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Pascal Phoba : « Dans le monde des artistes, nous sommes considérés comme des ingrats et des moins sérieux à cause de notre façon de travailler »


Par Digitalcongo.net | Samedi 8 Février 2014 | Lu 1340 fois | 2 Commentaires

L’artiste musicien Pascal Phoba qui dénonce l’ingratitude de ses collègus explique que dans leur sphère ils sont considérés comme des ingrats et des moins sérieux à cause de leur très mauvaise façon de travailler.



Parolier de haute facture, Pascal Poba refait surface avec un nouvel album : « Pyramide renversée » qui sort bientôt sur le marché du disque congolais.

A cette occasion, l’artiste a accordé une interview au journal La Prospérité au cours de laquelle il a parlé de ses belles compositions qui ont contribué au succès musical de JB Mpiana, Werrason, Papa Wemba.

Auteur et compositeur des textes éducatifs et romantiques, il a fustigé, par contre, le comportement de ses collègues paroliers qui ont pollué l’univers musical en donnant aux musiciens des chansons remplies d’insanités.

Peut-on se faire une idée de votre parcours ?

J’ai débuté ma carrière musicale en 1981 dans le groupe « Les Fleurons », à Matonge. Puis, l’orchestre « Il fallait Kaka ».

Malheureusement, mes parents ne voulaient pas que je fasse la musique. Ils m’ont envoyé à Lubumbashi pour les études à l’université.

Arrivé sur place, je rencontrais encore d’autres amis qui jouaient déjà de la musique. Il y avait 2 groupes musicaux, Les « Kaspards » et Univa. Ils m’ont alors intéressé pour intégrer ces groupes basés à l’université.

Puis, j’étais sollicité de nouveau pour un autre orchestre de la cité dénommé «Collège Mosaïque». Après mes études, j’ai réalisé, avec ce dernier groupe, une tournée musicale en Tanzanie, au Kenya, en Zambie…

Hélas ! On n’a pas réalisé le disque. Des problèmes vont survenir à l’université de Lubumbashi, me contraignant de regagner Kinshasa où j’ai retrouvé des amis avec lesquels je bossais avant.
Ils ont sollicité mes services en demandant mes chansons. Ainsi, je commençais à céder mes chansons une à une.

Dans l’ensemble, j’étais très ému du résultat sur le terrain. Alors je me suis dit pourquoi ne pas aussi essayer moi-même.

C’est ainsi que j’ai tenté l’aventure, en réalisant mon premier album intitulé «Réflexion» qui s’est bien comporté sur le marché.

C’est donc grâce à ce disque que j’ai obtenu le prix de la « Révélation de l’année» en 1998 offert par l’ACMCO. Vers 2002, j’ai lancé mon 2ème album « Sucrée – salé » qui, malheureusement, a souffert de manque de promotion, parce que le producteur a été incarcéré en France juste après sa sortie sur le bac.

2002 à 2013 : 11 ans d’absence sur le terrain. Où étiez-vous ?

Dans les voyages. Après mes deux derniers albums, je me suis mis à réfléchir sur la suite de ma carrière. Faut-il toujours continuer à céder des chansons aux autres musiciens ? Est-ce que j’ai toujours une place dans la musique congolaise ?

Entre temps, j’amassais des conseils et des critiques de gens. Maintenant, j’ai eu la réponse. C’est ainsi que j’ai décidé de revenir sur scène avec un troisième album.

Quel est le profil d’un parolier ?

D’abord, il faut avoir de la matière grise. Un bagage consistant. Avoir des connaissances. Il faut apprendre. Avoir passé du temps sur les bancs de l’école. Ça peut être un don inné. On ne le devient pas par hasard. On peut avoir un don divin. Oui, mais, il faudra aussi ajouter l’intelligence qu’on ne peut acquérir qu’à l’école.

Quelle lecture faites-vous de la musique congolaise aujourd’hui sur le plan thématique ?

Voilà encore une des raisons qui m’a poussé à signer mon retour sur scène. Personnellement, je suis blessé d’écouter certaines chansons à la radio ou à la télévision.

Parfois, je me pose la question : Est-ce que les paroliers, que nous sommes, continuent toujours à réfléchir comme avant ou alors nous avons changé des méthodes d’écritures.

