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Zaiko : Le calvaire d'Ilo PABLO, il était devenu l’ombre de lui-même


Par | Dimanche 2 Octobre 2011 | Lu 419 fois | 0 Commentaire



Zaiko : Le calvaire d'Ilo PABLO, il était devenu l’ombre de lui-même
Lâché brutalement par une compagne possessive. Laminé par des maux inexorables. Rongé financièrement jusqu’à la moelle. Victime de l’indifférence de sa corporation. Le percutant Pablo se laisse mourir stoïquement.

A la croisée des chemins sinueux entre la vie et la mort, Bakundé Ilo Pablo, lui, a porté avec stoïsme son choix instinctif à la voie lugubre. Afin d’assurer à son âme empoignée une quiétude éternelle. Il en avait assez… Assez de mener une vie morne. Sans éclat. Et surtout dégarnie de postiche. Qui l’eut cru ?

Enfin, sauvé de justesse du trépas grâce à un concours circonstanciellement bienfaisant de la Sonas (Société nationale d’assurances) laquelle l’évacua sanitairement en Afrique du Sud, Bakundé Ilo Pablo, ancien drummer de Zaïko Langa-Langa et de Zaïko Familia Dei, n’a pas pu tenir le coup pour longtemps. Vaincu par moult maladies, il vient de boucler tristement et péniblement le glorieux cycle de sa vie. Un Golgotha avéré pour ses dernières heures. Depuis le 20 septembre dernier, cruellement, impitoyablement, le ciel qui le créa vient de nous l’arracher. Malgré nos incantations et nos larmoiements, le Tout-Haut est resté sourd, à toutes nos lamentations et prières. Délaissé à tous les niveaux, dans un abasourdissement indescriptible, Pablo a finalement rendu le tablier. Bien loin des planches. Au lointain de la cohue et des rampes, il n’a pu vivre cette mort heureuse tant souhaitée par les artistes : c’est-à-dire, mourir sur la scène. En pleine gloire.

Subtil dans un cajolant parler et fin négociateur des « missions et marchés spéciaux », Pablo n’aurait pas cru de son vivant croupir un seul jour dans une si fort mauvaise assiette. Il ne croyait pas, non plus, expirer un funeste matin pour expier… ses coups innombrables dans cet univers. Loin de la tendresse d’une épouse ou d’une compagne quelque peu ingrate, lui, l’aristocrate qui se couvait, sans cesse, du bon parfum de belles poupées fragiles. Pataugeant dans une opulence presqu’outrageante, Pablo savait s’attirer des regards envieux du monde. Et malgré cette grandeur resplendissante, le vaillant chef de clan de Zaïko Familia Dei est parti seul. Abandonné par les siens sans affection. Sans toit (il possède une parcelle de terre à Kinkole). Heureusement qu’en dernière minute, un parent était là pour l’héberger. A Ndjili, au quartier 1 où il rendait à petit feu l’âme car, traqué par des brusques vicissitudes de la vie, à l’indifférence de tous. M. Shaka Kongo, responsable de l’asbl « Artiste en Danger » n’avait pas mâché ses mots à ce sujet : « Les musiciens congolais ne s’aiment pas, reconnaît-il. Ils s’entendent seulement quand il s’agit d’aller chercher l’argent chez les responsables du pays pour leurs intérêts personnels. Mes appels au sujet de Pablo sont restés vains. Coup de chapeau à la Sonas à qui le défunt doit encore les quelques années vécues sur terre ».

Pablo était-il rejeté par vengeance ?

Néanmoins, l’évidence selon laquelle nos musiciens ne s’entendent pas ne paraît pas toujours vraie. Une fois dans le passé, en apprenant que Pablo manquait de police d’assurance pour son véhicule, Papa Wemba exigea instantanément à tous ses amis musiciens présents au rendez-vous de collecter sur le champ de l’argent pour régulariser sa situation vis-à-vis de la Sonas. Voilà une des preuves confirmant, dans certaines mesures, que quelques membres de la famille Zaïko compatissaient aux malheurs de leur frère éprouvé… Toujours est-il que durant son rude calvaire, personne, alors personne n’est parvenu à l’assister matériellement malgré les incessants appels de détresse de M. Shaka Kongo. Ayant été certainement convaincue par son imminent décès, une impitoyable pègre constituée de ses proches s’était mise en marche. Sa « jeep », son argent concernant une garantie locative seront détournés par X selon les propres dires du défunt. Bref, ses quelques biens de valeur avaient également été pillés bien avant son envol pour l’Afrique du Sud. Consolé de temps en temps par des rares visites de ses enfants, démuni de tout, Ilo Pablo était devenu l’ombre de lui-même. S’il fallait recommencer la vie affirmait-il avec remord, il ne se laisserait plus prendre dans les raies de son entourage. La vie lui a servi de leçon regrettablement après soixante ans d’existence. Ah ! Si belle jeunesse savait ?

