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Pourquoi Marion Cotillard cartonne autant à Hollywood


Par . Pagesafrik | Dimanche 6 Février 2011 | Lu 627 fois | 0 Commentaire



Pourquoi Marion Cotillard cartonne autant à Hollywood
Grâce à un rôle, un seul, Marion Cotillard accède à la consécration internationale qui lui ouvre les portes d'Hollywood. Depuis La Môme, on l'a vue charmer Johnny Depp dans Public Enemies, pousser la chansonnette avec Nicole Kidman et Penélope Cruz dans Nine, torturer les méninges de Leonardo DiCaprio dans Inception.
Petite pause en France le temps de fumer pétard sur pétard dans le film de son compagnon Guillaume Canet Les Petits Mouchoirs. En 2011, elle sera à l'affiche de Minuit à Paris de Woody Allen, puis de Contagion, le nouveau film de Steven Soderbergh.

A 36 ans, un peu plus de dix ans après son rôle sexy et pas franchement transcendant dans Taxi, la voilà propulsée comme «THE French actress» aux yeux des Américains.

Comment a-t-elle –aussi vite– conquis leur coeur? Un groupe Facebook ironise: Marion Cotillard à Hollywood: la preuve que la méthode Assimil, ça marche. C'est sûr, il vaut mieux se débrouiller en anglais. Mais si ça suffisait, ça se saurait. En fait, non seulement l'actrice représente parfaitement «la petite Française» telle que les Américains l'imaginent, mais en plus, elle «joue le jeu». Une Française, mais à l'américaine, en quelque sorte. Tout ce qu'il faut pour être adoptée par Hollywood.

La France surannée de La Môme

En 2008 La Môme profite de la vague du biopic. Plus encore, du biopic à transformation physique impressionnante –Jamie Foxx n'obtient-il pas l'oscar pour Ray, et Hillary Swank pour Million Dollar Baby? (Celle de Cotillard sera au choix, considérée comme exceptionnelle, ou grotesque et caricaturale).

Mais à travers la figure choisie, le film colle surtout à une certaine représentation de la culture française, légèrement surannée, fantasmée par les Américains. Moulin Rouge, Amélie Poulain...

Sorti dans trois salles au départ aux Etats-Unis, Amélie obtenait quelques mois plus tard un très bon chiffre au box-office américain: 33.201.661 dollars.

On ne s'étonne plus de la représentation romantique de la France dont les Etats-Unis raffolent. Un biopic d'Edith Piaf avait toutes les chances de plaire au public américain. L'actrice l'incarnant, aussi.

D'autant que la trajectoire même de Piaf reflète les idéaux américains, ajoute Nathalie Monsaint-Baudry, spécialiste de l'inter-culturalité franco-américaine:

«En incarnant Piaf, Marion Cotillard touche une corde sensible: un conte de fées où la Cosette s'en sort grâce à sa foi en Dieu. Ça va droit au coeur des Américains qui sont guidés de l'intérieur par la foi et l'idée que “Quand on veut on peut”, “With the help of God”. Son oscar, puis son immense popularité, elle le doit à ce biopic qui ne pouvait que plaire.»

Sans oublier l'énorme boulot de marketing réalisé en amont pour l'obtention de l'oscar... John Kochman, directeur de Unifrance à New York, responsable de la promotion du cinéma français aux Etats-Unis, est pragmatique. S'il se souvient de l'émotion de la salle lors de la première projection de La Môme sur le sol américain en 2007, il tranche:

«La performance de Marion Cotillard a pu s'appuyer sur un énorme et brillant plan marketing, une très solide et très coûteuse campagne pour l'oscar, menée par le distributeur de La Môme mais bien sûr validée par elle. Ici personne n'obtient une nomination aux oscars sans un lobbying actif!»

«Oui, an Oscar!» titre alors le NY Sun. «Marion Cotillard, C'est magnifique!» s'exclame le LA Times. Toute l'Amérique se pâme devant notre Marion nationale. Sharon Stone ou Angelina Jolie ne jureraient que par elle. Pour DiCaprio, Marion Cotillard est même «un trésor national».

