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Ngozi N. Okonjo-Iweala, la femme à solutions


Par . Pagesafrik | Lundi 13 Septembre 2010 | Lu 515 fois | 0 Commentaire



Ngozi N. Okonjo-Iweala, la femme à solutions
La Nigériane est le numéro deux de la Banque mondiale. Récompense d’une belle carrière au service du monde entier.
« Okonjo-Wahala ». En langue yorouba, l’une des principales ethnies du Nigeria, l’expression signifie « la femme à problèmes ». C’est vrai que des problèmes, elle en a causé. Mais pour la bonne cause. Dans le pays le plus grand d’Afrique, qui passe également pour l’un des plus corrompus au monde, son arrivée à la tête du Ministère de l’économie et des finances a envoyé en prison rien moins que le chef de la police nationale et fait révoquer trois ministres, deux juges, deux amiraux et un gouverneur.

Elle est naturellement l’objet des pires menaces dans un pays où règne une insécurité endémique.

Les problèmes, c’est plutôt pour ceux qui en causent à son pays, au chevet duquel l’a appelé le président nigérian Olusegun Obasanjo, qui venait d’être élu, à l’issue d’une élection démocratique qui refermait une longue page de dictature militaire.

Une anarchie totale

Obasanjo hérite d’un pays où l’Etat est quasi inexistant. L’informel absolu règne en maître dans l’économie. Nul ne songe à payer des impôts, les banques s’ouvrent partout dans une anarchie totale, la planche à billets fonctionne au rythme du déficit public à résorber. La masse monétaire s’est accrue de 21,5% en 2002 et de 24,2% en 2003. Le taux d’inflation est à deux chiffres. 23%. Le naira, la monnaie locale, a quatre différents taux de change.

Alors que s’achève son premier mandat, le président décide de s’attaquer désormais au dossier économique. Pour remettre l’économie du pays sur les rails, il s’entoure d’une véritable « dream team ». Son conseiller économique, Charles Chukwuma Soludo, est nommé gouverneur de la Banque centrale. Nasir El-Rufai, autre brillant sujet, diplômé également de Harvard Business School et de Georgetown University, prend en charge l’Agence pour la privatisation. Du côté du secteur privé, Tony Elumelu, PDG de United Bank for Africa (UBA).

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« J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi rude. » Elle parvient à ses fins. 60% de la dette du Nigeria au Club de Paris, soit 18 milliards de dollars, sont effacés. C’est la deuxième plus importante annulation de dette du Club de Paris en cinquante ans d’existence.
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Au gouvernement enfin, pour la première fois, une femme. Brillante tête d’œuf, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, une économiste diplômée de Harvard et de l’Institut de technologie du Massachusetts. Iweala n’a pas fait que de brillantes études. Elle a surtout une expérience variée de tous les champs du développement et des finances. Entrée à la Banque mondiale en 1983, elle y a déjà tout fait.

De 1989 à 1991, assistante spéciale principale du vice-président chargé des opérations, elle a l’occasion de se familiariser avec la formulation des politiques des pays. La Chine et le Burkina Faso sont ses premiers terrains d’expérimentation.

Quand les pays de la Zone franc subissent leur première dévaluation, bien traumatisante, de 50% de leur monnaie, le franc CFA, elle vole à leur secours. Le Rwanda, sort-il du terrible génocide, Ngozi est à ses côtés. Dans le Moyen-Orient pétrolier, elle entreprend de développer l’agriculture. Elle n’entreprend pas tout cela dans ses bureaux douillets de Washington. Elle est sur le terrain pour se rendre compte par elle-même.

Empathie

« Ce n’est pas quelqu’un qui se réfugie dans les Hilton », se souvient Olivier Lafourcade, qui fut son supérieur à la banque. « Elle est en empathie avec le milieu rural », ajoute-t-il.

Puis, pendant six ans, elle s’est occupée de l’Asie de l’Est, devenant directrice des opérations pour la Malaisie, la Mongolie, le Laos et le Cambodge, alors que ces pays sont confrontés à une grave crise financière. Après l’Asie, le Moyen-Orient de 2000 à 2003.

Ngozi connaît aussi la vénérable maison de l’intérieur pour avoir été directrice en charge du changement institutionnel et de la stratégie de 1995 à1997, chargée à ce titre du programme de réforme institutionnelle de la banque. Secrétaire du conseil d’administration, elle apprend les subtilités de la gestion des hommes, des humeurs et des égos. « Un boulot infernal ! Il faut concilier les désirs des 24 administrateurs représentant les Etats membres de l’institution avec ceux de la direction. Elle y réussissait sans se fâcher avec personne », souligne Pierre Duquesne, ancien administrateur pour la France auprès de la Banque mondiale.

Cette expérience multiforme ne lui sera pas de trop pour le nouveau défi qu’elle accepte. Le président de la banque, James Wolfensohn, est sollicité en 2000 par le président nigérian Obasanjo pour lui fournir un conseiller capable de l’aider à organiser et à rationaliser la gestion économique du pays. Le conseiller est tout trouvé, une Nigériane de surcroît. Mais peut-elle accepter une mission aussi casse-cou en laissant à Washington le calme douillet de sa vie de famille, son mari, le chirurgien Dr Ikemba-Iweala, et ses quatre enfants ? Le challenge ne lui fait pas peur. La voilà au Nigeria. Mission si bien remplie que lui est proposé le Ministère des finances en 2003. La tâche est d’une autre ampleur. Il s’agit de s’occuper de revenus gouvernementaux de plus de 45 milliards de dollars par an, du quotidien de plus de 150 millions d’habitants.