En effet, toute sa mouvante vie durant, le respectueux Pablo Isemazey, né battant, triomphait sur toutes les lignes du monde de show-business. Même avec une certaine nébulosité, il fonçait et atteignait tous ses objectifs. Assez raisonnable et astucieux, pour ne pas dire rusé, le littéraire courtaud était modelé à l’athénée de St Jean après son cycle d’orientation à l’athénée de Kalina. En toute circonstance et de par sa formation, il avait la manie de se faire adopter avec sa nature, il savait plaire en appelant avec révérence tous ses aînés « yaya » ou grand frère. Cette humilité franche émouvait. A l’instar de Redo Likinga, très commerçant (lui aussi malade), le percutant batteur se comportait dans son quotidien en petit bourgeois. Il louait somptueuses villas, roulait belles carrosses, se pavanait en tenue classique.

Une seule note noire à son passif : Zaïko Langa-Langa s’était disloqué sous son impulsion, rappelle l’histoire vraie. En fait, il en fut l’instigateur principal. Bimi Ombale comme on le supposerait n’y était presque pour rien. Téméraire et courageux dans toute entreprise « basse », laissant Jossart pantois, Bakundé partit en 1988 avec tous les meilleurs musiciens de Zaïko pour constituer Familia Dei composé de Popolipo (guitariste), Jimmy Yaba (Guitariste), Petit Poisson (guitariste), J.P. Buse (chanteur), Bimi (chanteur), Ya Lengos (chanteur), Endo (chanteur). L’on évoquerait de nouveau tristement son nom dans le départ furtif de la Cléopâtre de l’Afrisa. Pour ça, Rochereau garda un très mauvais souvenir de lui. Sa chanson satirique « Ebouroumoukwé » en 1989 qui parle de la dislocation de Zaïko et de son divorce avec Mbilia Bel en constitue la preuve.

Victime de cupidité et d’ingratitude

Hélas, tous ses rêves de gagneur s’estompèrent en pleine villégiature alors qu’il paraissait rassurant au volant. Ilo fut désagréablement surpris par une attaque cardio-vasculaire. Ce sort cauchemardesque déstabilisera ainsi sa vie à tout jamais. Depuis 2009, près de trois ans, un chapelet des maladies s’abattront sur sa tête. Le rendant physiquement inapte. Un bon à rien pour la société pendant qu’il pouvait encore assumer ses lourdes tâches d’animateur à la Télé-Digitale (Bana Léo) et de vice-président de l’Union des musiciens congolais (UMUCO), après avoir servi à la Haute Autorité des Médias (HAM) dans la transition. Malheureusement pour lui, les prémices de tribulations ne s’arrêtèrent pas là. Car, à quelques mois de sa disparition, des tourments sentimentaux moins fugitifs l’émousseront psychologiquement et le lamineront physiquement. Ces facteurs accablants auraient, sans doute, précipité sa «descente aux enfers ». Pourtant, c’est en cette période cruciale que Pablo croyait trouver la consolation rêvée et un réconfort moral auprès d’une compagne soumise, amoureuse, assidue. Comble des malheurs, celle qu’il espérait avoir à ses côtés jusqu’à sa mort disparut précipitamment dans la nature. La radio trottoir ferait allusion à l’une de ses compagnes sournoisement. A une mère trop cupide et ingrate, dirait-on.

Selon les rumeurs, l’on évoquerait également la présence provocante d’une négrillonne qui semblait « girouettait » autour de lui en dépit de sa santé précaire. A vue d’œil, le séduisant garçon, toujours alerte reflétant l’image apparente d’un faux malade. Bien que souffrant, Pablo donnait l’impression de tenir bon. Toujours prêt à gravir les escaliers de la tour de la RTNC. A une semaine de sa mort, vu son isolement manifeste, « sa » Majorette d’autrefois m’avait confirmé, avec une pointe de timidité, d’aller… amoureusement à sa rescousse (sic) : « Totala nano » (voyons voir), me dit-elle en présence d’une de ses copines « parisienne ». Sans détours, Majorette Béa s’apprêtait de lui apporter cette tendresse tonifiante qui lui manquait. C’est en qualité de la mère de ses enfants qu’elle voulait entreprendre cette démarche. Avec elle, Pablo aurait, sans doute, vécu des jours heureux malgré ce drame pointant à l’horizon.

