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Théâtre (France) : représentation de la pièce ‘’Le fantôme du quai d’en face’’ de Guy Alexandre Sounda


Par Starducongo | Mercredi 7 Janvier 2009 | Lu 1369 fois | 3 Commentaires



Théâtre (France) : représentation de la pièce ‘’Le fantôme du quai d’en face’’ de Guy Alexandre Sounda
Dans le cadre de la 2e édition du festival HISTOIRES DE DIRE (25 janvier - 1er février 2009) organisée par Théranga (20 rue des Dames, Paris 17e) Guy Alexandre Sounda donnera une représentation de tout nouveau spectacle LE FANTÔME DU QUAI D'EN FACE le 25 janvier 2009 à 19h au Théranga (métro place de clichy).

L'histoire :

Nous sommes à Saint-Bazar, une gare larguée à la lisière de la ville. Depuis des semaines voire des mois, un homme emmitouflé d’une cape noire qui sent la clope et le vin arpente le quai matin et soir. Il traîne une valise en carton. Les trains partent et reviennent, le monde passe et repasse mais jamais personne ne lui adresse le moindre signe de tête. Il a eu beau se frapper la poitrine, taper des mains, personne ne lui lance un brin de regard.

Un certain matin il décide de casser son silence. Il quitte le quai, traverse l’avenue, sous le vent et le grain, entre dans le premier café. Ça pourrait tout aussi être une cave ou même un endroit sans nom et sans âge. Pour la nème fois en public, devant des gens accablés ou gavés, des gens réunis par le deuil ou l’amour, comme c’est si souvent le cas ici-bas, l’homme, fatigué de soliloquer, de rire tout seul en remuant ses vieux souvenirs, (re) prend la parole pour raconter une histoire, la sienne, qui a saccagé sa vie de bout en bout…

Immigré sans-papier, à quatre doigts du suicide, il tombe un jour sur une occase inespérée : le palais Bourdon lui propose de l’enrôler comme chien de chasse dans une armée secrète dont le rôle serait de débusquer un îlot de rebelles armés jusqu’aux chevilles dans un coin du désert, en échange d’une carte de citoyen. L’idée de se broder une nouvelle peau le fait chavirer de bonheur. Il accepte et s’en va au front. Mais les choses tournent au vinaigre. Beaucoup de ses potes sont tués. On le croit mort lui aussi. Quelqu’un a fait dire qu’il a été fusillé un dimanche matin dans un égout.

Ainsi commencent les mésaventures d’un chien de chasse qu’un ragot malhabile a changé en fantôme. Sa propre femme crie au diable dès qu’il pointe le nez, ses copains prennent la fuite. Même le chien de la voisine aboie furieusement chaque fois qu’il s’approche. Il lui a fallu un temps fou pour digérer qu’il a été rayé, que le gazon a poussé sous le lit, et que du statut de sans-papier à celui de condamné, il n’y a qu’un tout petit faux-pas (…)

La note d'intention du spectacle :

Un endroit qui se voudrait intemporel : un arrêt d’autobus, un carrefour, une cellule, une cave, allez, un préau sans nom et sans âge, avec des ombres qui défilent indéfiniment sans que l’on ne sache trop d’où elles sortent. Sous la gelée ou sous le soleil. Un lieu inscrit au-delà du commun des nommables. Un personnage qui navigue entre le réel et l'imaginaire. On va dire un personnage fantomatique dont les mots éclairent nos maux, ceux que nous avons arrêtés de voir en nous, autour de nous et au-delà de nous mêmes.

Un tabouret sur le quel vient se poser le personnage avec sa valise dont le contenu renvoie à la facticité de nos sociétés : une pile de vieux journaux, des tickets de train, une brosse à faire reluire les dents et les escarpins, des restes d’un sandwich aux épinards, une pendule déglinguée, un réchaud à gaz. Sa valise est un vrai bazar à babioles qu’il collecte comme de précieux souvenirs au gré de ses errances fantomatiques…

Puis une voix : celle d’un homme larguée aux oubliettes et flanquée d’un destin aux allures d’une fable pondue par un clochard grignoté par le froid et le vin sur un banc solitaire. La voix affiche ses couleurs et ses douleurs dès les premières secondes sous un ton caustique et drôle comme pour mieux donner à rire et à réfléchir. Elle exhume l’homme qui patauge au creux ce fantôme des temps modernes coincé au pied de la muraille pour une minable étourderie : des mauvaises langues ont fait courir dans toute la ville qu’il est mort en mille morceaux irrécupérables dans un égout. La voix s’esclaffe et explose pour faire renaître un nom que toute la ville croit à quinze pieds sous terre dans le désert.

