LE PREMIER PORTAIL DE L'ETUDIANT CONGOLAIS


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Prof Jean-Maurille Ouamba.
Prof Jean-Maurille Ouamba.
«Le doyen que nous sommes se doit de respecter et de faire respecter les décisions du conseil d’établissement»

Le journal télévisé de D.r.t.v a fait part, mardi 28 juillet 2009, de la perturbation des activités à la faculté des sciences de l’Université Marien Ngouabi. Les étudiants de cette faculté s’en sont pris à leur doyen, en l’accusant de détenir par devers lui la somme de 30 millions de francs Cfa, destinée à l’organisation des stages pédagogiques sur le terrain et en entreprises. Ils se sont rendus, en colère, à pied, barres de fer et bâtons à la main, de la faculté au rectorat où le doyen de la faculté des sciences participait au conseil technique de l’université.

Après le droit de réponse exercé à D.r.t.v, le prof Jean-Maurille Ouamba a bien voulu expliquer, en long et en large, dans l’interview ci-après, le fonctionnement de la faculté, en ce qui concerne la gestion financière et les stages, tout en répondant aux questions qui concernent sa gestion.

* Monsieur le doyen, accepteriez vous de répondre à nos questions?

** Merci, Monsieur le journaliste de vous être rapproché de nous. Avec l’autorisation du recteur de l’Université Marien Ngouabi, devant qui, hiérarchiquement, nous répondons, nous avons déjà exercé notre droit de réponse à la chaîne D.r.t.v, le mercredi 29 juillet 2009. Tout devrait s’arrêter à ce niveau-là. Mais, l’intérêt que vous portez au sujet, pour l’opinion que vous représentez et le respect que nous portons à votre journal, nous amène à accepter de répondre à vos questions, en espérant que tout sera fini, que notre modeste personne sera lavée de tout soupçon. Nous acceptons de répondre à vos questions surtout en espérant que les 2.500 étudiants et les 150 enseignants et Atos dont nous avons la charge seront édifiés et croiront encore en leur doyen qui éprouve une grande joie à les servir, avec, naturellement, ses qualités et ses défauts.

* Monsieur le doyen, pouviez-vous nous dire le budget dont vous disposez pour l’organisation des stages pédagogiques? Et que s’est-il passé en réalité?

** La faculté des sciences dispose, au titre de l’année universitaire 2008-2009, d’un budget d’un peu plus 70 millions de francs Cfa, pour son fonctionnement, engagés par l’établissement, et d’une autre part de budget, engagée et directement gérée par le service général de l’université Marien Ngouabi, donc au niveau du rectorat pour les établissements, et qui prend en charge les fonctionnements des formations doctorales, les séjours des enseignants missionnaires, etc. Malgré les difficultés conjoncturelles et les tensions de trésorerie que notre université connaît, un effort appréciable est fait par le recteur. Sur les 70 millions environ affectés à l’établissement, cette année, 34.813.540 de francs Cfa permettent l’organisation des stages pédagogiques et 35.198.430 de francs Cfa pour la réalisation des travaux pratiques. C’est en novembre 2008 que nous avons débuté nos activités, au titre de cette année académique 2008-2009, donc, depuis neuf mois. Notre établissement a reçu, en mi-juin 2009, la somme de 14.982.900 de francs Cfa, première tranche des fonds destinés à l’organisation des stages de quatre sections dont certaines sont déjà sur le terrain ou de retour.

La faculté attend la somme de 55.029.070 de francs Cfa nécessaire à la poursuite de ses activités. Des assurances nous ont été données par la hiérarchie, pour un déblocage urgent de cette somme, pour la poursuite de nos activités, dès la reprise, le 14 septembre 2009, après les vacances annuelles, sur décision du conseil d’établissement, organe de délibération devant lequel, même en tant que doyen, nous répondons au sein de l’établissement, et qui connaît la participation de tous, même des étudiants, organisés en association, et qui ont participé à cette délibération.

C’est à partir du 14 septembre prochain que nous croyons rattraper, en un mois, les activités non encore réalisées, d’autant plus que sentant les difficultés d’une année perturbée au sein de toute l’université (grèves des travailleurs et des étudiants), nous avons instruit nos départements, et cela a été fait, que le maximum des partiels et des examens anticipés de la première session soient organisés en cours d’année. Cela veut dire que pendant un mois, du 14 septembre au 18 octobre 2009, il est possible de rattraper les stages et les travaux pratiques et de réunir les jurys, qui sont déjà nommés, pour valider rapidement la première session qui devrait l’être, toutes les sections n’étant pas dans la même situation. Et, il est possible de consacrer la période du 19 octobre au 15 novembre 2009, à la deuxième session d’examen, qu’il convient de maintenir et de sauver au bénéfice de nos étudiants. Si tout le dispositif financier est en place dans l’établissement, cela est possible et nous en avons l’assurance. A ce moment-là, le conseil d’établissement, sous notre direction, a envisagé la rentrée académique 2009-2010 pour mi-novembre 2009.

