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Me Michel Ngollo : « Tout ce que j'ai comme savoir va disparaître tant que la personne ne m'approche pas »


Mardi 12 Octobre 2010 - 22:03


Me Michel Ngollo
Me Michel Ngollo
Me Michel Ngollo a pratiqué les arts martiaux notamment l'aïkido. De réputation internationale, il a animé de multiples stages dans les pays de l'Est et a formé plus de trois mille élèves en Europe. Il voudrait aujourd'hui transmettre son savoir aux Congolais qui, non seulement manquent de structures adéquates, mais ne viennent pas lui demander de partager son savoir.

Les Dépêches de Brazzaville. Depuis combien de temps pratique-t-on l'aïkido au Congo ?

Michel Ngollo.
L'aïkido est arrivé au Congo depuis longtemps. La personne qui a vraiment divulgué cette discipline au Congo est Me Adamo Yaya. Il est 6e dan et fût même mon professeur. Il a beaucoup fait pour l'aïkido et a formé beaucoup de maîtres dont je fais partie. Cette discipline a évolué et continue de faire son chemin.

D.B. Depuis combien de temps pratiquez-vous le sport de combat ?

M.N.
Je pratique le sport de combat depuis mon jeune âge. J'imitais mon grand frère qui m'a communiqué ce goût.

D.B. Quel âge faut-il avoir pour pratiquer un art martial et quelles en sont les vertus ?

M.N.
On peut commencer à faire ce sport dès l'âge de 6 ans ou même 3 ans, et continuer à le pratiquer jusqu'à ce que l'on ne se sente plus jeune dans son corps. Les arts martiaux permettent la maitrise de soi. Ils développent l'intelligence, la manière de vivre et la pensée. Comme tous les sports, il aide à compenser l'effort spirituel. Pour les gens qui ont une bonne hygiène de vie, qui étudient et travaillent fort, le sport augmente le rendement. L'aikido par exemple, est un art martial qui vous soigne. C'est une méditation active.

D.B. Aujourd'hui, les sports de combat sont en perte de vitesse. Pourquoi ?

M.N.
Il y a un problème général dans tout le pays quant à la pratique du sport, en raison du manque d'infrastructures tout d'abord. Les gens pratiquent les sports de combat dans des conditions précaires. En outre, les sportifs ne sont pas suivis médicalement. C'est une autre raison.

D.B. Qu'est-ce qui fait que les sports de combat aujourd'hui n'attirent plus les foules ?

M.N
. Aujourd'hui, les gens n'ont pas de salles pour pratiquer ces sports. Je connais des gens qui pratiquent à même le sable dans les jardins. Les dojos qui servent d'entraînement sont dans des endroits précaires. Cela n'attire pas beaucoup de jeunes. Ensuite, il y a le manque de motivation. Les gens ne sont plus entraînés. Avant il y avait beaucoup d'événements sportifs qui donnaient plaisir à certains de devenir, comme le père ou le grand frère, champion de karaté, de judo ou de boxe. Je rencontre beaucoup de jeunes pleins de talents dans la rue. Ils essaient eux-mêmes de faire quelque chose. Quand vous voyez un jeune enfant de six ans à peine, faire de l'acrobatie tout seul, c'est qu'il a appris en le voyant à la télévision.

C'est vraiment la mort dans l'âme quand je vois les jeunes de mon quartier. Il n'y a personne pour les encadrer, alors qu'ils font bien de la gymnastique. J'étais prêt à rencontrer l'ancien ministre Serge Michel Odzocki. Au moment du rendez-vous, il a quitté les affaires. Aujourd'hui, celui qui l'a remplacé est un sportif. Je suis sûr qu'il pense à tout cela pour essayer de canaliser les choses et rendre à la jeunesse congolaise ce qu'elle a perdu.

D.B. Que faut-il faire pour relever le niveau de notre sport ?