Tout ou rien

La mission a failli pourtant ne jamais commencer. Pour de mystérieuses raisons, Obasanjo lui enlève le Trésor et le Budget. Pas question. C’est tout ou rien. Ce sera tout.

Elle ne perd pas une minute. Premier chantier, la privatisation des aciéries. Elles sont certes déficitaires, mais les syndicats y sont puissants. Il faut les affronter. Aucune hésitation. Idem pour les télécommunications. Le monopole étatique renchérit les coûts et plombe la qualité du service.

Inimaginable, la ministre décide de rendre publiques les recettes du pétrole, dont le pays est le premier producteur africain avec environ deux millions de barils par jour. Les montants sont astronomiques, mais les populations n’en profitent guère. Ce n’est pas elle qui décide de l’affectation des recettes, prérogative du président qui doit arbitrer un savant partage entre budget fédéral, ristournes aux régions productrices, allocations aux collectivités locales. Mais la simple publication des recettes est pour elle une formidable pression pour que « l’argent du pétrole aille dans les écoles et les hôpitaux plutôt que dans les poches de quelques-uns ».

Piège de la dette

Elle n’a pas bataillé que contre les lobbies et autres pouvoirs établis de son pays. L’auteur de The Debt Trap in Nigeria : Towards a sustainable debt strategy (Le piège de la dette au Nigeria, vers une stratégie viable de la dette) s’attaque naturellement à la dette de son pays. 30 milliards au seul Club de Paris. Les négociations promettent d’être ardues. Pour se donner une plus grande marge de manœuvre, elle évite le Fonds monétaire international, voie obligée pour prendre langue avec le Club de Paris. Pas nécessairement. Il suffit d’avoir un programme encore plus rigoureux. Logique, mais encore fallait-il y penser.

Cela ne suffit pas. Le pays a mauvaise réputation et d’importantes recettes pétrolières. Les créanciers n’ont pas trop envie d’alimenter un système corrompu. Cette corruption, au lieu de la handicaper, lui sert d’argument. « Vous avez prêté à des gens corrompus et vous osez réclamer le paiement de cette dette à l’un des pays les plus pauvres du monde ? Vous n’allez tout de même pas laisser tomber le premier gouvernement “propre” du Nigeria ? » Elle n’est pas qu’habile. Elle peut aussi démontrer sa détermination à changer le système en montrant les réformes courageuses entreprises. Malgré tout, les créanciers lui demandent de rembourser avant tout effacement. Elle leur oppose un argument contraire : « Annulez d’abord et nous rembourserons après. »

Un des négociateurs se souvient : « J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi rude. » Elle parvient à ses fins. 60% de la dette du Nigeria au Club de Paris, soit 18 milliards de dollars, sont effacés. C’est la deuxième plus importante annulation de dette du Club de Paris en cinquante ans d’existence. Elle la double d’un rachat innovateur de la dette au secteur privé. Au total, la dette extérieure du Nigeria passe de 35 à 5 milliards de dollars.

Bilan flatteur

La dette ainsi réduite, décidément insatiable, elle entreprend de faire noter son pays pour lui donner accès aux ressources financières du marché aux meilleures conditions. En janvier 2006, le pays, fort des réformes mises en œuvre, de son faible endettement, obtient la cote de crédit BB auprès de Fitch et Standard and Poors. Le Nigeria y est en bonne compagnie avec des pays émergents, le Brésil, le Venezuela, le Viêt Nam, les Philippines et la Turquie.

Au bout de trois ans, Ngozi a grandement contribué à révolutionner l’économie nigériane. Le taux de croissance a triplé en trois ans avec une moyenne de 6% par an. Le produit intérieur brut a été multiplié presque par trois.

Elle n’aura pas le loisir de poursuivre sa mission. Les élections s’annoncent. Préoccupé par la prolongation de son mandat, Obasanjo veut desserrer l’étau que Ngozi a imposé au pays. A moins que le président n’ait pris ombrage des nombreux pronostics qui en font son successeur tout désigné. Difficile toutefois de la limoger après un tel bilan. Les Affaires étrangères apparaissent au pouvoir l’endroit idéal où la confiner sans qu’elle ne mette son nez dans les petits arrangements entre politiciens. Elle a compris. L’agenda présidentiel a changé. Il n’est plus question de relever l’économie du pays. Il faut conserver le pouvoir. Ngozi réalise qu’elle n’y a plus sa place. Au bout de trois mois à peine, elle démissionne en août 2006 des Affaires étrangères.

Elle ne chôme bien sûr pas. Elle crée un fonds de 50 millions de dollars pour les femmes africaines chefs d’entreprise, fonde un centre de recherche sur les politiques de développement africaines...

Le président Robert Zoellick, connaissant sa valeur, la rappelle à la Banque mondiale. « Elle a combattu courageusement la corruption et n’oublie jamais les plus démunis qu’elle veut servir, non en les assistant, mais en les rendant autonomes », justifie-t-il.

A peine réinstallée, elle continue une autre croisade contre la piètre réputation de son continent. « L’Afrique n’est plus un problème, dit-elle, mais un continent d’opportunités. Elle a connu un taux de croissance de 6% pendant plusieurs années et se porte mieux. C’est vrai, la crise est là, celle des prix des produits alimentaires notamment, et moins de 5% de nos terres sont irriguées, contre 40% en Asie du Sud. Mais il faut cesser de considérer l’Afrique comme un malade. »

Si le président de la Banque mondiale cesse d’être, un jour, un homme, blanc et américain, Ngozi a ses chances. Qui dit mieux ?

Par Chérif Elvalide Sèye, Dakar (Les Afriques )
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