* Monsieur le doyen, pourquoi donc ne voulez-vous pas organiser ces stages pédagogiques au mois d’août, comme le revendiquent vos étudiants, pour rattraper l’année académique?

** Le doyen que nous sommes se doit de respecter et de faire respecter les décisions du conseil d’établissement, organe de délibération et de décision qui s’appuie sur les textes en vigueur à l’université Marien Ngouabi. Le mois d’août est un mois de congé administratif pour l’université. L’université Marien Ngouabi est totalement fermée. Les textes ne nous autorisent, donc, pas d’envoyer, au cours de ce mois, les étudiants dans les différents sites, sans protection et sans regard administratif. Ensuite, au lieu de prendre un mois de vacances statutaires pendant tout le mois de septembre, les travailleurs et les représentants des étudiants se sont engagés, devant le conseil, à sacrifier une quinzaine de jours. Ils reviennent le 14 septembre, conscients du retard accumulé. Nous respectons les décisions du conseil. Nous invitons nos étudiants à le comprendre.

* Comment sont gérés les fonds de votre établissement? Quels sont vos collaborateurs dans ce domaine précis?

** Le budget de l’établissement est proposé en conseil d’établissement où participent tous les compartiments (départements, formations doctorales, partenaires sociaux dont les étudiants). Un gestionnaire des crédits, placé sous le contrôle technique de la direction des affaires financières (direction centrale rattachée à la direction rectorale), placé dans l’établissement sous l’autorité directe du doyen, dispose des fonds et exécute, sous un secrétaire principal, chargé de l’administration et des finances, les instructions du chef d’établissement. Et les dépenses sont engagées par le doyen, sur la base des fiches financières préparées par les départements et les formations doctorales ou la direction, aux bons soins du gestionnaire des crédits, en fonction des besoins exprimés au rectorat, qui dispose des services compétents en la matière. Vous comprenez que le doyen que nous sommes ne peut pas disposer d’une somme donnée, sans que cela ne se sache.

* Comment, donc, Monsieur le doyen, expliquez-vous cette rumeur distillée parmi les étudiants?

** On est, effectivement, en droit de se demander «à quelle fin ce venin est savamment véhiculé et entretenu parmi les étudiants»? Peut-être pour livrer à la vendetta le chef d’établissement, tenace et volontaire, que nous sommes. Peut-être pour annihiler tout l’effort consenti par l’université Marien Ngouabi et la faculté des sciences, auquel nous participons activement, pour construire un nouveau paysage académique et créer une meilleure visibilité de l’enseignement des sciences dans un avenir proche, dans notre pays et dans la région Afrique centrale, en s’appuyant sur quelques acteurs dévoués à tous les niveaux, notamment ceux de la faculté des sciences qui s’attèlent, avec volonté, dynamisme et ténacité, à affronter toutes les difficultés qui se présentent d’année en année, pour arriver à bout de la réalisation des actions programmées.

Le doyen de la faculté des sciences que nous sommes, répond exclusivement, d’après les textes régissant l’université Marien Ngouabi, auprès du recteur et, bien sûr, devant les organes de délibération et de décision à tous les niveaux. Nous osons espérer que les balivernes déversées, ces derniers jours, sur notre personne, n’ont pas terni notre image au sein de l’université et entamé la confiance que le recteur nous a toujours faite. Et cela nous suffit.

Nombreux collègues nous disent qu’«on ne jette des pierres que sur un arbre qui porte des fruits». Ce sont des mots qui consolent et qui nous permettent de reconstituer nos énergies, pour nous engager encore plus fortement à faire ce que nous faisons, pour le bien de ceux que nous servons et non pour que ceux qui en bénéficient nous soient forcément reconnaissants.

Nous considérons cette épreuve comme une voie obligée, peut-être pour nous forger une expérience de la gestion des hommes. Notre éducation, notre rang académique, nos principes humains, le respect que nous portons aux efforts du contribuable congolais, nos convictions religieuses et notre héritage familial nous interdisent de poser de tels actes. Tous ceux qui nous sont proches savent que nous sommes très jaloux de ce qui nous revient, du fruit de notre travail et de nos efforts. Tous ceux qui nous connaissent savent que nous sommes très jaloux de notre honneur et de notre carrière que nous avons construite avec le soutien d’une famille volontaire. Vous comprenez le désastre créé au sein de notre petite famille ou de notre environnement professionnel! Et cette famille demande, de façon pressante, que leur fils porte ce problème auprès des tribunaux, pour être lavé de tout soupçon. Nous nous attelons à amener notre famille à comprendre que quand on est engagé à servir à ce niveau, on est livré aux détracteurs et aux loups, et on assume.

Monsieur le journaliste, nous sommes responsable de nos propos. C’est pour cela, pour l’instant, nous avons choisi une seule voie, celle d’exercer notre droit de réponse, avec l’accord de Monsieur le recteur de l’université Marien Ngouabi, devant qui nous répondons, et que nous remercions pour l’attention accordée à cette situation et pour avoir instruit, le vendredi 28 juillet 2009, le secrétaire général de l’université, à aider très rapidement les étudiants à comprendre la décision judicieuse prise par le conseil de la faculté des sciences, sous notre direction.

