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Publication. « LE SORORAT » (1) de Dieudonné Nkounkou : Le référentiel brazzavillois au service du roman


Par SDC, Starducongo.com | Jeudi 21 Avril 2011 | 18:05 | Lu 1385 fois



Publication. « LE SORORAT » (1) de Dieudonné Nkounkou : Le référentiel brazzavillois au service du roman
Lorsque la jeune Bérengère arrive à Brazzaville après un long séjour à Paris où elle a eu l’occasion de rencontrer sa grande sœur Madeleine Baka-Kabadio venue en France pour des soins médicaux, elle ne sait pas qu’elle va tomber dans une vie surréaliste qui va l’emmener à la mort. Et cela va être déclenché par le cordon familial à la mort de son aînée Julienne. Les enfants laissés par cette dernière seront élevés par sa sœur Madeleine mariée à Armand-Blaise Ossélet. Un amour tendre et réciproque entre les deux malgré la stérilité de la femme. Un amour sincère qui a commencé depuis les bancs de l’école. Pour soigner sa stérilité, son mari l’envoie à Paris avec l’aide de son ami Atika, médecin à l’hôpital générale de Brazzaville. Et c’est à partir de ce séjour « médical » à Paris où elle est accueillie par sa petite sœur Bérengère que le récit va prendre un tournant qui va se fonder sur le triptyque Madeleine - Ossélet - Bérengère.

Quand Madeleine attend un enfant après son traitement en France, le couple baigne dans le bonheur avec les triplés laissés par la défunte Julienne. Malheureusement Mado fait une fausse couche qui réveille « la sorcellerie à l’Africaine ». Le vieux Bamana, oncle maternel de la jeune femme, serait à l’origine de la fausse couche de cette dernière. Elle tombe de nouveau enceinte après la réparation de la dot par son mari qui a satisfait le vieux Bamana. Elle devient mère d’une paire de jumeaux. Bonheur dans le foyer où Ossélet devient père géniteur pour la première fois. Mais le bonheur n’est pas pour longtemps car Madame Ossélet meurt à la suite d’un accident cardiovasculaire. Et au même moment, arrive, par coïncidence, Bérengère à Brazzaville pour un retour qu’elle avait envisagé depuis longtemps. Quand la tradition et les coutumes du pays lui demandent de « remplacer » sa défunte sœur aux côtés du veuf pour élever les enfants laissés par cette dernière, Bérengère n’y croit pas. Commence alors une autre page de son destin qui va évoluer en dents de scie. Malgré son éducation à l’Occidentale et se rappelant la parole de sa défunte sœur qui lui avait demandé de s’occuper de ses enfants au cas où elle ne serait plus de ce monde, Bérengère tombe dans le fatalisme de la tradition. Elle devient par le sororat la nouvelle femme d’Ossélet. Car il faut pérenniser la famille et élever les enfants laissés par Mado. Le nouveau foyer commence à construire un bonheur qui, malgré les deux conjoints, ne sera qu’un feu de paille. Bérengère est harcelée par son ancien copain de Paris, Gaétan Gossey qui lui déclare ouvertement son amour en voulant faire d’elle sa femme. Dans la maison conjugale, elle surprend son « mari » manifestant ouvertement son amour pour sa défunte femme. Bérengère ne peut accepter cette situation. Elle se croit ne pas être aimée par Ossélet. Et quand arrive Gaétan Gossey de Paris pour concrétiser son mariage coutumier avec la famille de Bérengère, cette dernière ne peut plus supporter d’être convoitée par deux hommes. Elle se donne la mort pour échapper à ce tumultueux destin. « Le sororat », un roman captivant qui livre plusieurs thèmes de réflexion qui méritent d’être mis en évidence. Quelques-uns paraissent pertinents.

Roman et unité nationale

Le roman de Nkounkou nous livre un message qui devrait interpeller les Congolais. Un roman qui nous présente Brazzaville sur fond d’une diégèse qui va de la rue Kouyou du quartier Ouenzé Mandzandza à la rue Ampère de Bacongo en passant par le centre-ville, un environnement qui ne connait pas les frontières du tribalisme. Aussi l’amitié entre Ossélet et Madeleine qui va se transformer en amour malgré le regard « régional » des parents et qui se concrétisera par la mariage interethnique, définit un point de l’unité nationale. Et c’est dans cette ville de Brazzaville des années 70 marquée par l’image emblématique du président Marien Ngouabi que Dieudonné Nkounkou dévoile sa connaissance du Congo profond avec ses réalités socioculturelles où la différence entre Nordistes et Sudistes apparaît comme une richesse nationale car s’appelant implicitement les uns les autres. Aussi Ossélet (le kouyou du Nord) et Madeleine (la kongo du Sud) vont mettre leurs familles devant un fait accompli : « Dès son arrivée au Congo [Ossélet] s’opposa bec et ongle à ses propres parents qui voulurent qu’il prît une jeune fille kouyou de son ethnie. Quant à Mado, sa famille lui fit pression pour qu’elle épouse un kongo, son ethnie. Ils sortirent vainqueurs de cette situation qui avait longtemps miné leur couple » (p.23). Et les rapports que vont développer le vieux Bamana, oncle de Mado, avec le patriarche Oléa-Ossié, oncle d’Ossélet, vont cimenter l’unité nationale tout au long du récit en dépit du destin tragique du couple.