Toutefois, en « bon » musicien congolais, Pablo possède une meute d’enfants éparpillés sous plusieurs cieux. Ceux de l’Europe seraient les fruits de ses amours d’enfance avec une certaine ravissante dodue que nous appelions avec convoitise aux concerts de Zaïko, Béa Majorette. Elle était noire et gardait alors tous les canaux de beauté d’une créature charmante. Avec Marthe de Bandal, une autre belle grasse bien « charpentée » à qui il dédia amoureusement « Maty ya Pablo » en 1986, ils n’eurent pas d’enfant. Il est vrai que Pablo, trop galant et romantique avait un penchant fatal prononcé à l’endroit des nanas super-charnues, sur-dimensionnées par rapport à sa taille trapue de Napoléon.

Une fin de carrière liée avec la mort de Ya Lengos

Sans l’idée de me faire valoir, personnellement, je m’étais familiarisé avec Pablo dans les années 88 et 89 pendant que je dirigeais une flotte de camions poids-lourds desservant le Bas-Zaïre. L’on se rencontrait souvent en route, en pleine brousse, lorsqu’il conduisait- en bon père de famille-sa famille l’internat de Luila. Notre amitié grandissait, en qualité de mécène, il me nommera président de Fan Club Familia Dei en 1991. Nous étions en concurrence ouverte Zaiko Nkolo Mboka d’un pétillant Jossart remontant le courant. Familia Dei semblait en déroute …légèrement. Nos démarches pour relancer le groupe en sollicitant la collaboration de Jo Poster et Redo Likinga n’aboutirent pas. Et à la mort de Claude Lengi-Lenga, vedette de notre orchestre ; inquiet ; Pablo me souffla : « Avec la mort de Claude, Familia Dei est mort ». Sous entendu, cette disparition signait ainsi sa fin de carrière active. Et dire qu’il se préparait de créer une école de formation des drummers. Depuis ce temps, Pablo très cultivé, préférait œuvrer au sein des plusieurs associations jusqu’à sa mort.

C’est à la suite dune incompatibilité de caractères que Bimi être capricieux, laissera la barre à Pablo, despote, pour créer Basilique Loningisa. En réalité, ces deux têtes dirigeantes de Familia Dei ne pouvaient pas s’entendre. Cependant au cours de sa brève existence, de 1988 à 1995, Familia dei présenta au public deux albums de haute facture aux titres phares ronflants notamment « Les riches et les pauvres » de Pablo, sans oublier « L’oiseau rare » toujours de Pablo om il parle de ses aventures scolaires à l’athénée de Kalina en abrégeant le cycle d’orientation en C.O 1 et C.O 2. Tandis que le C.O 3, considéré comme l’école buissonnière, les réunissait pour les flirts avec leurs petites chéries à l’avenue La raquette au bord du majestueux fleuve Congo.

Compositeur talentueux et saisonnier, il éclata ses prodigieuses capacités dès 1974 avec quatre titres canons : Eboza, Ndongé, Ando et Mangobo lesquels meubleront toutes ses belles années jusqu’en 1978 avant de quitter Zaïko en 1988. En dédicaçant l’album 33 Tours « Oldies and Goodies » renfermant les meilleurs tubes de sa carrière lequel lui valurent une Fiat Sport 128 neuve en 1975, M. Anicet Mobe Fansiana établit en Belgique, loua les mérites du compositeur Pablo. « Pablo, écrit-il, n’a pas son pareil pour peindre le plus subtil et le plus intime de cœur de l’homme. Ses œuvres –empreintes de belles poésies- sont pénétrantes par la richesse de résonnances, par la subtilité de l’analyse des sentiments et par la magie des mots. Pablo a toujours ébloui les mélomanes par sa virtuosité dans le maniement des ressources offertes par la batterie, une virtuosité qui s’harmonise merveilleusement bien au sein de Zaïko. Toute la carrière musicale de Pablo se résume en quelques mots : une suite des créations géniales pour redécouvrir –au-delà des contingences matérielles-, les splendeurs de la vie, conclut-il. (Louvain-La Neuve Bruyères. Le 6 février 1985).

A partir de ce 1er octobre, date de l’enterrement de l’illustre Bakunde Ilo Pablo, une page nouvelle s’ouvre pour l’ensemble de nos musiciens. Lesquels sont, désormais, appelés à s’entendre pour un futur meilleur. Que l’indifférence manifestée auprès de leur collègue disparu soit la dernière !

PAR JOHNNY LUKOMBO (Kongotimes)
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