Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Théâtre : Dieudonné Niangouna dans tous ses éclats


Par | Dimanche 7 Août 2011 | Lu 718 fois | 0 Commentaire



Une scène des Inepties volantes. © Christophe Raynaud de Lage-Festival d'Avignon
Une scène des Inepties volantes. © Christophe Raynaud de Lage-Festival d'Avignon
Après deux passages remarqués (2007 et 2009) par le public européen et salués par la presse française, le Congolais Dieudonné Niangouna sera en 2013 le premier Africain à être artiste associé du festival d'Avignon. Il participera avec le metteur en scène et acteur français Stanislas Nordey à la préparation de la programmation de cette agora théâtrale. Portrait d'un auteur et metteur en scène qui a réussi à briser les règles de l'art pour tracer une voie personnelle singulière

Dieudonné Niangouna est une puissante source où bouillonnent et fermentent écriture et mise en scène dans tous leurs états. Quelles qu'en soient les trajectoires ultérieures. C'est en ce sens qu'il devient, en ce début de vingt et unième siècle, une figure majeure, l'un des « éclaireurs » du théâtre contemporain africain. Le seul artiste africain à être invité deux fois de suite au in du festival d'Avignon.

Il propose à lire et à voir des textes (Attitude clando, Les Inepties volantes) et des mises en scène d'une rare intensité. Une véritable « fournaise de rage, écrit un critique, emportée par une canicule de guerre et concentrée dans une étuve de colère, où l'on ne trouve aucune vérité, non, rien que de la vie, qu'un tourbillon de mots exaltant l'envie de vivre, d'aller au-delà de la survie ». Un état perturbant qui fait du théâtre de Dieudonné Niangouna un espace vivant où tout se crée, s'invente et se renouvelle.

Dieudonné Niangouna est né à Brazzaville il y a trente-cinq ans. Si, jeune déjà, depuis le quartier qui l'a vu naître dans l'arrondissement 5 Ouenzé, il désirait faire du théâtre, « j'ai toujours rêvé d'être auteur et comédien à la fois », c'est que dans le Congo d'avant-guerre qui l'a vu grandir régnait également une effervescence artistique merveilleuse. Avec des artistes (écrivains, poètes, peintres, musiciens) remarquables : Tchikaya U Tam'si, Sylvain Bemba, Zao, Gotène, Sony Labou Tansi - un de ses maîtres à penser.

Le jeune Congolais se nourrit de cette créativité ambiante. À l'âge de 12 ans, il est déjà saisi par l'écriture de Sony Labou Tansi, reçoit une « claque » en lisant L'État honteux, second roman de cet autre dramaturge congolais, réputé pour sa plume provocante. Mais, l'arrivée des trois guerres civiles (1993, 1997, et 1998-1999) qui ébranlent le Congo le long de la décennie 1990, détruisent les infrastructures culturelles existantes.

En 1997, au milieu du chaos qui l'entoure, il crée, avec son frère Criss Niangouna, leur propre compagnie, Les Bruits de la rue. Son théâtre, né dans les rues, loin des salles de spectacle détruites par la guerre, invente un nouveau langage provocant et explosif. Comme il décrit dans son texte Attitude clando :
« Et moi, je ne suis pas du genre qu'on me botte les fesses. C'est pourquoi on n'est pas réglo, toi et moi. Parce qu'un type réglo, c'est celui qui se tape quatre journaux au petit-déj, [...] qui utilise quatre formules de politesse pour dire un gros mot, [...] c'est un mec qui apprend la musique dans les écouteurs, il consomme tous les produits plastiques et ne boit que des lights, [...] il enfile toujours sa chemise et cire ses chaussures même quand il pleut, c'est un type réglo qui consulte le solstice de décembre voir si Jupiter a niqué Pluton pour bazarder la carte grise de son vélomoteur et payer une tasse de café à Yasmine qui a peint en rose sa cave à vin... »

Déconcertante, l'écriture est chez Dieudonné Niangouna une chose vitale. C'est par son biais qu'il transcende et interroge les dérives de la société pour exorciser la douleur et comprendre l'ânerie de tous les affrontements humains. Son style, le « big, boum, bah... », se veut à la fois explosion et silence. Il faut le lire, le voir pour comprendre. Comédien, auteur et metteur en scène, chacun de ses statuts lui ouvre des possibilités inouïes. La mise en scène, devenant par moment une étape de l'écriture, lui permet de se placer dans une perspective différente du reste de la distribution. Et la mise en bouche du texte lui confère la possibilité d'explorer et de questionner les matériaux pour raconter autre chose.