Existe-t-il aujourd’hui un style d’écriture qui paie mieux ou comment ? En tout cas, je me suis mis à ma place de parents, en me posant la question pourquoi produire des textes pleins d’insanités ? Curieusement, la société est muette

Les gens suivent et écoutent sans se gêner. Donc, il y a quelque chose d’anormale au Congo. Cette situation m’a beaucoup interpellé, en me poussant de reprendre mon stylo et mon cahier pour écrire de nouveaux textes pour corriger ce qu’on écoute actuellement sur le marché du disque.

Des chansons que j’écoute présentement ne m’enchantent pas. Je demanderai aux collègues paroliers de mettre un peu d’eau dans leur vin.

Vraiment, il y a des chansons qui ne méritent pas d’être diffusées à la radio. Parfois, je regrette lorsque les gens nous incriminent, nous mettant tous dans le même sac. Pourtant, je suis innocent.

L’opinion a toujours soutenu que la majeure partie de chansons ayant constitué « Feux de l’Amour », premier album en solo de JB Mpiana, a été écrite par vous. Est-ce que l’artiste est reconnaissant vis-à-vis de son parolier ?

L’ingratitude est relative. Dans le monde des artistes, nous sommes considérés comme des ingrats et des moins sérieux à cause de notre façon de travailler. Nous travaillons mal. C’est-à-dire, l’environnement auquel nous évoluons n’est pas bien cadré. Les artistes congolais ne connaissent pas leur valeur.

Souvent les clauses du départ ne sont pas bien définies lorsqu’on traite entre nous pour céder une chanson. Raison pour laquelle, on revient toujours à revendiquer le droit en dénonçant même le maigre montant que l’artiste vous a donné. C’est pourquoi, 90% de paroliers sont mal payés. Dire que JB Mpiana ou les autres sont ingrats, ça je ne sais pas. C’est selon l’éducation de chacun.

Certains leaders de la musique sont mes frères et amis. D’autres, je les ai vus grandir.

Ce qui est évident on ne reçoit pas ce qu’il faut après avoir vendu une chanson. Je ne trouve pas intéressant d’aller me plaindre en justice parce que l’environnement musical est malsain.

Pourquoi vous ne négociez pas avant de vendre la chanson ?

Tantôt, je négocie clairement, avec des promesses fermes pour certains. Avec d’autres, je signe même des documents sur papier. Mais, ce n’est pas dans notre culture de reconnaître la valeur de l’homme qui a écrit.

Parfois, la star vous promet de signaler votre nom comme auteur sur le disque mais à la sortie, rien de tel. Alors on se demande, faut-il aller accuser au parquet ou négocier à l’amiable ? Dans tous les cas, le musicien est musicien. Que voulez-vous ?

Quels sont les célèbres tubes que vous avez vendus à Koffi, JB Mpiana, Werrason ?

J’ai beaucoup donné. Les titres de certaines chansons commencent même à m’échapper. Souvent, je donne les textes et les musiciens changent les titres. Il n’est un secret pour personne.

Par exemple à JB Mpiana, j’ai donné « Omba », « Kinshasa », « Feux de l’amour », « Recto Verso », « Accapela » et tant d’autres.

Je continue à donner… Avec Werra, il y a « Chantal Swizerland », « Fleur d’amour », « Mutation »…

Et la génération montante, Ferré et Fally n’ont-ils recouru à votre expertise ?

Fally Ipupa, jusque-là non. J’ai eu l’occasion de collaborer avec Ferré Gola dans la chanson « Mercure ».

« Mirna » est un tube qui vous a propulsé sur la scène musicale. Que pensez-vous de la suite de votre carrière ?

Oui, c’est grâce à cette chanson que je suis connu aujourd’hui du public. Elle m’a ouvert des portes et m’a rendu célèbre à travers l’Afrique où j’ai beaucoup voyagé.

Cette composition a beaucoup convaincu et continue à convaincre jusqu’à présent. Les retombées de « Mirna » m’ont permis aujourd’hui d’avoir un peu de moyens pour réaliser mon 3ème album. Raison pour laquelle, je viens de reproduire la même chanson en remix dans l’actuel disque.

Cette fois-ci, elle sera accompagnée d’un clip vidéo.

Quel est le titre phare de votre prochain album ?

« Pyramide renversée ». Il contient 10 titres dont quatre chansons (remix) tirées de mes deux derniers albums et six nouveaux titres.

