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Radio France Internationale. Un hommage à Jean Hélène tombé au champ d’honneur en terre africaine


Par | Dimanche 3 Novembre 2013 | Lu 956 fois | 4 Commentaires



Jean Hélène à gauche
Jean Hélène à gauche
Afrique/France, (Starducongo.com) - Le 21 octobre 2013, Radio France Internationale a célébré l’an 10 de la disparition de Jean Hélène, grand reporter qui a marqué le continent africain. Les autorités de la Côte d’Ivoire lui ont décerné, à titre posthume, l’Ordre nationale de la République. Ce grand chevalier de la plume et du micro, lâchement assassiné à Abidjan le 21 octobre 2003 dans l’exercice de son métier, avait inspiré, sept ans après sa mort, un de nos collaborateurs qui lui avait rendu hommage à travers son roman intitulé « Un journaliste blanc sous le soleil de l’équateur » (1). Ci-dessous un extrait (pp. 51-57) dans lequel apparaît le personnage de Jean Hélène.

Rappel : Après avoir réalisé son reportage sur des élections en Katamalaisie (un pays imaginaire d’Afrique centrale) et aidée par une collègue katamalaisienne au nom de Galiana, Jean Hélène, depuis son hôtel, s’apprête à rentrer à Paris quand survint l’imprévu : un coup de fil de Galiana.
Au bout du fil [Jean Hélène] : - Allô ! Galiana ? questionna la voix de Jean Hélène
Moi [Galiana] : - Écoute, mon cher Jean ! C’est très important. Tu ne bouges pas de ta chambre avant que je t’arrive. Je t’expliquerai après… Dans quinze minutes, je suis avec toi.
Au bout du fil : - Mais, Galiana, je ne comprends rien ! Je…
Moi : - Tu comprendras dans quinze minutes.
Le journaliste ne savait plus que dire. Et son téléphone s’arrêta net en émettant un petit bruit qui lui fit remarquer que son interlocutrice avait carrément coupé la communication. Dans quelques heures, il devait prendre son vol et voilà que sa collègue lui demandait de ne pas bouger de l’hôtel. Il regarda sa valise. Consulta sa montre. Il faisait déjà douze minutes que Galiana venait d’appeler. « Qu’est ce qui vient d’arriver ? » se demanda t-il. Dans ces pays d’Afrique où les coups d’État et les assassinats des hommes politiques peuvent se produire n’importe quand et n’importe comment, il fallait s’attendre que l’on passe du soleil à la pluie sans intermédiaire. Il connaissait bien le continent et son travail de journaliste lui avait appris beaucoup sur la vie politique africaine avec ses élucubrations. « Qu’est ce qui vient de se passer ? » se demanda t-il de nouveau quand on sonna à la porte. Prudent, il s’approcha et posa son œil sur le judas qui lui fit découvrir la face de Galiana déformée par l’effet optique. Il ouvrit. Ils se regardèrent quelques secondes sans mot dire. L’homme balaya le silence.
- Je ne comprends pas. Tu m’as parlé avec un ton inquiétant. Que se passe t-il ?
La jeune femme fit un effort de sourire comme pour calmer l’inquiétude de l’homme qui avait un visage terne. C’était visible car il avait rougi depuis la réception du coup de fil. Il y a quelque chose qui nous diffère des Blancs quand l’on se retrouve dans cette situation qui mettait face à face Galiana et Jean Hélène. Les Blancs ont cette manie de changer de couleur quand ils sont angoissés. Leur visage se gonfle de sang chaud qui semble couler à même l’épiderme. Avec notre peau noire, l’angoisse passe inaperçue comme toute action qui se passe dans le noir. L’homme semblait plus stressé que la femme.
- Il se passe que ton dernier direct a mis le feu aux poudres dans la ville. Les jeunes de l’Opposition ne semblent pas accepter ton pronostic du verdict des urnes. Ils font maintenant la chasse à la presse internationale… à cause de toi, dit-elle en souriant, faisant un effort pour garder son calme afin de ne pas accentuer l’inquiétude de son ami.
- Mais, ce n’est pas vrai ! Je n’ai dit que ce que j’ai constaté. Et puis en matière d’information, on ne doit qu’annoncer ce que l’on a constaté avec objectivité.
- Je te comprends mon cher Jean ! Mais est-ce qu’il y a vraiment une frontière entre l’objectivité et la subjectivité dans nos pays qui commencent à mettre la contradiction politique sur la table de la discussion en présence du peuple ? Ce peuple qui ne comprend pas parfois que la raison n’est pas synonyme de l’importance ethnique car l’opinion politique voit parfois au-delà de la masse des tribus. Que la raison politique n’est pas forcément du côté de la majorité ethnique.
- Dans quelques heures, je dois prendre mon avion.
- Justement je t’ai appelé à propos. Ça gronde au niveau de la ville. Des barrières partout pour s’en prendre aux moundélés. Et un certain Jean Hélène fait partie des journalistes étrangers à botter le cul, comme ils ne cessent de clamer tout haut, ricana-t-elle.
L’homme qui était en train d’arranger son sac de voyage, s’immobilisa comme tétanisé.
- Mais je ne comprends rien !
- En Afrique, il n y a rien à comprendre sauf l’analphabétisme politique des peuples qui est à la base des conflits interethniques. Regarde ! Et pourtant les élections se sont bien déroulées. Mais malgré cela, à cause du régionalisme et du tribalisme, les vaincus n’acceptent pas leur défaite. Et la suite, tu peux l’imaginer. (Pause) Je viens de téléphoner le général Ntari, il va nous aider à traverser la ville car il faut que tu arrives à l’aéroport sans problème pour ton vol de ce soir. (Pause) Au fait, donne-moi ton passeport.
Jean Hélène, comme pétrifié et hypnotisé par des forces extérieures, ouvrit doucement son porte-documents et tendit le passeport à la jeune femme. « Mais il ne porte pas ton nom ? » elle dit à l’homme qui était encore debout, comme s’il voulait fuir l’inquiétude qui se lisait encore dans ses yeux ; « Je ne comprends rien ! Vraiment je ne comprends plus rien !! »
- Jean Hélène est mon nom de travail. Je l’avais choisi en fonction de notre métier qui nous le permet. Mon véritable nom est un peu compliqué à prononcer.
Du coup, le visage de Galiana s’illumina et un sourire complice et vainqueur fit voir ses belles dents blanches avec un petit espace entre les deux incisives. Un beau sourire d’une femme katamalaisienne. L’inquiétude des yeux de l’homme se transforma en admiration.
- Tout est réglé. La présence du général Ntari ne sera plus indispensable.
D’ailleurs Galiana pensait que celui-ci lui enverrait un sous-officier pour l’aider à résoudre ses problèmes. Il lui avait demandé de le rappeler au moment opportun. Elle ne le ferait plus. Le véritable patronyme du journaliste avait tout réglé.
- La ville est en ébullition. Surtout au niveau des jeunes de l’Opposition qui veulent s’en prendre aux journalistes étrangers après ce que vient de pondre RFI… par ta voix, bien sûr ! (Un petit rire sec) Des bagarres partout. Surtout sur la route qui mène à l’aéroport Polé Polé. Comme tu voyages ce soir, il faut que je t’accompagne. Mais avec ton passeport, tu n’auras presque pas d’ennuis, surtout que je serai avec toi. Alors, tu m’attends ici à l’hôtel et je reviendrai te chercher deux heures avant le vol.
Jean Hélène fit un effort de comprendre la situation dans laquelle il s’était retrouvé après sa dernière intervention sur les antennes de RFI.

