RDC. Simaro, un atypique septuagénaire payé en monnaie de singeLundi 2 Mai 2011 - 02:33
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* 53 ans de carrière ininterrompue et compositeur prolifique hors pair
* « Mbongo » et « Mabele », des classiques inégalés du cinquantenaire La vie est semblable à un rouleau compresseur immuable qui s’émeut en broyant tout sur son passage. Les bons et les mauvais sont concernés. Sans exception. Au soir, quand descend instantanément la pénombre, la pétillante éclose au matin perd son parfum. Ce lamentable cycle irrésistible du rosier est comparable à la vie d’Eve, laquelle se défraichit naturellement au crépuscule de sa vie, assise auprès du feu, dévidant tristement ses vieux souvenirs. Du temps où sa juvénilité charmeuse faisait rêver. Aux oiseaux vieillots, certains se déplument de leur robe bigarrée de paon en amorçant leur envol. A l’orée de l’automne en Europe, il y a défeuillaison de la végétation comme chez nous pendant la douce saison sèche. Exaltante période où nos mères toutes attrayantes par la régénération de leur peau soyeuse d’ébène. Même l’homme, créature suprême, n’échappe pas à cet axiome. Malgré sa mainmise sur le monde, lui aussi dispose d’un débarcadère. D’un port. Le sien : la mort. Tel est le cours de la vie. Nos éternels chansonniers d’autrefois, en dépit de leur immortalité légendaire, n’avaient jamais fait exception à cette accablante évidence. Tour à tour, ils avaient connu leur fin de course. Souvent piteuse. Les exemples foisonnent. Le Grand Kallé nous quitte à 53 ans. Vicky Longomba à 55 ans. Franco Luambo à 51ans. Mujos Mulamba à moins de 35 ans. Bavon Marie- Marie à 26 ans. Dr Nico à 47 ans. Kwamy Lasitura à 43 ans. Coïncidence curieuse et malheureuse, ces immaculées neiges d’antan de notre chanson furent toutes emportées presqu’à fleur de l’âge. En pleine vitalité. Ceux-là ne nous avaient pas quittés non pas seulement à cause de l’usure de l’âge, mais touchées parfois par des flèches ennemies, inévitables et inhérentes à leur profession pleine d’embûches occultes : le mauvais sort ? Quelquefois soutenu par un implacable pire destin. Aujourd’hui, Monsieur Simaro Ndomanueno Lutumba toujours recroquevillé dans sa coquille paisible et rassurante semble défier le temps. Effectivement, il se dérobe de la dynamique qui hantait jadis ses collègues de promotion. Septuagénaire comblé, il vient de fêter pompeusement ses 73 ans bien sonnés depuis le 14 mars 2011. A l’image d’un vieux roseau millénaire implanté dans une forêt médiévale. Malgré sa jouvence éternelle, il commence déjà à fléchir sous le poids de l’âge. Heureusement qu’il ne rompt pas. Oui, malgré ce temps qui le ronge, qui le rend « croulant » au fil de jours, reconnaissons que son mental apparemment fringant n’a pas encore mué son corps en cela. Plus précisément pour sa fine galanterie. Toujours alerte. Il garde les attitudes verveuses de sa prime jeunesse : il reste un bon amant, toujours amoureux… muse de bons chanteurs, sentimental, romantique, humoristique et fervent conseiller des jeunes à travers ses proverbes. Loin des affres irrésistibles de la vie, le coup de semonce de la sénilité ne l’a pas encore réellement traqué malgré son sourire mi-trompeur et mièvre. Décidément, Lutumba laisse encore flétrir devant lui de beaux jours enchanteurs. Au moins lui, il ne vit pas encore ce que vit une fleur. Celle d’une rose. C’est-à-dire l’espace d’un matin. D’autant surtout qu’il continue toujours à charmer, à émerveiller et à enthousiasmer ses entours. Contrairement à ses « commères » et « compères », Simaro s’accroche forcément à la vie.. Sans peur des lendemains. Un cadeau divin dont certains n’hériteront jamais en dépit du degré élevé de leur religiosité. Et dire que dans sa jeunesse mouvementée, Simaro avait connu une vie assez turbulente avec ses copains dont Paul Kabaidi (gouverneur honoraire de Kinshasa) dans les savanes épineuses de Kinshasa pendant la cueillette fruitière