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Livres. Lusala lu ne Nkuka à la confluence du christianisme et de la religion africaine


Jeudi 12 Août 2010 - 17:35


Père Lusala lu ne Nkuka, cet auteur qui fait parler de lui.
Père Lusala lu ne Nkuka, cet auteur qui fait parler de lui.
Y-a-t-il une manière africaine d’être chrétien? Bien sûr, sinon on ne parlerait pas chez les théologiens catholiques d’inculturation, c’est-à-dire de la fécondation des cultures locales par l’évangile. L’Eglise ne cesse d’exhorter les croyants à accueillir la Parole de Dieu dans leur vie de chaque jour mais aussi - ce qui n’est pas tout à fait pareil - dans leurs us et coutumes. Le débat est vif; beaucoup ne voient dans l’ensemble de ces rites, chants et danses africains qu’un folklore attardé plus proche du paganisme que de la foi vraie qui est conquête de la raison sur la croyance. Beaucoup, surtout parmi les théologiens occidentaux, sont toujours tentés de voir l’Afrique chrétienne comme la «masse informe» inféodée à une infinité de dieux obscurs dont il faut l’extirper pour lui faire retrouver la voie du salut en Jésus-Christ. Posé brutalement, le postulat est: sans le Dieu des chrétiens, l’Afrique ne connaîtra pas de vrai Dieu.

Le jésuite congolais (RDC) Luka Lusala lu ne Nkuka ne pose pas ces questions-là en ces termes. Mais son livre rejoint au final les réponses que ces interrogations et ces mises en doute induisent. Ouvertement ou de façon plus subliminale, il s’introduit dans le débat et l’accentue.

D’abord parce que le livre qu’il vient de publier à Rome aux éditions BGP de l’Université pontificale grégorienne (collection Documenta Missionalia) rassemble le courage d’énonciations qui tendent à démontrer que la manière de croire n’éloigne personne du croire général. «Jésus-Christ et la religion africaine - Réflexion christologique à partir de l’analyse des mythes d’Osiris, de Gueno, d’Obatala, de Kiranga et de Nzala Mpanda» (1), titre de cet ouvrage tiré de sa thèse de doctorat, est déjà en soi une bravoure.

Bravoure parce que la tradition nous a habitués à tenir bien éloignés Jésus-Christ et la (les?) religion (s) africaine(s). Et puis, qu’est-ce qu’une «religion africaine» lorsque même parmi les théologiens africains eux-mêmes la réticence est réelle à ennoblir de ce label réservé, au moins dans la partie centrale de l’Afrique, ce qu’on rassemblait jadis sous l’évocation de «pratiques fétichistes» ou de «pratiques ancestrales»? A l’ouest de notre continent la réalité, «vaudou» par exemple, a familiarisé depuis plus longtemps à une pratique liturgique, une hiérarchie cléricalisée, une doctrine même: bref une religion. Pas étonnant donc qu’ici le terme «religions traditionnelles africaines» se soit imposé y compris dans les écrits des penseurs et que là, chez nous, l’hésitation à franchir le pas retienne encore notre audace dans les marais du «fétichisme» ou de «l’animisme». Deux termes aussi décriés l’un que l’autre car enfonçant résolument, soutiennent les théologiens africains, dans le sombre-obscur du paganisme atavique.

Lusala lu ne Nkuka lui-même ne semble pas trop vouloir trancher, au moins dans les termes. Il parle de «religion africaine» (au singulier), en laissant entendre qu’il évoque, par là, «la» (les?) religion traditionnelle africaine. Dans tous les cas il renvoie bien au substrat de notre vie de tous les jours et engage le débat sur ceci: en se pensant comme tradition, la religion africaine nous rapproche-t-elle ou nous éloigne-t-elle de Dieu -du Dieu chrétien? En homme de foi et en jésuite la réponse qu’il donne ne souffre d’aucune ambigüité: «Dans toutes les expressions religieuses, on rencontre les traces du cheminement de Dieu avec les hommes vers le Christ».

Il cite le Père (jésuite congolais Boka di Mpassi, le compositeur de l’hymne national du Zaïre de naguère et du «Debout Congolais» de la République démocratique du Congo d’aujourd’hui) pour qui les cultures africaines, toutes dénominations confondues, lorsqu’elles sont au contact de l’évangile et produisent le bourgeon de la nouveauté, ne sont pas un boulet au pied de l’évolution. Car, soutient-il et le Père Lusala lu ne Nkuka avec lui, «sélectionner le meilleur pour l’intégrer à la personnalité chrétienne est, pour la foi, synonyme de créativité».

Alors: que Jésus-Christ soit appelé «ancêtre guérisseur» ou «médiateur» comme au Togo; qu’il devienne «Jésusle-Noir», donc mon frère de race, comme dans la théologie de Ndona Béatrice alias Kimpa Mvita du Royaume du Kongo (1684-1706); que Mgr Sanon du Burkina Faso le qualifie de «Maître d’initiation»; ou «guérisseur» comme dans les écrits du Guinéen Cécé Kolié; qu’il soit même le «proto-ancêtre » du théologien jésuite camerounais Engelbert Mveng; «l’ancêtre» ou «le chef» célébré par les Balubas de la Rd Congo, Jésus demeure homme qui appelle ses frères les hommes à s’élever vers Dieu son Père et le Père de tous les hommes.

Dans ce sens, affirme le Père Lusala lu ne Nkuka, les mythologies africaines anciennes: d’Osiris, de Gueno, d’Obatala, de Kiranga et de Nzala Mpanda, en tant qu’elles vérifient en elles les éléments et l’existence d’un être transcendant venu pour le bien de tous ou du plus grand nombre, régnant en tant que chef et envoyé, mis à mort par jalousie ou opportunisme mais vainqueur au bout du processus dans une forte réaffirmation de la vie - «la vie en abondance » - ces religions africaines là donc, dans leurs mythes, ne sont rien d’autres que des voies de préparation, des ponts vers le christianisme.
«La religion africaine est toute tendue vers le christianisme, elle ouvre au christianisme comme à son accomplissement », soutient le Père Luka Lusala lu ne Nkuka dans son livre.

Albert S. MIANZOUKOUTA
Journaliste à Radio Vatican
(La Semaine africaine)
__
(1) Editions GBP, collection
«Documentat Missionalia 36», Rome, Juillet 2010, 188 pages.

Luka Lusala lu ne Nkuka est jésuite, Docteur de l’Université pontificale grégorienne où il a enseigné la missiologie. Il est l’auteur de «De l’origine kamite des civilisations africaines ».
A partir de l’année scolaire prochaine, il enseignera la philosophie et la théologie notamment à l’Université catholique de Bukavu, RdC.

SDC, Starducongo.com
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