Le fantôme ? Un homme qui n’a plus que sa voix et ses mots pour dire combien il se sent vivant que le plus vivant des vivants. Un écorché qui s’accroche à sa parole tous les matins pour nous raconter avec humour tous les recoins de son histoire lardée de débrouillards, de geignards, de roublards, de clochards, de sans papiers, tout ce beau monde d’en bas qui papote dans le caniveau et à qui il prête ses yeux et sa langue le temps d’une valse ou d’un coup de gueule dans le bassin. Il se livre à un exercice périlleux chaque matin : recoller ses propres morceaux éparpillés comme des grains de riz sur le pavé.

Voilà : il s’agit d’un drame loufoque inspiré d’un fait pour le moins banal que j’ai pris pour une histoire insolite. En août dernier, je descends à la gare de Paris-Bercy en provenance de Milan. J’étais crevé. J’avais sept heures de sommeil dans les yeux. Sur le quai en sortant je croise un clochard aux cheveux broussailleux. Il me fait : ah pote te voilà enfin, comme je suis heureux de te voir, ça fait un bail. Je ne m’arrête pas. Je l’entends gueuler dans mon dos : toi aussi tu ne me reconnais plus ? Là je m’arrête. Je me retourne vers lui. Il m’ouvre ses bras. Il a l’air réellement heureux de me voir. Je suis pourtant sûr qu’on ne s’est jamais vu auparavant. Il m’a tendu un mégot que je n’ai pas pu refuser.

Nous avons échangé quelques banalités sur le vin et le pain et, de banalités en banalités, il m’a raconté un brin de son histoire impensable que je pourrais résumer en une phrase : un sans-papier ordinaire à qui il est arrivé mille histoires extraordinaires. Rien que ça. Il avait un nez comme on n’en voit plus de nos jours : capable de sentir le moindre effluve à plus de sept kilomètres et de flairer un coup fumeux avant qu’il ne soit mis en route. Je ne l’ai plus revu depuis ce jeudi-là. J’ai écrit cette pièce pour ne pas oublier sa parole : une vraie jubilation poétique à laquelle je me suis collé pour retranscrire l’univers à la fois féroce et sarcastique d’un type qui s’accroche têtument à la vie.

C’est pour moi un acte de solidarité que d’interpréter ce personnage aujourd’hui. Mettre sa parole sur la place du marché, partager ses maux avec les spectateurs, est un devoir de mémoire. Je le sais : des milliers de gens parfois très proches de nous vivent des histoires auxquelles nous pourrions cent fois nous identifier, des histoires semblables à nos petites galères, comme pour dire qu’au final nous sortons tous d’une même famille. Il me semble, en y pensant de plus en plus, avoir reconnu en cet homme quelques bouts de moi, moi en tant que je marche depuis si longtemps dans l’obscurité de l’aube, les yeux rivés au loin où montent finement les lumières du matin…

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Vos commentaires:

1.Posté par jorus le 08/01/2009 17:19 | Alerter
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«La conscience qu'un peuple a de son histoire, de sa généalogie, de sa culture, de ses valeurs (la "présence a soi") ne traîne pas par terre. Elle se construit. Elle est "instruite" comme sait le faire l'enquêteur intelligent pour établir un état de fait»

C'est pas de moi mais d'un doyen Théophile Obenga

A plus mon grand représente nous!!!
Jorus

2.Posté par guy alexandre sounda le 09/01/2009 01:07 | Alerter
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eh oui, c'est ça : il l'a si bien dit le doyen Obénga. il est une chose dont on ne peut facilement se défaire, c'est la conscience d'appartenir à une culture, ce que je nomme moi le ventre flanqué d'un gros oeil au milieu (le kondé). chacun de nos pas est guidé par cette conscience là, perdue pour les uns et écrasée pour les autres. aujourd'hui, plus que jamais l'idée d'appartenance à une culture est plus que nécessaire, je dis bien à une culture et non à une communauté. on n'éviterait bien des drames si on se laissait guider par ces bouts qui nous tiennent malgré tout, au delà de la normalité. et ce fantôme qui tient à la vie, qui ne voudrait pas disparaître en est un exemple puisque ce qui le fait tenir malgré les aléas c'est la conscience de sa culture...

3.Posté par KM le 12/01/2009 13:19 | Alerter
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Dieu Seul sait combien y a t-il de fantômes dans ce bas monde. A vous lire cette pièce doit être très intéressante. Avec un peu de parfum congolais, je suis certain que le rire et l'humour sont très présents.
Bon spectacle!

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