monde.
Dans son étude, l’auteur passe en revue, selon une optique résolument critique, les principaux thèmes liés à la question des processus électoraux en Afrique: la manipulation des taux de participation, l’instrumentalisation de l’appartenance ethnique, le poids de l’argent, l’achat des consciences, le comportement des partis politiques, le fanatisme politique, etc.
Certains passages de l’essai sont d’un aspect touffu et on relève quelques maladresses quant à la formulation. Cela étant, l’intérêt de l’ouvrage réside dans le fait que les grands problèmes afférents à la question électorale en Afrique sont correctement cernés.
L’essai de Cyriaque Magloire Mongo Dzon se présente sous une forme particulière. Par un curieux tour d’esprit, l’auteur a opté pour le mélange des genres. La dernière partie de l’ouvrage, en effet, est déclinée sous la forme d’une versification.
Analyste du champ politique, l’auteur l’est, sans nul doute, mais avec un zeste de tempérament poétique avéré, comme on peut s’en rendre compte.

Jean-José MABOUNGOU Cyriaque
(LA Semaine africaine)

M. MONGO DZON
-«Nés après les indépendances.
Et si la jeunesse africaine sacrifiée avait la parole»
L’Harmattan 2009. 136 Pages.
-«Relever les défis électoraux en Afrique»
L’Harmattan 2009. 130 Pages.

SDC, Starducongo.com
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