M.N
. Ce qu'il nous faut faire aujourd'hui c'est créer une école ou construire un gymnase comme cela se fait en Europe, dans les autres pays comme en Angola où la pratique dans une école, dans un gymnase, produit ses effets. Et quand je dis une école et un gymnase, ce n'est pas quatre murs avec un toit au-dessus. C'est une salle aménagée pour le handball, le football de salle, le basketball, un gymnase qui a aussi de la place pour le karaté, le judo avec des tatamis, des vestiaires, des trapèzes et des tremplins. Il faut des bonnes volontés pour réaliser cela.

Mbongui qui était à l'époque un rendez-vous sportif, est aujourd'hui à la traîne. C'est devenu le rendez-vous des prières. A Ouenzé, il y a un gymnase qui a été construit mais à l'interieur c'est vide. Samedi et dimanche, il est occupé par des religieux. Or si dans chaque école, il y a un gymnase, il servira aux élèves et l'EPS se fera à l'intérieur, au lieu de voir les élèves faire du sport sur le sable. Ainsi, dans chaque école, on verra rapidement émerger un certain nombre de bons éléments par exemple, et la somme de ces éléments nous permettra d'avoir une bonne équipe de handball, de karaté, de judo, qui représentera le pays dans les compétitions internationales. Quand j'étais en Europe, je vérifiais s'il y avait des Congolais dans les compétitions, et j'en voyais rarement.

D.B. Aujourd'hui, quel héritage avez-vous laissé aux jeunes ?

M.N
. Tout mon savoir disparaîtra avec moi tant que personne ne m'approchera pour que je puisse le transmettre. Je n'aurai laissé aucun héritage ici. Ce qui n'est pas le cas en Europe où j'ai plus de trois mille élèves qui sont devenus aujourd'hui ceinture noire. Je suis sollicité par ailleurs tout le temps dans les pays de l'Est en Bulgarie, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Slovaquie et en Hongrie. Ils me demandent souvent de venir encadrer des stages. Ces gens connaissent ma réputation et savent qu'il y a quelque chose à apprendre de moi. Ici au Congo, où peut-on faire des stages ? Et l'on ne peut pas former ceux qui se disent déjà formés. Il faut former la nouvelle élite. Ce sont vraiment les infrastructures qui manquent, et un peu de volonté politique.

D.B. Quelle est votre appréciation des crises qui sévissent dans la plupart des fédérations nationales ?

M.N.
C'est une aberration de saborder les organisations comme ça, en mettant en avant la faute de telle ou telle personne. Les gens sont un peu obnubilés par cette envie de devenir toujours chef. Il y a une chose qu'il ne faut pas perdre de vue et mettre en évidence : au judo, quand quelqu'un a appris et qu'il a aidé à développer ce sport, il faudra qu'il continue à faire ce travail. La présence de Me Ngassaki doit être respectée. Il a développé le judo au Congo. Je suis l'un de ses élèves. Ce sont les gens qui ont l'expérience. Il a formé la plupart des judokas du Congo. Les arts martiaux, c'est d'abord le respect du « vieux », le respect de l'autre et du prochain. Il faut laisser à l'homme le rôle qui lui revient pour que cette fédération soit maintenue et qu'on se mette au travail.

En fait, cette crise est due à un problème de ressources humaines. Nous avons besoin de personnes qui veulent travailler et diriger dans un esprit de collégialité et de développement. Au judo, on ne gagne pas d'argent. Plus nous sommes unis, plus nous progressons. S'unir et faire table rase de tous les conflits. Le football, qui est le sport national, est sponsorisé par l'Etat. Je comprends mal qu'il y ait des polémiques. Aujourd'hui, il faut rechercher les élites qui soient capables de réunir tout le monde, que ce soit au judo, au karaté, au football, ou au handball. Il faut de toute urgence rechercher l'unité et l'harmonie !

Propos recueillis par James Golden Eloué (Brazzaville-Adiac)

SDC, Starducongo.com
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