French Touch: féminine, vulnérable et mystérieuse

Un trésor national, un trésor français que les Américains chérissent. Marion Cotillard devient la French woman par excellence. «"Brunette", parisienne, petite, mince, très féminine et un peu fragile», énumère Nathalie Monsaint-Baudry. Ambassadrice de la «classe française». En 2008, elle est choisie comme égérie de Dior: Lady Rouge, Noire, Blue, Grey, elle fait la couverture de tous les magazines de mode... la «french touch» est décuplée.

Kira Kitsopanidou, spécialiste des métiers du cinéma à la Sorbonne-Nouvelle, explique:

«La Môme a construit la persona de l'actrice. Depuis, même si c'est dans un autre registre, Cotillard incarne toujours une femme mystérieuse, élégante, un personnage torturé de l'intérieur. Même dans Nine. Et c'est ce qui est attendu à Hollywood de toute actrice européenne: une vie intérieure forte, une vulnérabilité cultivée.»

Elle devient ainsi l'élément exotique, la plus-value qui vient compléter une superproduction. Selon le schéma classique d'Hollywood, «à la fois global et local, à la fois spectaculaire et exotique», et qui profite de l'ouverture économique sur le marché européen que représentent les acteurs étrangers.

Il y a à Hollywood ceux dont on oublie l'origine. Qui se souvient que Nicole Kidman est australienne? Ou Russel Crowe néozélandais? On oublie moins que Penélope Cruz est espagnole. Et Marion Cotillard, française. Car justement, on les veut pour ça. Pour leur «classe européenne».

«Elle renoue avec la tradition des années 40 et 50, quand les actrices n'avaient qu'un seul rêve: partir à Hollywood. Martine Carol, Simone Signoret... Depuis cet âge d'or, il y a de moins en moins d'actrices "exportables". La France arrive moins à construire des stars-produits», analyse Kira Kitsopanidou. John Kochman nuance: «Il faut lire son succès dans le contexte actuel où l'industrie du film est de plus en plus globale!»

Bien sûr il y en a bien d'autres, des actrices françaises à Hollywood. Carole Bouquet et Sophie Marceau dans deux James Bond, Emmanuelle Béart dans Mission Impossible, Isabelle Adjani dans Diabolique, Catherine Deneuve dans Les Prédateurs, etc. Certains parlent d'une nouvelle vague des actrices françaises. Eva Green, Léa Seydoux, Clémence Poésy... Aucune semble n'être adoptée autant que Marion Cotillard par l'industrie hollywoodienne.

Pour une, il y a pourtant eu l'effet double de la French Woman héroïne d'un film à bérêt et accordéon: Audrey Tautou. A la suite d'Amélie Poulain, elle décroche en 2005 le rôle ultra-convoité de Sophie Neveu dans l'adaptation du Da Vinci Code, mais disparaît peu après du devant de la scène.

«Thank you life, Thank you love!»: la carte américaine

On se souvient tous de ce discours totalement lyrique que nous avait composé l'actrice après avoir reçu la statuette de l'oscar de la Meilleure Actrice des mains de Forest Whitaker. Une statuette que la France n'avait pas obtenue depuis Simone Signoret, 48 ans plus tôt. Qui plus est pour un film en français, pour la première fois dans l'histoire des oscars.

Les yeux pleins de larmes, elle avait déclaré:

«Maître Olivier Dahan (réalisateur de La Môme, ndlr), tu as ébranlé ma vie. Tu as vraiment ébranlé ma vie. (…) Je suis sans voix (…) Merci à la vie, merci à l'amour. C'est vrai qu'il y a des anges dans cette ville.»

Un speech plein de love, life and angels a plus de chance de faire fondre les Américains que les cyniques Français.

«Cotillard joue la carte américaine, elle a tout compris. Aux Etats-Unis il faut dire “I love you” constamment. Ça plaît, tandis qu'en France, ça fait sotte, écervellée», analyse Nathalie Montsaint-Baudry.

