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Après nos derniers articles sur les festivités du cinquantenaire des indépendances africaines vues du Niger ou du Cameroun, L’oeil du Patriote a voulu s’intéresser au Congo Brazzaville. C’est ainsi que le message reçu de la part d’une compatriote vivant dans ce pays nous a paru suffisamment édifiant à ce sujet et nous avons choisi de le publier tel quel, en y ajoutant juste quelques photos.
Cette compatriote a écrit récemment à la rédaction de L’oeil du Patriote pour témoigner de la manière dont elle a vécu les festivités organisées dans les deux Congo à l’occasion du Cinquantenaire des indépendances de ces deux pays voisins.
Nous la remercions une fois de plus pour ce message très émouvant et surtout très instructif relatant la manière dont les populations congolaises des deux rives du fleuve Congo ont perçu les festivités qui leur ont été proposées. Le moins que l’on puisse dire c’est que selon que l’on se trouvait d’un côté ou de l’autre, l’ambiance n’était absolument pas la même… Bonne lecture et bonne réflexion à tous. L’oeil du Patriote Témoignage d’une Kinoise de Brazzaville « Je suis, congolaise de Kinshasa, je suis née le 30 juin 1960, j’ai donc 50 ans, j’ai grandie et j’ai fait toutes mes études à Kinshasa, ma belle capitale de l’époque que tout le monde, y compris les étrangers, africains en particulier, appelait affectueusement «Kin-la-belle». Je suis cadre intellectuelle et j’ai choisi de m’établir à Brazzaville depuis 1995 pour mes activités professionnelles. Je n’aime pas faire la politique. Mais je m’intéresse beaucoup à la situation politique de mon pays et de l’Afrique, ma mère. Si j’ai décidé de vous écrire à la Rédaction de L’oeil du Patriote, c’est parce que je vous lis tous les jours à cause des efforts et du risque que vous prenez pour nous informer sur les réalités de notre pays. Cela comble beaucoup le vide en information pour nous, cette couche de Rdcongolais qui n’a pas accès aux « secrets des dieux » comme on dit. Et je me suis dit qu’en vous écrivant, c’est une façon pour moi d’apporter ma contribution à votre effort. Le 28 juin, j’ai traversé le pool Malebo et je suis rentré dans mon pays prendre part, avec ma famille et mes amis, aux festivités du cinquantenaire de l’indépendance de mon pays, la République Démocratique du Congo. A mon arrivée à la maison, souffrez que je ne vous donne pas l’adresse pour ce que vous savez, j’ai cru qu’il n’y avait personne : pas de lumière, pas de feu, personne dehors, alors qu’il n’était que 21heures. J’avais passé voir mes partenaires d’affaires dès mon arrivée à Kinshasa, et je m’étais proposé de passer le reste de la soirée avec la famille avant de regagner mon hôtel. Mais l’ambiance était plutôt celui d’un enterrement : pas d’eau, pas d’électricité depuis 4 mois, et pas de feu ce soir là parce qu’il n’y avait rien à préparer…. ! Vous comprenez que mon arrivée était accueillie comme un miracle de Dieu ! En effet j’avais voulu faire la surprise à ma famille. Mais le reste de mon séjour fut une série de calvaire pour moi : les kinois que nous sommes, nous étions réduits à regarder les festivités à la télévision comme si ces fêtes se passaient à Dakar ! Pas de programme populaire pour les jeunes, pas de réjouissance ! Les fonctionnaires n’étaient pas payés depuis des mois et l’ombre de l’assassinat de Floribert Chebeya hantait encore bien des esprits. Le 30 juin fut pour moi le jour de la honte et de la révolte : c’est la première fois que je voyais participer pour un tel défilé, des badauds courant en haillons, pieds nus, les yeux hagards sous l’effet de la drogue et allant provoquer une certaine panique à la tribune des invités! De plus , nous avons attendu , le début du défilé des heures durant devant notre écran. On nous expliquera que Kabila attend l’arrivée de Kagamé pour commencer le défilé. Mon frère cadet, étudiant à l’IPN, a failli briser l’écran de télévision de ma chambre d’hôtel lorsqu’il a vu Kagamé arriver à la cérémonie. J’ai suivi le discours de Kabila, je n’y ai