* Monsieur le doyen, il vous est reproché et nous l’avons appris à l’université Marien Ngouabi, de beaucoup voyager. Qu’en dites-vous?

** Fort heureusement, en plus de nos fonctions de doyen de la faculté des sciences de l’université Marien Ngouabi, chargé du fonctionnement et de la politique de l’établissement, nous sommes coordonnateur de la formation doctorale «Valorisation des plantes aromatiques, alimentaires et médicinales» dans la même faculté; premier vice-président de la Ciruisef, le Réseau institutionnel «sciences et francophonie» de l’A.u.f (Agence universitaire de la francophonie), (Conférence internationale des responsables des universités et institutions à dominante scientifique et technique d’expression française ou simplement Réseau des doyens des facultés des sciences francophones); responsable du pôle d’excellence régional de l’A.u.f «Pharmacopée et médecine traditionnelles africaines» et coordonnateur du réseau Afrique centrale pour le programme «Pharmacopée et médecine traditionnelle africaines» du Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur).

Ces responsabilités, qui exigent en moyenne cinq déplacements par année, n’excédant pas souvent deux semaines, n’entravent ou n’empiètent nullement sur nos fonctions de doyen de la faculté des sciences. Ce n’est pas excessif, au regard des bénéfices tirés de ces déplacements. Au contraire, ils nous permettent d’apporter des réponses à quelques besoins exprimés dans notre établissement et, partant, à l’université, dans le cadre de la coopération dynamique développée avec les autres institutions à travers le monde.
Il convient de noter que, souvent, les missions sont prises en charge partiellement ou totalement par les réseaux qui nous impliquent ou la coopération française, à travers l’Egide. Ce qui soulage, quelque peu, les finances de l’université Marien Ngouabi. Ceux qui bénéficient des bourses de formation à la recherche, les doctorants de la sous-région notamment, des bourses de perfectionnement pour les enseignants, des inscriptions dans les universités européennes, françaises surtout, des facilités de montage des projets de formation et de recherche, de formations de courtes durées sur place, à Brazzaville, dispensées par des enseignants missionnaires qualifiés que nous déplaçons, etc, sont mieux placés pour répondre à votre question.

Nous nous permettons de souligner que le doyen est assisté, dans sa tâche, par des collaborateurs compétents (secrétaire académique, chefs de départements, coordonnateurs de formations doctorales, etc) chargés de la gestion quotidienne de l’acte pédagogique et de la recherche, et qui répondent à toutes les questions qui se posent. Le doyen, même en déplacement, est en contact permanent avec son équipe, en mettant à profit les progrès réalisés dans les technologies de l’information et de la communication.

* Monsieur le doyen, avez-vous un mot de la fin?

** Oui, le doyen que nous sommes voudrait inviter les étudiants de la faculté des sciences au respect scrupuleux des textes qui régissent notre alma mater; et surtout au respect de la hiérarchie établie. Notre souhait est de ne pas les voir toujours recourir à d’autres personnalités de l’université, sans en aviser le responsable immédiat de leur compartiment. Ce dernier est sensé détenir des informations vraies, puisque plus proche du doyen, et répondre à toutes leurs préoccupations.

Malgré quelques défauts que l’on peut reconnaitre aux uns et aux autres, l’administration de notre établissement essaie de conduire notre communauté au mieux. La sécurité dans l’établissement n’étant plus garantie pendant les deux jours que nous voulions consacrer à organiser quelques examens partiels et finaux anticipés de la première session, du fait des étudiants de licence sciences de la terre, qui continuent à créer du désordre, et conformément aux délibérations du conseil d’établissement, après avis de la hiérarchie, la direction de l’établissement, en toute responsabilité, a décidé de mettre fin à nos activités, le jeudi 30 juillet 2009, pour les reprendre le 14 septembre 2009. Nous invitons nos étudiants à comprendre que le père que nous sommes (comme il est dit dans les saintes écritures), «ne peut pas servir à ses enfants un serpent quand ceux-ci ont besoin du pain».

Nous voudrions, également, inviter les journalistes que vous êtes, sans se targuer d’un professionnalisme dans le domaine et au risque de nous tromper, de se référer au chef d’établissement public que nous sommes, représentant de l’Etat, quand ils sont commis à couvrir les événements dans un lieu aussi sensible que l’université. Cela n’enlèvera en rien le sensationnel recherché par les médias.

Nous voudrions, enfin, inviter ou plutôt revendiquer le respect, une meilleure protection et un encouragement de tous les cadres, et de tous nos homologues qui agissent chaque jour, avec beaucoup de volonté et ténacité, en sacrifiant leurs familles et leur santé, dans un environnement difficile comme le nôtre, avec la dépravation des mœurs que nous connaissons et la facilité entretenue dans nos cités, notamment chez les jeunes.

Propos recueillis par Alain Patrick MASSAMBA

LA SEMAINE AFRICAINE












 

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