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Théâtre : un art qui se meurt peu à peu à Pointe-Noire


Par SDC, Starducongo.com | Mercredi 13 Avril 2011 | Lu 681 fois | 0 Commentaire



Théâtre : un art qui se meurt peu à peu à Pointe-Noire
De nombreux Ponténégrins estiment que le théâtre qui, il y a une décennie, faisait leur bonheur, n'existe plus dans la ville. Actuellement, les troupes et les représentations théâtrales se comptent sur les doigts d'une main

Plusieurs raisons qui rendent cet art invisible dans la ville, ont été évoquées par les artistes comédiens et les opérateurs culturels. « En 2002, une expertise sur le théâtre avait révélé qu'il y avait une trentaine de troupes de théâtre à Pointe-Noire, dont une quinzaine possédant un lieu fixe pour travailler où l'on pouvait les rencontrer. Plusieurs de ces troupes ont écrit des pièces de théâtre qu'ils ont jouées un peu partout dans le pays, à Kinshasa et à l'international. Aujourd'hui à Pointe-Noire, on ne compte que cinq troupes qui travaillent encore et essaient d'être visibles au niveau international », a informé Pierre Claver Mabiala, ancien comédien, directeur de l'espace culturel Yaro, où évolue la troupe de théâtre « les Bivelas », l'un des rares à résister malgré les difficultés.

La plupart des artistes et des Pontenégrins estiment que le théâtre a perdu de son aura dans la ville en raison du manque de soutien et de considération des pouvoirs publics et des collectivités locales. Un aspect qui constitue un frein dans la carrière des artistes car, d'après Pierre Claver Mabiala, l'international ne répond que lorsque l'on est soutenu au niveau local et national.

A cela s'ajoute le manque criant de salles de spectacle qui constitue un frein non seulement à l'évolution du théâtre mais aussi au développement des arts et de la culture. « Toutes les salles ont été vendues aux églises et aux entreprises, on ne va pas toujours jouer dans la rue. Même si nous n'avons pas de salle répondant aux normes, c'est important d'avoir des espaces qui permettent aux artistes de s'exprimer », estime Pierre Claver Mabiala.

Certains comédiens ont déploré le fait que la politique du Centre culturel français (CFF) qui, hier, contribuait à relever le théâtre dans la ville avec l'ancienne salle La Pagode, ne le fasse plus. « Le CCF a cessé d'être le parrain des comédiens », estiment-ils. Mais, pour Pierre Claver Mabiala, « ce n'est pas au CCF de prendre des initiatives pour relever le théâtre dans la ville, c'est du ressort de nos pouvoirs publics, nos collectivités locales et notre ministère de la Culture et des arts ».

Les écoles publiques n'accordent plus d'importance au théâtre

Le théâtre est absent dans de nombreuses écoles publiques et les troupes se forment souvent par circonstance. Les écoles privées accordent encore une place aux activités culturelles et artistiques en général et au théâtre en particulier. Selon Yann Kinouani, artiste comédien de la troupe « Osana », cela s'explique par le fait que les comédiens professionnels préfèrent encadrer les élèves des écoles privées en raison des primes qu'ils perçoivent. Ce qui n'est pas le cas dans les écoles publiques où ils finissent par se lasser de faire du bénévolat et où de telles initiatives ne sont soutenues.

Le théâtre a cessé de nourrir les artistes

Pour Yann Kinouani, aujourd'hui, être un professionnel du théâtre dans la ville océane ressemble à un investissement intellectuel sans récompense. Le Pontenégrin n'a plus la culture du théâtre, et difficilement les gens achètent des tickets pour assister à une représentation. « Quand on organise des représentations, nous sommes obligés de procéder à des invitations et de motiver les parents, amis, collègues artistes, connaissances, expatriés, pour avoir des spectateurs », a-t-il déploré. Il faut savoir que les artistes doivent supporter toutes les charges, à savoir le transport, les décors, les costumes, et autres.

Face à tous ces obstacles, un grand nombre de comédiens professionnels de la ville ont préféré évoluer à l'extérieur, à l'exemple des comédiens de la célèbre troupe « Punta Negra ». Ce qui pose un problème majeur pour les jeunes talents qui manquent alors d'encadreurs. « Il n'y a pas d'entrepreneurs culturels et le théâtre ne nourrit plus. Les artistes préfèrent se vouer à d'autres activités pour gagner un peu d'argent », a insisté Bob Sorel, artiste comédien de la troupe « Les pétroliers ».

Redonner vie au théâtre scolaire

Pour Pierre Claver Mabiala, avec la politique éducative mise en place dans le pays, on assisterait en ce moment à un rebondissement de cet art dans la ville. « Le théâtre se meurt alors qu'il existe dans le pays des opportunités qui peuvent lui redonner du souffle. Parmi les nombreuses recommandations destinées à relever le système éducatif national, figurent quelques unes qui parlent de l'éducation artistique et théâtrale en milieu scolaire. Ces éléments peuvent faire revivre le théâtre », a déclaré Pierre Claver Mabiala. Un point de vue partagé par Sid Le Sage, animateur de l'émission culturelle « Le Forum des Stars », qui estime que, pour encore intéresser les populations au théâtre et espérer avoir une relève dans ce domaine, on doit « redonner vie au théâtre scolaire ».

C'est d'ailleurs ce qui justifie la collaboration de l'émission « Le Forum des Stars » avec le Cercle des Jeunes Artistes Créateurs (CJAC), une association dirigée par Cardelin Babakila, artiste musicien et comédien, dans l'organisation de la première édition du Festival de théâtre scolaire. Cette activité organisée à l'occasion de la journée mondiale du théâtre cette année, s'est déroulée du 28 au 29 mars à l'espace culturel Kintuari. « Bon nombre d'écoles, en particulier les écoles publiques, n'accordent plus d'attention à cet art. En outre, beaucoup d'écrivains évoluent dans la ville mais ne sont pas connus des élèves et des populations. Nous avons organisé ce festival pour redonner vie au théâtre scolaire », a expliqué Sid le Sage.

Le trophée de la première édition de ce festival a été remporté par le lycée de Mpaka, qui a présenté d'une manière jugée professionnelle, une pièce intitulée « Bindotila » (signifie cauchemars). La deuxième place est revenue à l'école privée Berfilo avec la pièce « Délinquance juvénile ». Sur les dix écoles qui ont participé à ce festival, deux seulement sont des écoles publiques : les lycées de Mpaka et Pointe-Noire 2. « Il nous a fallu mettre en jeu un trophée pour susciter l'engouement des élèves », a précisé Sid Le Sage.

Pour les artistes, ces initiatives ne suffisent pas. Pour redonner ses lettres de noblesse au théâtre, il devra bénéficier du suivi, du soutien et de l'assistance des pouvoirs publics et des collectivités locales. Il faudrait redonner vie au théâtre scolaire et l'État devra doter la ville de salles de spectacles répondant aux normes, « qui ne serviront pas uniquement aux activités théâtrales mais à toutes les activités culturelles et artistiques ».

Lucie Prisca Condhet (Brazzaville-Adiac)
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