des mangues, ekoti ya Monseigneur, mbila ya esobe, mbuma musutu, tomboka…pleuvant dans les zones suburbaines Makala, Lemba, Kingabwa, Ngomba (Mont Fleuri). A cette fabuleuse époque révolue, Simaro avait tout connu, tout bravé dans la témérité. Sans oublier les chambres noires de vieux charlatans Degazin, Bikunda fréquentées dans le but de redynamiser la musculature ou affoler la plus belle fille muzombo du quartier dont le papa nanti était propriétaire d’une boutique ou dont lamaman était vendeuse de poisson salé pimenté et mariné à l’huile de palme brute avec la chikwangue « swing » ou « motu ya makaku ». Œuvres philosophiques et métaphysiques sans précédentes Aujourd’hui, le doyen Simaro, bien que rendu vieux par le temps, a su garder un esprit jeune. Il suffit de juger la valeur structurelle de ses compositions pour s’en fixer. En dépit des fluctuations du temps, l’homme est demeuré une véritable bibliothèque et discothèque vivante. Les jeunes Wazekwa, Ferré et le Nkuru Wemba, des sages opportunistes n’hésitent guère de se requinquer auprès de lui. Conservateur invétéré dans sa nature, Simaro Masiya que nous avons eu à fréquenter dans l’intimité près de quatre ans, est viscéralement lié aux traditions Ne kongo ? Lesquelles se transmettent naturellement et oralement de père en fils. Pas d’allusion à la sorcellerie, s’il vous plait. Ce chef de file « rustique » est né évidemment sage et paraît discret. Trop discret même. Dans ses habitudes, il ne fait jamais rien au hasard. C’est la nuit qui lui porte conseil. Quand il s’isole dans sa chambre, loin des charmes de maman Nkelani, la mère de ses enfants et de sa favorite possessive Zuani Mbole, toutes ses muses attitrées. Ses sources d’inspiration. Ces deux créatures contribuent largement dans sa réussite. Dans ses compositions de très haute facture. Personne ne nous contredira là-dessus. En période de cafards, celles-ci emportent irrésistiblement Simaro dans un univers de subconscience extrême. D’aucuns prétendent même que se sont les pires problèmes sentimentaux que lui imposaient, jadis, ces dernières qui le rendaient prolifique afin d’atteindre finalement ce degré métaphysique sublime faisant de lui un compositeur inégalé. A chacun ses trucs, dit-on ! Quoi qu’on en dise, Simaro, c’est le reflet même de ses œuvres. Lesquelles transcendent le seuil habituel de notre sagesse. Ainsi, on n’hésite plus à le baptiser aux épithètes ronflantes et méritées de « poète », « philosophe », « moraliste », « réparateur des cœurs brisés ». Pour exemple, ses œuvres d’anthologie « Mbongo » et « Mabele » dépassent tout entendement du point de vue artistique et philosophique en comparaison avec « Indépendance cha cha » plébiscitée chanson du cinquantenaire pour des raisons essentiellement politiques. La discographie de Simaro est variée, colorée, gigantesque. Les « Daty Pétrole », « Faute ya commerçant », « Mbawu », « Verre cassé », « Diarrhée verbale », « Ingratitude », « Kitikwala »… sont des œuvres qui parlent d’elles-mêmes. Qui témoignent de la valeur de l’artiste. Les métaphores et proverbes qui s’y trouvent sont souvent insaisissables ou incompréhensibles pour les non- initiés. A titre d’exemple : « nzinzi emonanaka na lilita, se ye motu alandaka mowei banda morgue » (la mouche que l’on retrouve au cimetière, c’est celle qu’on voit tôt depuis la morgue). Ce proverbe, apparemment anodin, peut être interprété sous plusieurs formes. Il peut également être comparé aux amitiés d’enfance, lesquelles perdurent jusqu’à la mort. Dans la chanson « Ingratitude » avec les Bana OK, il s’exprime crûment en ces termes : « infraction (lisez défaut) na nga ezali pardon na patience » (mes vices, surtout à l’endroit des femmes, sont le pardon et la patience). Effectivement, dans sa vie professionnelle et amoureuse, Simaro, victime de son grand cœur, a toujours été payé en monnaie de singe. (Tala merci bapesa na mbwa). Depuis que nous l’avons connu en 1958 au premier vis-à-vis