Le taxi qui les emmenait vers l’aéroport Polé Polé roulait à faible allure à cause de la situation tendue qui prévalait dans la ville. Galiana et son compagnon franchirent trois barrages sans problèmes tant la journaliste était presque connue de toute la population. Plus de trois ans à passer sur le petit écran, elle avait presque séduit les jeunes qui admiraient sa beauté physique qui se confondait avec celle de sa voix. Au quatrième barrage qui devait ouvrir la route de l’aéroport, le taximan fut sommé de s’arrêter par un petit groupe de jeunes qui semblaient impulsifs à la présence d’un Blanc dans le véhicule. Un des jeunes reconnut Galiana et la salua.
- Mboté la soeur !
- Mais pourquoi ce remue ménage, fit semblant la jeune femme.
- Ah ! laisse, la soeur. Je ne sais pas comment sont ces Blancs-là.
Quand il s’aperçut de la présence de Jean Hélène, il fut comme surpris et s’excusa, tout en continuant ; « Excusez-moi monsieur ! Nous sommes un peu fâchés avec ce que vient d’annoncer RFI ce matin ». Le Français s’efforça de répondre avec un petit sourire au jeune homme qui venait de s’excuser, malgré la peur qui couvait dans son ventre. Le jeune homme continua en direction de Galiana, cette fois en langue du pays…
- Donc, je disais, la sœur, tu vois comment a parlé ce matin ce type-là de RFI ?
Jean Hélène sentit un creux dans l’estomac. Galiana s’aperçut qu’il avait, une fois de plus, rougi. Il devait imaginer la conversation. Elle fit semblant comme si elle n’avait rien remarqué.
- Tu sais mon petit, noua avons cherché la démocratie. Eux l’ont connue avant nous et leurs journalistes veulent toujours dire la vérité. Dire la vérité avant les autres collègues pour être célèbre. Pour avoir du succès. Ils appellent ça, faire un scoop.
- Quelle vérité-là ? Pour avoir quelle coupe ? (le jeune homme avait entendu « coupe » à la place de « scoop » qu’il n’avait pas compris). Galiana voulut rire mais se ressaisit.
- Je sais que chez nous toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Même quand la réalité est plausible.
Les autres garçons s’approchèrent de la voiture. La discussion s’anima dans l’indifférence de Jean Hélène qui devait sûrement penser à son voyage.
- Nous ne sommes pas d’accord avec ce que vient d’annoncer ce matin RFI… Mais quel est ce Blanc qui est avec toi ? Ce n’est pas par hasard un journaliste comme toi ? lança celui qui paraissait le plus grand.
- Nous sommes pressés. Il doit prendre son avion ce soir. C’est un collègue qui travaille pour Le Canard enchaîné.
- Voilà un journal que nous aimons bien lire. Mais ces gens-là abusent un peu dans la façon de dessiner nos hommes politiques.
Le troisième coupa net.
- Mission nous a été donnée de vérifier l’identité des journalistes étrangers, surtout les Blancs. Peut-être que l’on pourrait mettre la main sur le journaliste de RFI.
Et se tournant vers Jean Hélène, il lança poliment : « S’il vous plaît monsieur, vos papiers ! ». Celui-ci fouilla dans son sac de voyage qu’il avait sur lui. Fit sortir le portefeuille. Y retira le document qu’on lui avait demandé et le tendit au jeune homme.
Après avoir vérifié le passeport qui se trouvait dans ses mains et qui présentait un nom bizarre, compliqué et difficile à lire, le jeune homme le rendit à son propriétaire.
- Merci ! Nous cherchons un certain jean Hélène, un journaliste qui se nomme comme une femme, dit-il à Galiana (Puis à l’homme) En tout cas, vous êtes compliqués, vous les Blancs. Comment un homme peut-il porter le nom d’une femme ? Je comprends maintenant pourquoi vous faites l’amour entre vous les hommes. Faire la chose-là par les fesses ? Pouah ! C’est de la saleté avec tout le caca dans l’anus.
Jean Hélène se montrait absent. Galiana voulut sourire. Comme pour se séparer d’eux, elle sortit un billet de 10 000 francs CFA qu’elle tendit au plus grand qui semblait être le responsable du groupe.
- Merci la sœur ! Et nous souhaitons un bon voyage à ton ami le Blanc qui a un nom compliqué.
Galiana sourit cette fois-ci, regarda Jean Hélène qui s’était recroquevillé da ns un mutisme froid depuis qu’on lui avait demandé ses papiers. Le chauffeur appuya son pied gauche sur l’embrayage, enclencha la première avant de se servir de l’autre pied. La voiture coula dans l’autoroute de l’aéroport.
A vingt deux heures, le 730 d’Air France prit les airs dans un ciel plein d’étoiles. Le lendemain Jean Hélène se retrouvera dans les locaux de Radio France Internationale et racontera ses mésaventures à ses collègues.©

