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Violences faites aux femmes: «Il me frappait jusqu’au sang, puis me soignait»


Par Humanite.fr | Vendredi 27 Novembre 2015 | Lu 382 fois | 0 Commentaire

En quittant le Congo pour l’Irlande, Sylvie Sholé se retrouve 
sous l’emprise d’un mari qui lui fait subir d’ignobles violences. Commence alors un combat où la jeune femme se bat bien seule.



Le sentiment que la violence la suit partout où elle est. C’est ce que Sylvie Sholé a ressenti après les massacres du 13 novembre. Les yeux mouillés mais la voix calme, elle confie ne pas avoir eu le courage d’expliquer l’horreur à ses enfants, elle qui aspirait à une vie de famille enfin heureuse et apaisée.

Quand elle a quitté sa famille au Congo-Kinshasa en 2003, c’était pour continuer ses études doctorales et fuir l’opprobre « qui frappe les filles mères malgré une liberté apparente ». « J’ai eu la chance que mes parents ne me laissent pas tomber, explique-t-elle. Les filles qui se retrouvent enceintes sans mari sont souvent livrées à elles-mêmes et n’ont pas d’autre choix que de vendre leurs corps pour s’en sortir. »

Sur les conseils d’amis, elle s’exile donc en Irlande en 2003, où l’un d’eux l’attend et lui facilite les démarches. Mais les services de cet « ami » ne sont pas gratuits. Blaise Tangamu impose des relations sexuelles à Sylvie. « J’étais coincée car j’étais rentrée en Irlande avec un passeport qui ne m’appartenait pas et je ne comprenais pas bien l’anglais, se souvient-elle. De plus, cet homme était très influent, c’était lui le référent des autorités pour les entrées des Congolais sur le territoire irlandais, tout le monde le respectait. » Elle parvient malgré tout à bénéficier de l’asile politique et obtient un hébergement dans un foyer pour femmes à New Ross, dans le comté de Wexford. « Les conditions y étaient horribles. On nous donnait du pain moisi et le poulet du lundi était resservi toute la semaine jusqu’à ce qu’il sente mauvais », affirme Sylvie, qui avait protesté, bien seule. « Tout le monde se taisait de peur qu’on nous refuse les papiers. » Les conditions s’aggravant, elle quitte le foyer et n’a pas d’autre choix que d’aller habiter chez cet homme qui avait continué de la voir même pendant son séjour au centre.

Acculée, sans ressources, elle accepte de se marier avec lui sous la pression que ce dernier exerçait sur sa famille restée au Congo. « Il me frappait souvent jusqu’au sang, puis me soignait avec des médicaments. » Un cycle hélas classique dans les violences subies par les femmes, comme en témoigne le docteur Osterreicher, médecin au centre de planification familial de Blois : « Agression verbale, puis physique suivie d’une période de rémission où le mari veut se faire pardonner tout en culpabilisant la femme. » Sylvie fait alors des fausses couches à répétition. À l’hôpital, où on lui laisse le monitoring branché jusqu’au décès de l’enfant. Chez elle aussi. Plus tard, elle comprendra que son mari ne lui donnait pas du paracétamol pour calmer la douleur des coups « mais vraisemblablement des traitements pour avorter ». Elle raconte : « Un jour où il m’a frappé dans la voiture, je suis allée me réfugier chez des voisins. Il n’a alors pas pu me donner le traitement pour avorter. J’ai pu garder mon enfant et accoucher. »

Son mari la menace de mort

Elle tente d’alerter les services sociaux à plusieurs reprises, ainsi que la police. Rien n’y fait. Le mari bourreau est un notable reconnu qui est affairé à faire reconnaître le passeport biométrique pour les Congolais. « Après y être parvenu en 2010, il fait venir ma nièce et la sienne qu’il fait passer facilement pour ses filles grâce à ses contacts dans les administrations des deux pays », témoigne Sylvie. Quelque temps plus tard, Sylvie découvre avec effroi que son mari faisait subir des violences sexuelles à ses filles. « J’ai eu peur pour ma petite fille aussi. Elle m’a avoué qu’il la touchait depuis ses 4 ans. » Malgré la peur que lui inspirait cet homme, elle redouble de volonté pour le faire traduire en justice et obtient une ordonnance de protection du tribunal. Son mari, peu inquiété par les décisions de justice, la menace de mort. Elle remplit alors une simple valise et quitte l’Irlande pour la France en 2014. Épuisée, elle pensait être débarrassée de cet homme. Mais celui-ci porte plainte contre elle pour enlèvement d’enfants et se rend à Blois pour porter cette délirante accusation au tribunal. Décision ubuesque du juge qui lui donne raison, alors que Blaise Tangamu fait l’objet d’une enquête d’Interpol pour des faits de trafic d’enfants africains qui servent de partenaires sexuels en Irlande ! Aujourd’hui, Sylvie a divorcé de cet homme. Elle a fait appel de cette décision inique et se bat dignement pour pouvoir vivre heureuse avec ses enfants. Enfin.

Un meurtre sur cinq résulte de violences faites aux femmes. Depuis 2006, 1 259 femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou leur ex-conjoint. En 2014, elles étaient 118, soit 18,7 % des homicides non crapuleux et violences volontaires ayant entraîné la mort. Sur les 82 635 faits de violence commis par conjoint(e) ou ex-conjoint(e) recensés depuis un an, 88 % des victimes sont des femmes. Autre chiffre : chaque année, en France, quelque 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont violées ou victimes de tentatives de viol. Mais seulement une sur dix déclare avoir déposé plainte alors que, dans 90 % des cas, les femmes connaissent leur agresseur.

OLIVIER MORIN

Un meurtre sur cinq résulte de violences faites aux femmes. Depuis 2006, 1 259 femmes ont été tuées en France par leur conjoint ou leur ex-conjoint. En 2014, elles étaient 118, soit 18,7 % des homicides non crapuleux et violences volontaires ayant entraîné la mort. Sur les 82 635 faits de violence commis par conjoint(e) ou ex-conjoint(e) recensés depuis un an, 88 % des victimes sont des femmes. Autre chiffre : chaque année, en France, quelque 84 000 femmes âgées de 18 à 75 ans sont violées ou victimes de tentatives de viol. Mais seulement une sur dix déclare avoir déposé plainte alors que, dans 90 % des cas, les femmes connaissent leur agresseur.
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