trouvé rien de concret pour mettre un terme à la misère de ce peuple ; rien sur la vision d’avenir…. Un discours quelconque pour une circonstance spéciale ! Je suis rentrée à Brazzaville vidée de mes économies, car il fallait tout supporter au niveau de la famille et des amis. Mais je suis rentrée surtout déçue et découragée. Avec tous les bruits faits à Kinshasa autour du budget colossal de plus de 50 millions de dollars pour l’organisation de ces festivités, je m’attendais à une ambiance festive populaire, et à des annonces politiques importantes pour une nouvelle phase de notre histoire. Rien ! Alors rien ! Les étrangers sont venus fêter chez nous, et nous les avons regardés fêter et repartir! Aussi drôle que cela puisse paraître, je viens plutôt de fêter réellement le cinquantenaire ici à Brazzaville. Il y avait des kermès, des tombolas, des bals populaires partout à travers les communes pour les brazzavillois, congolais et étrangers. En communion avec son président, le peuple congolais a participé au 7e semi-marathon international de Brazzaville qui a connu la participation de plus de 2000 jeunes africains parmi lesquels beaucoup de jeunes congolaises et congolais de Brazza. C’est le président Sassou en training qui a donné le go et qui a remis les prix aux gagnants : un Kenyan et une Namibienne. Les manifestations ont été élargies au défilé et à l'élection de la Miss du Cinquantenaire, manifestation au cours de laquelle on a vu la 1ère dame du pays, côte à côte avec Mme Lissouba. Les « sapeurs » congolais, ces amoureux de la mode vestimentaire, n'étaient pas oubliés. Ils ont eu leur part dans la soirée du 14 août au Stade Massamba Débat où j’ai eu des larmes aux yeux lorsque 1000 jeunes filles et garçons congolais ont présenté l’histoire de leur pays à travers une chorégraphie, sous la direction chinoise, mais accompagnée d’un cocktail de musique moderne et de folklore congolais! J’ai pensé à la scène lugubre de mes frères et soeurs que j’ai trouvés accroupis ce soir-là à Kinshasa dans l’obscurité, affamés et sans espoir du lendemain. Quel contraste ! Mais le pic était le discours de Sassou à son peuple : une leçon à Kabila ! Ne me dites surtout pas que je suis fanatique de Sassou ! C’est simpliste comme argument. J’observe en tant qu’intellectuel, j’analyse et je compare! Autant le discours de Kabila était vide, insipide, sans aucune leçon de l’histoire et sans vision d’avenir, autant Sassou a présenté à son peuple une autocritique rétrospective de l’histoire du Congo, sans complaisance ni truffererie. Le peuple congolais a plutôt vibré aux annonces des mesures sociales en sa faveur. Dans son vécu quotidien. Des femmes ont poussé des cris dans la cité aux annonces des mesures sociales et politiques les concernant. Et j’ai vu en direct sur l’écran de la télévision des femmes députés et sénatrices se lever et jeter leur pagne en l’air en signe de joie ! Le jour avant ce discours à la nation du Président congolais devant les deux chambres réunis en congrès, j’ai assistée à l’inauguration de l’Aéroport de Maya-Maya. Je n’en revenais pas à côté de mes partenaires de la société qui a construit ce beau bijou : Maya-Maya est devenu comme Roissy Charles de Gaules, mais en plus petit ! J’ai pensé à l’Aéroport de Ndjili où il y a plus de deux ans, Kabila était monté sur un engin, en tenue débraillé devant toutes les autorités congolaises en tenue de ville, pour donner le premier coup de pioche inaugurant les travaux de « modernisation » de notre aéroport international. Le 30 juin, il n’y avait qu’un pavillon présidentiel qui a été restauré pour accueillir les invités de marque : les privilégiés entre eux ! Le jour du défilé à Brazzaville, j’étais assise dans l’une des tribunes latérales, près de la foule où il y avait quelques Rdcongolais. Je l’ai su à cause de leur réaction à l’arrivée comme au départ du couple Kabila. Quelques uns des RD Congolais l’ont applaudi à son arrivée au début du défilé. Ce qui a provoqué une vive discussion avec d’autres RD Congolais qui ont vivement protesté : « Boza na