En ce sens, le texte théâtral virevolte, se développe, se nourrit indéfiniment. Cela oblige le metteur en scène, dans son processus créatif, à décortiquer toutes les étapes qui feront du spectacle une merveille. Un parcours colossal ponctué de chocs, d'accrocs et de nouveaux départs, oscillant de la tendresse, lorsque le corps comme matériau veut bien s'effacer, à la brutalité, voire au cynisme lorsque que le metteur en scène provoque des scènes plus violentes dans lesquelles le comédien qu'il est doit affronter ce même corps.

Dans son dernier spectacle, Les Inepties volantes, présenté en Avignon, on voit comment le corps s'exprime dans une scène relatant l'horreur des chairs saignantes et des anatomies démembrées, se jette brutalement sur des plaques de tôle. Une situation fracassante qui dit tout de la douleur et dont le corps est le souffle et la souffrance réelle. L'homme marche, erre en espérant trouver cet espace, un « non-lieu » qui lui permet de dire de manière cohérente sa dure expérience. Pour ce faire, sur le plateau, le metteur en scène est très minimaliste, le regard et l'écoute du spectateur se frottent sans cesse à l'intensité du corps et à celle de la voix du comédien. Et peine parfois à saisir le sens de tout cela.

Niangouna, en conversation avec Africultures.com : « Je pense que mon travail d'auteur est de faire ressentir [ces évènements] à ceux qui viennent m'écouter. Je peux donner un souffle de cette tragédie, une respiration, une colère, une pensée, mais pas une histoire. [...] C'est le sentiment d'une douleur que je veux exprimer, la douleur d'être devenu comme une sorte d'animal, avec des réflexes d'animal pendant ces moments de fuite et de traque. »

Découvert, en France au festival les Francophonies en Limousin où sont présentés nombre de ses textes (Carré blanc, Patati patatra et des tralalas, Intérieur-Extérieur, Attitude clando, Les Inepties volantes), cet ancien de l'École nationale des beaux-arts de Brazzaville a été élève en arts plastiques avant de se tourner vers le théâtre, dont il est aujourd'hui le fer de lance dans son pays et bien au-delà.

Son texte La mort vient chercher chaussures avait été présenté en 2005 dans le cadre de la première édition des Écritures d'Afrique, organisée par Cultures France en partenariat avec la Comédie française. Il met en scène et joue Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, présenté aux Francophonies en Limousin puis dans toute l'Afrique.

Publié en Europe et en Afrique, Dieudonné Niangouna se sent plus proche de l'immédiateté, de l'urgence et du réel que lui offre le théâtre par rapport à l'écriture : « Dans l'écriture, on peut être dans l'urgence d'un sujet, d'un thème et l'écrire entre quatre murs. Mais pour que cela arrive au public, il faut passer par la publication. Cela signifie que l'on peut écrire sa pièce ou son roman et attendre vingt ans que l'éditeur dise oui. Cependant, avec le théâtre, on monte sur le plateau et on le fait à la minute ! » C'est exact !

Meryll Mezath (Brazzaville-Adiac)
Lu 718 fois


Nouveau commentaire :

Publions des commentaires constructifs pour avancer

RD Congo | Actualités | Football | Beauté et Mode | RD Sport | RD Economie | Handball | RD Société | Les arts | Gouvernement | RD Album | Arts martiaux | Monde | High Tech | Basket-ball | Indiscretions | Athlétisme | Sports | Portraits | Autres Sports | Interviews | Tennis | Afrique | Interviews Sports | Maghreb | Dans les bacs | Festivals | Rétrospective | Paroles de chansons | Livres | Divertissement | Cuisine congolaise | Vitrine | Ambassades | Actualité RDC | Sante | Economie | RD Politique | RD Tribune | Ils ont dit | Polémique | Live | Concert | Société | Zoom | Anecdotes