dans la commune de Dendale (Kasa Vubu) avec Gérard Madiata dans Kongo Jazz, ce maigrelet d’hier brillait par son humilité. Il faisait fi à l’argent en préférant exercer de l’art pour l’art. Dans « Mabele », il l’évoque : « nasomba etoko na nga mpo na nkiriba (à la sauvette). Namesana kolata kaki na lipapa lokola Luambo ( à l’instar de Luambo, je me contente de ma natte –pas d’hôtel-, de mes babouches et de mon tissus kaki). Plus loin, dans « Kitikwala », il contredit Grand Kallé qui prétend que notre paradis se trouve ici sur terre. « Na mokili ya nse, ata tozui te, tozua na likolo » En bon chrétien, Simaro n’enviait aucunement la richesse de Luambo, son petit frère et patron, contrairement aux jeunes d’aujourd’hui, trop cupides et trop friands du matériel. Payé en monnaie de singe toute sa vie auprès de Franco « Nzambe akabola ba chances pe akabola bilongi », chante-t-il. En bon sage, il fait siens ces préceptes. Ainsi, il doit sans doute sa longévité grâce à son indifférence vis-à-vis des choses de la vie. Il n’envie ni ne singe personne. Malgré ses responsabilités de chef d’orchestre puis de vice-président du Tout Puissant OK Jazz, Simaro s’humiliait devant ses jeunes collaborateurs tout en affirmant son autorité. La patience, l’abnégation, la persévérance constituent ses règles cardinales. Certes, son comportement vestimentaire basé également sur une rectitude morale exemplaire ne l’empêchait guère d’être dans le vent, à la pointe de la mode. Trop méticuleux, sa voiture fut la plus attirante et la plus propre de tous les musiciens de Kinshasa. En plus, il fut le musicien le plus paré en bijoux dorés. A commencer par ses lunettes Cartier, se gourmettes, ses bagues, ses chainettes de collection. Son parfum chéri était Caron, très prisé par les grands Messieurs de l’époque. Simaro Lutumba, disons-le, n’avait pas d’égal dans sa génération. Tout cela n’était que le paraître. L’apparat. Car, malgré toutes ces fantaisies, Simaro, bien que célèbre et populaire, vivait dans la parcelle familiale d’Isangi à St Jean (Lingwala). Malgré le travail de titan qu’il abattait avec ses compositions d’envergure face à la montée fulgurante de l’African Jazz et de l’African Fiesta National, Franco ne lui avait jamais procuré une parcelle de terre. Même pas à Mombele d’alors, réputé quartier des déshérités. Pas même une maison de location digne de son rang. Simaro a attendu son heure, avec patience, malgré l’ingratitude de son chef. Toutefois, conformément aux traditions Ne kongo, Simaro a préféré vivre toute sa vie dans la parcelle familiale. Contrairement à ses collègues qui ont un « chez eux » et qui peuvent se permettre d’importer des nanas à leur guise. Respectueux des coutumes familiales, Simaro connaît une vie sentimentale ordonnée, équilibrée, il portait sur son dos toutes les charges et miseres familiales comprises celles de ses sœurs et neveux. La folie de grandeur ne le hantait pas. Grace à Grâce à ses relations personnelles, il s’était fait construire une coquette villa bien aménagée en mobilier d’African-Lux dans la parcelle familiale. Simaro embrassera sa seconde jeunesse à 51 ans après la mort de Franco. Il se fit construire une villa digne de lui toujours sur Isangi en diagonale de la parcelle de ses parents dont l’un fut happé mortellement par un jeune vélocycliste du quartier. Illuminé par la sagesse bantoue, il ne s’en prit pas au jeune vélocycliste: « Laissez-le tranquille, il n’en est pas l’auteur ». Cette prise de position surprenante de sa part, laissa tout le monde perplexe. Personne n’en revenait. Bon à l’extrême, serviable, compatissant, Simaro se fait construire d’autres villas ailleurs mais les habitants de sa commune ne veulent pas qu’il aille habiter ailleurs. Voilà la raison de bonté et de sa patience. Aussi longue que la nuit soit-elle, tout se paie. Simaro en est l’exemple probant, palpable. LRP (La Référence) SDC, Starducongo.com
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