La mort dans « Le sororat »

A l’instar de Jean Baptiste Tati Loutard dont les œuvres ne peuvent se passer de l’instance de la mort, nous remarquons dans le roman de Dieudonné Nkoukou l’omniprésence de la mort. Julienne, à la mort de son mari Baka-Kabadio, refuse d’être la femme de son beau-frère Bénazo par la coutume du lévirat. Celui-ci se sent « amoindri » quand Julienne refuse le lévirat et l’accuse de viol. Il se donne la mort pendant que celle qui l’a « refusé » lutte aussi contre la mort en donnant paradoxalement la vie à trois enfants : « Ne pouvant profiter de la femme de son frère, Bénazo avait mis fin à ses jours en se pendant dans les locaux du commissariat central de Brazzaville, alors que pendant ce temps, Julienne Baka-Kabadio (…) luttait contre la mort au moment où elle donnait naissance à des triplés » (p.100). La mort se révèle aussi dans l’accident qui emporte Back le grand dandy de Brazzaville. La mort, c’est aussi la double perte que connait Ossélet en un laps de temps : sa femme décède après un malaise cardiaque. Au moment où il pense retrouver le sens de la vie par le régime du sororat en prenant comme femme Bérengère, il est rattrapé par l’irréparable quand celle-ci se donne la mort, victime de la « maladie d’amour ». Et quand son ami Atika lui annonce la terrible nouvelle, il se retrouve sur le pont qui sépare la mort de la vie : « Le docteur Atika (…) s’avança devant son ami le visage ravagé par la douleur, la voix brisée
- Boss… Boss, elle est morte… Bérengère est morte.
Armand Blaise Ossélet poussa un énorme cri, manqua une marche, s’affala et perdit connaissance » (p.294).

L’auteur du « Sororat » : un véritable Brazzavillois qui ne dit pas son nom

Ce livre est un roman des réalités brazzavilloises des années 70, des réalités qui dépassent la fiction. Un roman où la vie politique de l’époque avec ses réalités comme le Parti congolais de travail et son président sont mis en exergue. A certains moments, la distance entre l’auteur et son narrateur s’amenuise quand la dimension référentielle efface la littérale pour révéler des réalités géographiques et sociales congolaises. Nous sommes géographiquement dans Brazzaville à travers le personnage de Bérengère : « Bérengère arpentait la rue Charles Foucault qui menait vers le rond point de la grande poste du centre-ville (…). Elle regarda du côté du cinéma Vog, sur l’avenue Lumumba (…). Elle traversa l’avenue pour aller vers la grande banque en pierre… » (p.191). Tout le roman de Nkounkou baigne dan le Congo profond où la tradition, le vivre-ensemble des ethnies et la politique trouve une place prépondérante dans l’histoire rapportée. De la politique, l’auteur ne s’empêche pas de mettre en exergue le président des années 70 par quelques anecdotes tirées du social congolais : « (…) Marien Ngouabi aimait faire enfourcher sa moto la nuit et visiter son peuple dans les lieux de retrouvailles (nganda, bar-dancing) (…). C’était pour lui le meilleur baromètre de la vie politique congolaise » (pp. 196-197).

« Le sororat » : un roman multidimensionnel

On ne peut pas tout dire de ce livre qui apparaît comme un kaléidoscope du social congolais. Le roman de Nkounkou apparait comme une succession de clichés brazzavillois où la tradition et certaines coutumes sont relatées sans falsification. Le mariage interethnique entre les familles d’Ossélet et de Madeleine est une réalité qui écrit la belle page de l’unité nationale. Se révèle aussi la signification de la dot dans la société congolaise : pour éviter la sorcellerie qui serait à l’origine de la stérilité de sa femme, Ossélet est obligé de satisfaire les besoins du vieux Bamana. Pour préserver les liens familiaux, les deux familles se servent du sororat à la mort de Madeleine.
Ecrit dans un style clair et émotionnel quand le lecteur se retrouve confronté plusieurs fois à la mort tout au long du récit, « Le sororat » donne une autre dimension au roman congolais par son réalisme. Comme Tati Loutard des « Chroniques congolaises » et du « Masque de chacal », Dieudonné Nkounkou nous fait découvrir plusieurs « photos » de Brazzaville (veillées mortuaires, ambiance musicale - qui pourrait intéresser le talentueux musicologue Clément Ossinondé - , phénomène de la sape) qui nous rappellent le Congo de la deuxième moitié du XXe siècle.

Noël KODIA

(1) Dieudonné Nkounkou, « Le sororat », éd. ICES, Paris, 2010, 206p. b[
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