(1) Noël Kodia-Ramata, « Un journal blanc sous le soleil de l’équateur », éd. Edilivre, Paris, 2010, 200p. 17€
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Vos commentaires:

1.Posté par TAATA N''''DWENGA le 05/11/2013 08:59 | Alerter
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Merci beaucoup à Starducongo et au doyen Ramata NKODIA pour ce texte à l'effet de rendre hommage à JEAN HELENE lâchement et honteusement assassiné en terre africaine. Au-delà de cet extrait du " Un journal blanc sous le soleil de l'équateur ", ce sont les liberté de la presse et d'expression qui sont mises en lumière et qui, à ce titre sont inéluctablement des garanties nécessaires et fondamentales d'une vraie démocratie qui demain doit véritablement prévaloir chez nous en Afrique tout en la muntuïsant ou africanisant bien évidemment.

2.Posté par TAATA N''''''''''''''''DWENGA le 05/11/2013 09:07 | Alerter
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Correctif : ....les libertés nécessaires et fondamentales......

3.Posté par plates excuse le 05/11/2013 10:27 | Alerter
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un bel hommage

4.Posté par TAATA N'DWENGA le 06/11/2013 10:51 | Alerter
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Une pensée aussi pour Gislaine DUPONT et Claude VERLON, les deux journalistes de R.F.I éliminés par des barbares sans scrupule et qui n'ont aucun respect de la vie humaine. Que leurs âmes puissent reposer en paix. Paix à leurs familles car l'épreuve est gravement terrible et douloureuse. Que leurs assassins soient un jour arrêtés, jugés et punis de la manière la plus juste qui soit.

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