Quel est le message clé de ce disque ?

On reconnait la forme d’une pyramide par un sommet au dessus. Et les deux côtés triangulaires. Mais, maintenant c’est l’inverse ! Vous allez constater que dans le monde d’aujourd’hui, les hommes qui devraient être au dessus sont en bas.

On assiste à une inversion totale de valeurs dans la société. De même, les journalistes qui travaillent bien, sont mal rémunérés. Ils n’ont pas des moyens de déplacement.

Tandis que ceux qui sont incompétents, sont mieux et roulent carrosse.

Egalement, chez les artistes, ceux qui travaillent bien, n’ont pas du succès que ceux qui font du blabla.
Bref, je dénonce certaines inégalités dans la société à travers mes chansons. Vraiment, le public ne sera pas déçu.

Est-ce que Pascal Poba a encore une place dans l’arène musicale au Congo ?

Vraiment, j’ai une place de choix. D’ailleurs, c’est ce qui m’a encouragé de rentrer si vite avant même les festivités de fin d’année pour fêter avec le public. Je sais que la musique congolaise souffre de manque de producteurs, distributeurs, éditeurs sérieux.

Pas de marché, on vend difficilement nos CD. Les artistes se débrouillent eux-mêmes pour tout faire.

Néanmoins, Pascal Poba a sa place dans les cœurs des mélomanes. Mes chansons seront écoutées et consommées facilement par les amoureux de la bonne musique.

Les gens qui réfléchissent accepteront Pascal, parce qu’il n’y a pas des insanités dans mes chansons.

Qui est derrière vous ?

C’est Dieu ! Il m’a gardé pendant une année en studio pour réaliser cet album. Evidemment, derrière moi, il y a des personnes qui sont déçues d’écouter du n’importe quoi à la radio. Elles m’ont demandé de regagner la scène pour ne plus entendre des sottises.

A quand la sortie de « Pyramide renversée » ?

Je sais que pendant les fêtes, le public va danser du Pascal Poba. Il y aura déjà les CD et DVD sur le bac.
Présentement, l’ingénieur de sons Pitshou Budiongo, est en déplacement pour finaliser et mettre une dernière touche technique.

Bientôt, les Congolais seront servis avec un bon repas.

Propos recueillis par Jordache Diala/ La Prospérité
Lu 1340 fois


Vos commentaires:

1.Posté par FEMOCA le 08/02/2014 12:55 | Alerter
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Le parolier est l'auteur du texte d'une chanson, la mélodie étant l'œuvre du compositeur. L'antériorité des paroles ou de la musique peut varier, mais on ne nommera en général parolier que l'auteur qui a intentionnellement conçu un texte pour une chanson et non celui dont le texte a été mis ultérieurement en musique (comme les poèmes de facture classique).
D’après le GUIDE PRATIQUE DU DROIT D’ATEUR DE LA SACEM : Le Parolier et le compositeur ont des droits d’auteur sur leur œuvre.
Une musique, qu’elle comprenne uniquement une part instrumentale ou qu’elle soit la combinaison d’une part instrumentale et d’une part chantée, est une œuvre protégée par le droit d’auteur, dès lors qu’elle est originale. Ce critère d’originalité est remplie quand l’œuvre musicale porte la marque de la personnalité de ses auteurs, dans sa mélodie, son rythme, son harmonie, ses paroles (en d’autres termes, quand elle n’est pas la copie d’une œuvre musicale préexistante. L’œuvre musicale est protégée quel que soit son genre (rock, Rumba, pop, classique, jazz, jazz-rock, folklorique, etc.
Les auteurs d’une œuvre musicale sont :
- Le compositeur de la musique (la musique s’entend ici comme la combinaison de la mélodie du rythme et de l’harmonie)
- L’auteur des paroles (comme ici Monsieur POBA) ou parolier. Il est souvent simplement appelé « AUTEUR » : c’est ce sens qu’il faut comprendre l’intitulé de la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) ou encore l’expression « Auteur-Compositeur » qui désigne la personne écrivant à la fois les paroles et la musique. Afin d’éviter toute confusion cet AUTEUR est désigné sous le terme de « PAROLIER ou de l’AUTEUR des paroles.
- Le nombre d’auteurs d’une œuvre musicales n’est pas limité : une œuvre musicale peut avoir plusieurs compositeurs et paroliers (Exemple ATA O ZALI paroles de F. Bukaka et H. Lopes ; musique de F. Bukaka. Mais arrangement et production M. Dibango)
Enfin, Monsieur POBA, un Parolier n’est pas souvent bon compositeur et rarement bon arrangeur. Au Congo-Kinshasa et au Congo-Brazza en particulier, ceux et celles qui s’autoproclament musiciens confondent beaucoup d’aspects qui génèrent une confusion préjudiciable à la musique et au métier de l’ART. Est-ce, du fait de l’absence d’avoir une FORMATION MUSICALE ?
Vous pouvez composer une chanson en pensant par exemple que la guitare sera mieux rendue par Nédule Monstwet Papa Noêl, Syran Mbenza ou Press au Solo et l’accompagnement par Dino Vangu ou Kubaka par exemple ou décider que vos textes seront mieux honorés par Tchico Tchicaya ou Nyboma. Mais, comme il est difficile de réunir tout ce monde ensemble sans se ruiner, vous pouvez choisir de ne composer que pour des groupes comme Kékélé, MayaMaya par exemple, parce que ces groupes disposent des ressources humaines nécessaires et expérimentées.
Au niveau des Arrangements, vous avez Freddy Kebano, Rido Bayonne, Dino Vangu, Mangwana et Tchico Tchicaya qui sont d’excellents compositeurs de musique et d’arrangements. Quand vous avez travaillé aux côtés de Kallé Jeff ou Tabu Ley, Essous pour ne cité que ces exemples, cela donne un bon SAVOIR FAIRE
Dans les religions : catholique, protestante, et kimbanguiste il ya eu par le passé pas lointain des très grands paroliers, mais très mauvais chanteurs et très mauvais compositeurs (Rythme, harmonie…). Mais par contre, les évangélistes (Longi ou Mu-longi) , et diacres étaient des très bons : souvenez-vous pour les plus âgés (e) le bout de bois à la main(clave) tapé sur le pupitre pour donner le tempo…les « sasa ou bi-sasa » (maracasses) dans les mains des dames pour la partie percussion et le (Bandi ou Ma-bandi : au pluriel) joués par les jeunes gens ou personnes douées d’un talent certain pour ressortir les harmonies variées de cet instrument ancestral…
Enfin, notez Monsieur Poba que le PAROLIER peut vivre de ses écrits dûment déclarés auprès de la Sacem par exemple et Surtout n’avoir à travailler à COLLABORER qu’avec un ou deux musiciens interprètes de vos œuvres à l’instar de Johnny Halliday qui n’a jamais écrit une seule ligne de paroles de sa vie. Notez que pour s’inscrire à la SACEM coûte 140 euros en plus du coût liés aux aspects administratifs. FAITES CE QUE VOUS SAVEZ FAIRE LE MIEUX vous rendra service à vous et à la Culture. Les musiciens autoproclamés croient qu’auto-produire un album en 300 exemplaires (difficilement vendables !) même quand on peut avoir un peu de talent est une REUSSITE. De plus il faut se rendre à l’évidence, ce ne sont pas les ventes d’un Album (au titre francisé éloigné des cultures africaines…) qui fait vivre un artiste. CE SONT LES CONCERTS QUI FONT VIVRE LES MUSICIENS. POUR CELA EXERCER SON METIER DANS UN GROUPE (ORCHESTRE) EST PLUS PAYANT ET FORMATEUR QUE DE VOULOIR FAIRE UNE CARRIERE SOLO SANS LENDEMAINS QUI CHANTENT. SAUF SI VOUS NE TRAVILLEZ QUE POUR LES « BANGA » Ma Banga dépendant du bon vouloir du ROI dont vous êtes le SUJET volontaire. Acceptez dans ce cas que le MELOMANE ne veuille pas acheter votre Album !
Attention : ceci est un point de vue avec sa subjectivité et non une EVANGILE !

2.Posté par Femoca le 08/02/2014 18:03 | Alerter
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Oups ! Ecrire et réfléchir ne nous met pas à l'abri des fautes : Prière lire : Un EVANGILE = Bonne nouvelle du salut annoncée aux hommes...et non une évangile !
Lire : ...pour ne citer ...et non "pour ne cité". Merci !

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