LE PREMIER PORTAIL DE L'ETUDIANT CONGOLAIS


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L’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) est un établissement qui dispose de plusieurs filières dont celle de la magistrature. Cette école a formé plusieurs générations de magistrats compétents.

Mais tel n’est pas le cas de ceux qui y sont actuellement en formation, surtout depuis la réouverture du concours externe depuis l’année 2008, après quinze ans de suspension pour des raisons de pur conservatisme et de verrouillage de la profession.

En effet, parmi les conditions requises pour être candidat, il faut être détenteur d’une maîtrise en droit privé. Malheureusement la faculté de droit, d’où provient l’essentiel des candidats à ce concours, n’échappe pas au problème de la baisse du niveau des étudiants. En dépit de leur
niveau douteux, plusieurs candidats ont quand même bénéficié des faveurs et de la complaisance de certains enseignants de l’ENAM. Selon des sources proches de l’ENAM, certains dignitaires du pouvoir auraient même fait venir leurs enfants de l’étranger spécialement pour passer ce concours.
Les instructions, sur l’admission à l’ENAM de ces enfants gâtés qui se prélassaient en Europe et aux Etats-Unis, seraient donc venues d’en haut. Il y aurait même eu des candidats qui n’étaient pas encore détenteurs d’une maîtrise en droit au moment où ils concouraient et qui ont été également admis au concours. Un grand nombre de ces élèves n’ont même pas le niveau du Diplôme d’Etudes Universitaires Générales (DEUG).Quel scandale ! Certains enseignants, sous couvert d’anonymat, auraient avoué regretter de former des étudiants qui ne le méritent pas alors que d’autres, plus méritants, n’auraient pas été retenus injustement pour des motifs discriminatoires.
On peut déjà prévoir qu’ils seront des magistrats bidons et incultes qui vont se retrouver demain dans les juridictions où ils seront affectés. Leur inculture juridique et la formation professionnelle non assimilée auront pour conséquences des procès bâclés, des dénis de justice et des erreurs judiciaires récurrentes qui discréditeront la justice aux yeux de la population. On ne parle même pas des emprisonnements et détentions provisoires qui seront parfois décidées en violation des conditions requises par la loi n°1-63 du 13 janvier 1963 portant code de procédure pénale.

Or lorsque les citoyens n’ont plus confiance en leur justice et qu’ils se détournent progressivement d’elle, c’est un grand péril pour l’Etat. C’est d’autant plus vrai que les citoyens seront tentés de recourir à la justice privée dont le la loi du talion est la règle. On ne sera pas loin du risque d’anarchie. Faut-il encore préciser que c’est pour mettre définitivement un terme à la justice privée que les états modernes ont institué le pouvoir judiciaire composé des cours et tribunaux dont la mission essentielle, aux termes des articles 133 alinéa 1 et 135 de la
Constitution du 20 janvier 2002 est de statuer sur les litiges nés de l’application de la loi, sur tout le territoire national et au nom du peuple congolais.

De tout ce qui précède, le Président de la République et le ministre de la Justice, respectivement en leur qualité de Président et de Vice-Président du Conseil Supérieur de la Magistrature sont directement interpellés ici. On ne va former et envoyer dans les juridictions des futurs magistrats qui font preuve d’une carence ou d’une sécheresse d’expression alors que le droit se dit.
Pendant la formation, on pourrait prévoir que ceux des étudiants qui n’auront pas atteint une certaine moyenne au premier et au deuxième trimestre soient tout simplement exclus de l’école.

Ainsi, la seule «admission» au concours ne sera pas la garantie d’aller jusqu’au terme de la formation et devenir magistrat. La menace d’exclusion de la formation, au cours de l’année académique, sera suffisamment dissuasive pour les étudiants paresseux et sans niveau. Le ministère de tutelle devrait organiser une équipe dont la mission serait de contrôler les conditions dans lesquelles se déroulent les examens et la correction des copies au niveau de la filière de la magistrature.

Dans le quota réservé à cette filière, il serait plus logique et raisonnable de réserver plus de sa moitié aux juristes qui sont déjà fonctionnaires et dont l’avantage réside dans le fait qu’ils étaient passés à la faculté de droit à un moment où il y avait encore la rigueur dans la formation du côté des enseignants. Lorsqu’on connaît le rôle important que joue la justice dans un Etat de droit, en tant que gardienne de la légalité, des droits et libertés fondamentaux, on ne peut qu'être scandalisé par le désordre qui règne au niveau de la filière de la magistrature de l’ENAM.

La justice qui a déjà de sérieux problème d’éthique, matérialisés par la radiation de 11 magistrats par le Conseil supérieur de la magistrature, il n’est pas souhaitable qu’elle soit encore envahie par une multitude des magistrats incompétents et incultes qui feraient la honte même de l’institution judiciaire.
A bon entendeur salut.

TERENCE LOMBISSA & AlIOSSA TEMBE
(Talassa, article publié en mars 2010)


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