Rien d'innocent non plus à ce qu'elle dise devoir sa victoire à une présence divine, les anges. Tandis qu'ici «elle paraît très naïve voire énerve prodigieusement les Français qui eux ont ratatiné Dieu au XVIIe, puis au XIXe siècle avec Auguste Comte, aux Etats-Unis la référence au divin est très efficace».

En trois phrases calées dans les 45 secondes de discours autorisées, Marion Cotillard se mettait l'Amérique dans la poche. Et à dos les anti-Cotillard français qui retiennent surtout un grand numéro, théâtral et surjoué.

Coachée pour Hollywood

Marion Cotillard est bonne en com'. Pour être à la hauteur, elle est coachée. «Je travaille avec des gens pour construire mon image: ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus, mais je veux que ce soit bien fait», dit-elle, acceptant pleinement le jeu de promotion de ses films.

«Les acteurs américains sont très professionnels sur la façon de communiquer. Tom Cruise est connu pour être le plus grand spécialiste du public. Ça fait partie de leur travail, tandis que les Français, plus réservés, ont du mal à le faire», explique Kira Kitsopanidou.

Les agents des stars hollywoodiennes ne sont d'ailleurs pas spécialisés, ils coachent aussi des footballeurs, des chanteurs, leur disent comment agir face aux journalistes. En plus de son agent français Laurent Grégoire, Marion Cotillard a pris un agent chez CAA, le même que Penélope Cruz.

On se souvient de ses propos démentiels sur le 11-Septembre. Adepte des théories du complot, Marion Cotillard avait soutenu en 2008 que les attentats pouvaient avoir été commandés par Georges W.Bush. Elle doutait aussi de la mort de Coluche ou de la présence des Américains sur la Lune dans les années 1970. Un temps on a cru qu'elle compromettait son avenir à Hollywood. L'Amérique lui a pardonné. «Il faut croire que son agent a fait un très bon boulot pour renverser la tendance!», estime Kira Kitsopanidou.

L'enseignant-chercheur ajoute:

«Elle fait preuve d'une réelle capacité d'adaptation, il faut apprendre la langue très vite certes, mais aussi pouvoir adopter la mentalité: ce n'est pas rien, venant de France où on a du mal à parler de marketing, de produits pour les acteurs, où le ciné-argent est un tabou quand il est le pain quotidien des acteurs hollywoodiens. Il faut pouvoir accepter les règles sans jugement de valeur, se plier à un certain remodelage.»

Le choix du mainstream

Marion Cotillard a tout fait pour réussir à Hollywood. Son apparition dans Big Fish, en 2003, est un premier pas. Petit rôle, mais de quoi habituer le public américain à son visage. En 2004 elle partage l'affiche d'un film de Ridley Scott avec Russell Crowe (Une Grande Année), qui passe à peu près inaperçu en France, beaucoup moins outre-Atlantique. Elle fait preuve d'une détermination sans faille jusqu'au sésame que lui fournit La Môme. Christian Viviani, historien du cinéma spécialiste des acteurs et d'Hollywood, assure, provocateur: «Toutes les actrices françaises veulent travailler à Hollywood, même si aucune d'elle ne l'avoue.» Est-ce si sûr?

«L'oscar ouvre une porte. Reste à savoir si on décide ou non de la franchir», estime John Kochman, d'Unifrance New York. Pour lui, c'est avant tout «une question de choix, et d'ambition de l'actrice. Binoche, par exemple, avait aussi toutes sortes d'opportunités».

Secondant Simone Signoret, devançant Marion Cotillard, Juliette Binoche était elle aussi derrière le pupitre de l'Académie des Oscars, en 1997, pour son second rôle dans Le Patient Anglais. Malgré les perspectives qui s'offrent à elle, elle rechigne alors à apparaître dans les grosses productions, comme Jurassic Park. Elle avait raconté: «J'avais dit à Steven Spielberg ok, mais seulement si je pouvais jouer un dinosaure», rappelant que les carrières des actrices, comme toutes les autres, sont affaire de stratégies, ou de choix personnels... Auxquelles on ne saurait résumer le talent.

Annabelle Laurent (Slate)
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