nsoni te ? Boza kobetele zoba ya mopaya oyo maboko ? » (Traduire : vous n’avez pas honte d’acclamer cet idiot d’étranger ?) Mais au fur et à mesure que le défilé se déroulait, le camp des défenseurs de JOKA (C’est comme cela qu’on appelle souvent Kabila ici) se vidait ou se taisait (par honte ou par conviction ?); toujours est-il que je n’entendais plus que les réflexions et les commentaires acerbes et amers des RD Congolais qui comparaient chaque point du déroulement du défilé avec ce qui s’est passé chez nous. Le défilé a commencé par un passage de flambeau de la génération des cinquantenaires aux adolescents de 12 à 16 ans : tout un symbole fort pour l’avenir ! Le «petit Congo» a fait une démonstration d’organisation, de puissance militaire avec des hélicoptères de combat, des avions chasseurs-bombardiers, des troupes motorisées…, tout ce qui démontrait la supériorité du «Petit Congo» sur l’ex Grand Zaïre! Les troupes des armées françaises, angolaises, gabonaises, maliennes, béninoises, marocaines et j’en passe, ont ouvert le défilé militaire. Pas de troupes RD Congolaises. Un officiel a expliqué : « Le président Kabila avait peur que des militaires congolais venus défiler ne refuse de rentrer à Kinshasa et ne restent définitivement à Brazzaville » ! Quelle honte ! Je croyais tomber dans l’admiration aveugle lorsque les commentaires de la presse africaine et occidentale m’ont rassuré que j’étais restée lucide, et je n’étais pas la seule à faire la même analyse : Dans la presse internationale, les festivités du cinquantenaire à Kinshasa ont été marqué par le scandale du diamant congolais remis par le couple Kabila à la reine des belges, scandale assaisonné par les bourdes du défilé avec le retard de Kagamé et l’exhibition des «shégués», sans oublier la scène honteuse du pillage des chaises des tribunes du défilé par le personnel du protocole et de la sécurité! Par contre, toute la presse africaine et occidentale qui n’est souvent pas tendre avec Sassou, a salué unanimement les mesures sociales, économiques et administratives en faveur des fonctionnaires et des femmes du Congo; même si l’opinion est restée sceptique quant aux promesses de Sassou concernant le progrès de la démocratie et des libertés du peuple congolais. Certains compatriotes chercheront à comprendre le sens profond de ma correspondance. Je vous répondrai que je sais maintenant ce que c'est que le cinquantenaire car ceci marque un temps et une génération. Nombreux parmi ceux qui ont vu l'indépendance et le cinquantenaire ne vivront pas le centenaire. Voilà pourquoi c'était un moment à marquer d'une pierre blanche. Voilà pourquoi j’écris. Sur nos chaines de télévision kinoises, nous avons toujours vu la joie que les populations ont manifestée le 30 juin 1960 pour marquer la liberté, la fin des chicottes et la gestion du pays par des congolais eux-mêmes. Mais où a été ce peuple lors des festivités du cinquantenaire à Kinshasa ? Les 3 jours de prières, bien entendu, avec la première dame, Olive Lembe, mais sans la présence même d’une heure, de celui qui gère le pays ; alors qu’ici à Brazzaville, c’est le Chef de l’État qui a assisté à toute la cérémonie, et qui a personnellement adressé le message de prière pour dédier son pays et son peuple à Dieu, après lui avoir demandé pardon pour lui-même et pour tout le peuple! On peut tout dire, mais les faits sont-là, indéniables : La République du Congo a pris le pas sur la RDC! Cela fait mal, mais c’est ce que nous sommes tous en train d’observer et d’expérimenter péniblement. Et quand le Président Sassou annonce solennellement sa ferme volonté d’engager son pays dans la voie des « pays émergeants », je crois que nous devrions le prendre au sérieux, au lieu de passer notre temps à nous injurier les uns les autres, pour défendre ce gamin et cet étranger inculte qui a réussi à mettre à genoux toute l’intelligentsia congolaise à l’intérieur du pays, et faire la honte du Grand Congo ! » M.C., Brazzaville, Le 16 Août 2010 Source: Kontimes |
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